CHAPITRE XXV
Des Facultés intellectuelles proprement dites.
Les phénomènes de l’intelligence doivent être étudiés à la suite de ces sensations, qui tiennent de très-près aux facultés les plus relevées de notre nature physique et morale. Ces phénomènes, sur la nature desquels on a émis tant d’opinions différentes, sont des sensations d’un ordre spécial, qui s’exercent aux dépens des idées fournies par les sens, et qui deviennent ainsi le motif, la base de déterminations, de jugements appartenant à l’intelligence proprement dite. Or, ce travail intellectuel, comme celui de nos organes, enlraîne une fatigue, occasionne des pertes de forces ou de sensibilité, et, par conséquent,
80 4 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’üYGIÈlNE.
nécessite le repos de l’organe qui est spécialement en aclion. On sait que le cerveau est l’instrument de l’intelligence, que les travaux de l’esprit se font à ses dépens, et que, si l’on épuise son énergie normale, il en résulte des troubles dans les fonctions. A tous ces titres, ce sujet si intéressant rentre spécialement dans le domaine de l’hygicne, puisqu’il s’agit surtout de régler ses travaux, de les développer dans un ordre convenable, et d’éviter une fatigue capable d’altérer l’organe qui y préside.
1° Attention. — Toutes les idées viennent des sens internes ou externes. Après l’impression reçue par le cerveau, il y a appréciation de la part de cet organe; mais celte appréciation varie de rapidité et d’intensité, suivant que l’organe central était ou non disposé par l’attention. L’attention est, en effet, nécessaire pour que l'idée qui résulte de l’action des sens soit acquise, qu’elle soit conservée, et qu’elle fournisse un élément des jugements ou des raisonnements auxquels l’esprit se livre. A chaque instant, on a la preuve de l’utilité de l’attention, puisque les impressions des sens ne laissent pas de traces dans l’esprit quand l’organe central n’est pas attentif à les recevoir, aies apprécier, et, par conséquent, à les conserver. Cette attention, c’est le cerveau actif, et cette activité n’appartient pas à tous les âges, aux deux sexes et à d’autres états de l’homme d’une égale manière ; il en résulte que l’on doit surveiller cette manière d’être en raison de ces circonstances ; car, si l’on exigeait du cerveau d’un enfant le degré d’attention qui appartient à l’adulte, on ne tarderait pas à voir survenir des accidents, qui sont fréquemment le point de départ de la plupart des maladies des méninges ou du cerveau dans le jeune âge. Celte attention anormale n’est obtenue chez eux qu’aux dépens des forces physiques ; ces dernières, en effet, sont d’autant moins développées, et s’exécutent avec d’autant moins de régularité et de perfection que l’attention a été plus fortement mise à prix.
Il est nécessaire que les idées se succèdent dans un ordre convenable, afin de se classer distinctement, de ne pas se confondre et s’effacer les unes les autres. C’est à ce prix que l’on obtient un raisonnement juste et, par suite, un jugement rigoureux. Il y a donc une méthode à suivre dans la production de ces actes cérébraux, et l’on ne peut espérer de bons résultats pour l’intelligence et son organe, que quand on s’attache à suivre un ordre régulier et méthodique. C’est en cela que les systèmes d’éducation réclament l’intervention du médecin, puisque l’étude anatomique et physiologique de l’homme prouve que le cerveau n’est pas également apte à percevoir toute espèce de sensations pendant la jeunesse, aussi bien qu’à un âge plus avancé.