IV. Ile la gestation
I.a gestation est l’exercice dans lequel le corps reçoit un mouvement qui provient d’une force étrangère. On distingue trois espèces de gestation : la navigation, la voiture et l’équitation.
A. Navigation. — Sur un lac paisible, sur une pièce d’eau, ou sur un cours d’eau tranquille, l’exercice communiqué est aussi doux que possible. Il est toutefois d’observation que le balancement d’un bateau détermine quelquefois des vertiges chez les personnes très-impressionnables. Cet effet se produit surtout quand on a les yeux fixés sur le rivage, et que les personnes placées sur les barques semblent le voir fuir rapidement.
Dans les voyages sur mer, le balancement des bâtiments, déterminé par le flux et le reflux, occasionne fréquemment un ensemble de symptômes qui a reçu le nom de mal de mer, et qui est caractérisé par des vertiges, des nausées et des vomissements. Ces symptômes, plus intenses à l’instant où le flot se retire et laisse descendre le vaisseau, sont souvent accompagnés d’un sentiment d’oppression, de constriction épigastrique et de serrement de la région temporale. Le mal de mer, inconnu dans sa nature, est probablement le résultat d’une névrose cérébrale, et il peut alors s’expliquer par l’action du système nerveux sur l’estomac.
[M. Aronssohn, pour combattre le mal de mer, conseille aux novices de se tenir debout sur le pont, les jambes écartées, les yeux fixés sur la ligne fixe de l’horizon, et, dans cette situalion, de suivre tous les mouvements du bâtiment à l’aide de la flexion alternative des membres inférieurs, le tronc restant toujours dans la verticale. Mais, jusqu’à ce que l’on soit accoutumé à ces oscillations, et que l’on puisse imiter exactement la manière dont les marins marchent et se tiennent sur le pont, il faut éviter de regarder les vagues ou le navire lui-même.]
On a préconisé les voyages sur mer comme pouvant déterminer des effets avantageux dans certaines maladies, et, en particulier, dans la phthisie pulmonaire. Il est probable qu’en pareil cas ce n’est pas à la production du mal de mer que l’amélioration est due, lorsqu’elle arrive, mais plutôt à la respiration d’un air imprégné de molécules salines, au changement de climat, aux émotions d’un voyage, etc., etc. ( Voy . plus haut P' 321).
A. Becquerel, 6e édition. fx 1
Le seul balancement du navire est un exercice insuffisant pendant un voyage de long cours : aussi les marins, pour conserver leur santé et maintenir leur vigueur habituelle, font-ils chaque jour une série de mouvements assez nombreux, en montant sur les mâts, et exécutant des exercices périlleux, au milieu des cordages et des voiles : c’est à l’aide de ces mouvements qu’ils conservent 'leur appétit et leurs forces.
[Lorsqu’à la promenade en bateau se joint l’aclion de ramer, il en résulte un exercice partiel dont l’effet est de développer d’une manière très-avantageuse l’ampleur de la poitrine et la force musculaire des bras. Mais, pour être salubre, cet exercice doit être pris sur des lacs étendus, sur des rivières où règne un courant d’air suffisant : il serait dangereux sur des eaux stagnantes peu profondes, ou sur des rivières bordées de marécages. On ne peut donc, à ce point de vue, qu’approuver le goût pour le canotage, qui s’est emparé de beaucoup de jeunes gens, depuis un certain nombre d’années.]
B. Voiture. — L’exercice de la voiture produit des effets variables, selon le véhicule dont on fait usage. Ainsi quelle différence n’y a-t-il pas, sous ce rapport, entre les chariots sans ressort des anciens et nos molles voitures supportées par des ressorts d’une souplesse extrême ! La somme du mouvement qui se communique alors est. relative aux irrégularités du sol, à la vitesse des chevaux, et à la perfection des ressorts, qui brisent la violence des chocs.
Les secousses réitérées des voitures non suspendues, telles que les chariots, charrettes, etc., égalent certainement les exercices les plus violents : elles ébranlent les organes, tiraillent les muscles, et activent la circulation. Les effets de pareilles secousses peuvent avoir quelques résultats pour diminuer l’embonpoint, ou pour combattre certaines maladies, telles que l’hypochondrie, l’aménorrhée. Il est bien entendu qu’elles doivent être sévèrement proscrites dans la grossesse, les maladies des organes circulatoires, les lésions delà vessie et de l’utérus.
Les voitures modernes traduisent leurs effets par un doux balancement et par un mouvement ondulatoire qui se transmettent au corps d'une manière presque insensible. Sous leur influence, le système musculaire est presque dans l’inaction, et il y a à peine une légère excitation des principaux organes.
Si le mouvement de la voiture était le seul exercice auquel on eût recours, il serait insuffisant pour l’homme adulte et bien portant. Les promenades en voilure sont, tout au plus, suffisantes pour les convalescents qui viennent d’avoir des maladies aiguës ou chroniques. En pareille circonstance, la promenade
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dans une bonne voiture est plutôt un moyen de respirer et de changer d’air qu’un exercice proprement dit. Un convalescent, qui sort pour la première fois, effectue presque toujours sa sortie en voiture ; il est toutefois nécessaire que ce soit dans une voiture fermée, autrement on pourrait craindre que l’impression de l’air ne déterminât l’accumulation du sang dans quelque organe, et ne produisît des congestions diverses, ou encore une rechute de la maladie. Si l’on est dans une belle saison et si les forces du convalescent le lui permettent, il est préférable pour lui d’effectuer les trois ou quatre premières sorties à pied et doucement, dût-il même ne faire que quelques pas. Si les forces ne sont pas suffisamment revenues pour cela, il est douteux qu’une sortie, même en voiture, puisse faire du bien.i.L’exposition à un air un peu vif ne convient jamais à un individu qui sort de maladie.
Dans les affections organiques du cœur, les promenades en voiture sont excellentes, et procurent aux malades une grande sensation de bien-être.
Les voitures favorisent, en général, la digestion. Elles réussissent parfaitement aux personnes nerveuses et impressionnables.
[Les voyages ayant lieu forcément aujourd’hui en chemin de fer, on doit tenir compte de ce système de locomotion. Mais, il faut bien le dire, ce mode de transport s’accomplit dans de détestables conditions pour les voyageurs qui, en France surtout, semblent avoir été sacrifiés à la cupidité des entrepreneurs. Rien ae plus odieux que ces wagons de troisième classe, où les malheureux sont entassés sur des banquettes de bois, exposés à un froid glacial pendant l’hiver, étouffés pendant les chaleurs de l’été. Il est impossible d’afficher plus ouvertement et plus insolemment un mépris de l’humanité, auquel il serait bien temps de mettre un terme. Comme le dit excellemment M. Lévy, « un convoi de voyageurs entraîné par une locomotive sur des rails représente une navigation à vapeur par un temps calme, et comporte, non une série de diligences, ou plutôt de voitures cellulaires, mais une suite de salons roulants, avec terrasses et galeries extérieures communiquant à l’intérieur dans toute l’étendue du train, permettant ainsi aux voyageurs de s’étendre, de circuler au dedans comme au dehors, de jouir de beaux sites en été, de satisfaire librement aux besoins d’alimentation et d’exonération, non aux heures fixes et durant les instants fugitifs des arrêts de station, en môme temps qu’aux agents de service d’exercer leur contrôle sans perte de temps, à l’abri des intempéries, et d’assurer la sécurité physique et morale de toute une population sous leur garde. » 11 serait bien à désirer que,
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pour ccttc question et pour tant d’autres, il se formât une société protectrice de l’homme comme il y en a une pour les animaux. — Quant aux employés des chemins de fer, mécaniciens et chauffeurs, les courants d’air les exposent à toutes les conséquences du refroidissement et, en particulier, aux affections rhumatismales. Danslespremierstempsils éprouventdegrandes fatigues dans les jambes avec courbature générale et quelquefois lumbago : plus tard, des douleurs avec sentiment de faiblesse et d’engourdissement dans les membres inférieurs, qui rendent très-pénibles la marche et la station debout. Ces effets, peut-être exagérés, sont attribués parM. Duchesne à une affection de la moelle due au mouvement de trépidation de la machine. C’est la maladie des mécaniciens. Bien que la maladie des mécaniciens ait été niée par les médecins attachés aux chemins de fer, MM. Bisson, Devillier, Gallard, etc., les observations de M. Duchesne, corroborées par celles de W. Fleury, subsistent, du moins en partie.]
Pour compléter ce tableau, il faudrait examiner les effets des litières antiques, ou des palanquins sur lesquels se font porter les riches Asiatiques ; il faudrait passer en revue l’influence des lits suspendus des Romains efféminés, des hamacs des créoles nonchalants, ou des chaises à porteurs, à peu près généralement hors d’usage aujourd’hui; il faudrait, enfin, apprécier la valeur du jeu de l’escarpolette, de la balançoire, etc.; mais il suffit de nommer tous ces exercices, pour en comprendre le mécanisme et pour concevoir dans quelles circonstances on peut les mettre à profit.
C. Équitation. — L’équitation est un mode de gestation particulier, et qui consiste à montera cheval. Cet exercice a été pratiqué dès la plus haute antiquité. Les anciens ne se servaient pas d’étriers; actuellement, au contraire, l’usage en est à peu près général ; leur emploi a pour résultat de diviser le choc communiqué aux parties qui sont en contact immédiat avec le cheval, et d’en faire supporter la plus grande-partie aux pieds et aux membres inférieurs.
L’ébranlement que l’homme supporte dans l’équitation dépend du terrain sur lequel marche l’animal, de sa vitesse, de son pas rude ou léger, et, enfin, de ses différentes allures. On distingue la marche au pas, qui est douce, agréable, et qui réussit parfaitement à beaucoup de personnes qui ont recours à l’exercice du cheval; le trot, qui communique au cavalier une série d’ébranlements qui peuvent être nuisibles aux individus atteints de maladies chroniques de l’abdomen, des poumons ou du cœur. On a imaginé de rompre la rudesse du trot ordinaire, et on a inventé le trot dit à l’anglaise, qui consiste dans
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une série de mouvements d’élévation et de descente, de flexion et d’extension, qui s’accomplissent à l’aide des membres inférieurs, et en prenant pour point d’appui les étriers. Cet exercice est assez violent, surtout pour les malades, auxquels on recommande de ne pas faire beaucoup d’efforts. L’équitation au galop secoue moins; mais, en raison de la rapidité avec laquelle elle s'accomplit, elle détermine la gêne de la respiration, une activité plus grande de la circulation, et elle produit quelquefois une sueur abondante.
L’exercice du cheval est un excellent stimulant des voies digestives. : il est important, toutefois, de ne pas s’y livrer à l’instant où l’on quitte la table et où l’on vient de faire un repas un peu copieux; une digestion pénible, quelquefois une indigestion, pourraient en être la conséquence. L’équitation se distingue des autres espèces d’exercice par les caractères suivants : elle n’accélère que faiblement la circulation, elle ne produit que peu de calorique, et, conséquemment, elle ne brûle pas une grande quantité de carbone. Si l'on prend soin d’évitgr les mouvements trop violents, les secousses trop dures et une rapidité trop grande, on peut regarder l’équitation comme favorisant l’hématose, qu’elle rend plus complète. Les effets toniques de cet exercice sont incontestables : on peut le prescrire aux individus qui présentent une constitution faible et délicate, ou un tempérament lymphatique. Les promenades à cheval hâtent la puberté, modifient avantageusement la surexcitabilité nerveuse, procurent un exercice agréable, sans fatigue, et qui rompt Dien la monotonie de la vie sédentaire ; de plus, elles stimulent l’appétit, que le repos trop prolongé tend à diminuer, et, enfin, dans certains cas, elles raniment utilement la langueur des fonctions génitales.
L’équitation, du reste, n’est pas exempte d’inconvénients, et on peut la regarder comme prédisposant à certaines affections : telles sont, en particulier, les hernies, les varices des membres inférieurs, le varicocèle et les hémorrhoïdes.
Règles hygiéniques spéciales. — Age. — L’enfant, dès sa naissance, a besoin de mouvements ; mais, en raison de sa nature même et de l’impossibilité où l’on est de lui en faire prendre directement, on lui en communique d’une manière presque continue. Tel est le but qu’on se propose en promenant, en agitant doucement et en berçant les enfants qui viennent de naître ou qui sont encore dans leur première enfance. Ce mouvement communiqué facilite leur digestion et développe leur système musculaire. Le berçage a un autre but, celui de les endormir à l’aide du mouvement rhy^hmique qui le constitue.
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Des que l’enfant est plus avancé, et qu’il peut lui-même se mouvoir et marcher, il est dans un état de mouvement presque continuel. C’est encore une circonstance heureuse et qui est en rapport avec les exigences de son évolution organique. Ce mouvement incessant lui fait consommer plus de carbone, développe son système musculaire, favorise sa croissance et contribue à assurer la prédominance du mouvement de composition. L’hygiène doit intervenir pour régler ces mouvements : c’est ainsi que, lorsque les enfants présentent quelques parties plus débiles, il est utile de leur faire exécuter des mouvements gymnastiques spéciaux, dont il sera question tout à l’heure.
A l’époque delà puberté, l’exercice doit encore être surveillé et réglé avec soin, si l’on veut qu’il favorise son établissement et qu’il développe la force des membres. Dans l’âge adulte, les conditions qu’il doit suppléer ont été suffisamment établies; il est donc inutile d’y revenir.
Dans la vieillesse, l’exercice' doit toujours^ être continué; il est une des conditions nécessaires à la conservation de la santé de l’homme âgé : il régularise la circulation et prévient les congestions diverses qui pourraient se former. L’homme doit continuer, jusque dans un âge très-avancé, les exercices auxquels il s’est habitué pendant tout le cours de sa vie, en les modifiant, toutefois, de manière à les mettre en rapport avec l’état de ses forces.
Sexe. — La plupart des femmes ne font pas assez d'exercice : elles sortent à peine de leur habitation, où, fréquemment, elles respirent un air confiné et vicié. De plus, ce défaut d’exercice les empêche de consommer une quantité suffisante de carbone pour stimuler leur appétit et assurer la liberté de leur digestion. C’est ce défaut d’exercice qui détermine chez un certain nombre de femmes la pléthore, les congestions, le ralentissement de la circulation. Elles manquent de ton et de vigueur, la circulation capillaire est languissante, l’assimilation incomplète. La dyspepsie, l’hystérie, le dérangement des fonctions de l’utérus, la leucorrhée, la stérilité, les avortements fréquents, une progéniture faible, maladive et prédisposée à toutes les affections atoniques résultant de la débilité des parents : voilà quels sont les résultats du peu d’exercice que prennent les femmes. On doit donc leur conseiller la promenade à pied le plus souvent possible, en été la natation, et, si la position de fortune le permet, l’équitation.
Constitution. — La constitution faible et délicate est souvent améliorée et rendue plus forte par l’exercice musculaire : c’est surtout ce qui arrive, s’il est employé dès l’enfance et avant que les muscles aient éprouvé leur développement complet. La