‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 265 sur 353 · CDAP. XXV. — DES FACULTÉS INTELLECTUELLES, ETC · texte numérisé non relu

CDAP. XXV. — DES FACULTÉS INTELLECTUELLES, ETC

Les sens ont leur éducation progressive, ils se perfectionnent peu à peu par l’habitude, et, si l’on exige trop d’eux, ils ne tardent pas à s’altérer. 11 en est de même du cerveau qui succombe à un exercice trop viulent, trop prolongé et hors de proportion avec les forces qu’il a acquises à tel ou tel âge. Tel est le point de départ de beaucoup de méningocéphalites chez les enfants éOës adolescents, et d’un grand nombre d’aliénations mentales chez les adultes.

2° Mémoire. — Les idées, ainsi développées par suite de l’attention donnée aux sensations, sont acquises à l’esprit, et elles peuvent être reproduites par une faculté précieuse, que l’on appelle la mémoire. Cette faculté consiste dans le pouvoir singulier de garder le souvenir de ces sensations et des idées qui en sont le résultat, et, ensuite, de les rappeler en quelque sorte à volonté, comme si ces idées étaient choses matérielles, palpables, et qu’elles fussent rassemblées et déposées dans un lieu où il serait possible d’aller les prendre au besoin. La mémoire est une des opérations les plus merveilleuses de notre intelligence; mais elle n’appartient pas à tous les esprits dans une proportion égale ; elle diffère également de force et de développement, suivant les âges et suivant beaucoup de circonstances accessoires. Les impressions produites les premières sont souvent les plus durables, celles qui restent le plus longtemps dans nos souvenirs ; aussi voit-on souvent les vieillards se rappeler avec une grande précision les faits passés depuis longtemps, tandis qu’ils oublient ceux arrivés la veille. La mémoire est souvent mise en défaut par suite d’un trop grand nombre d'impressions survenues dans un temps très-court, chacune d’elles ayant dû promptement céder la place à d’autres et laisser peu de traces. Mais cette faculté acquiert un grand degré de développement par la culture. Beaucoup de personnes peuvent charger leur mémoire d’une foule de choses qui y restent tidèlement, tandis que beaucoup d’autres essayent en vain de retenir un vers, une date, etc.

La mémoire, comme toutes les facultés intellectuelles, est soumise, jusqu’à un certain point, à la volonté. Il faut de l’attention pour sentir et apprécier : il en faut aussi pour se souvenir ; mais, quelquefois, ce phénomène est tout à fait involontaire. 11 y a des souvenirs qui nous poursuivent, nous obsèdent et persistent en dépit des distractions que l’on recherche avec empressement. Cetie mémoire tenace et spontanée se fait remarquer môme dans les songes, le délire, et le cerveau ne peut s’en débarrasser : c’est une sorte de maladie. Quelquefois cette mémoire importune a lieu pour des objets très-variés : tantôt c’est l’image d’un lieu, comme dans la nostalgie; tantôt

c’esi un nom, une date, quelque couleur tranchée, quelque figure, et ces souvenirs ont une force tout à fait indépendante de l’inléret qu’on pourrait y attacher.

L’activité de la mémoire amène la fatigue de cette faculté, et, comme toutes les autres facultés ou fonctions, elle a besoin de repos. On peut donc, à volonté, la diminuer ou l’augmenter par l’exercice ou le repos; et ce pouvoir sur des sensations si élevées est bien digne d’attention. D’ailleurs, luge affaiblit la mémoire, ou du moins diminue la faculté de sentir et de produire de nouvelles idées. Il y a dans l’exercice de celte propriété du cerveau une cause fréquente de lésions organiques; et les personnes qui font abus delà mémoire éprouvent très-souvent des céphalalgies, des congestions cérébrales, et d’autres accidents qui peuvent avoir les suites les plus fâcheuses.

3° Jugement. — La mémoire des idées sert à baser le jugement : c’est, en effet, grâce à celte faculté de rassembler des idées passées et présentes, que l’on peut les comparer entre elles, en tirer des inductions, des conséquences, et, par suite, des déterminations physiques ou morales. L’esprit procède ainsi d’une manière progressive et méthodique et arrive à des résultats positifs. Ces résultats sont le vrai ou la vérité, que l’on cherche toujours quand on est doué d’un sens droit, et, par conséquent, d’un jugement de môme nature. Mais, souvent, il y a des circonstances accessoires qui modifient nos jugements, les dénaturent, et conduisent à des erreurs complètes. Il y a d’ailleurs dans ce travail de l’esprit, qui a pour but de porter un jugement à la suite de la comparaison des idées, une grande fatigue : il ne faut pas s’y abandonner indifféremment à tout! âge et dans les diverses circonstances de la vie. Ainsi le travail1 intellectuel ne peut exister sans danger, lorsque les fonctions digestives sont en grande activité. Ce meme travail, poussé à l’excès, est dangereux à tout âge, mais plus particulièrement encore dans l’enfance, alors que les organes subissent leur développement et ne sont pas capables d’une action durable. Il faut avoir égard à toutes ces circonstances dans la direction des études.

4° Imagination . — Ce n’est pas tout : notre esprit possède encore une qualité plus merveilleuse que les précédentes, l’imagination. L'imagination consiste, en effet, dans la puissance de créer des idées, ou plutôt de supposer entre elles des rapports que les sens n’ont pas aperçus, et de parcourir ainsi un monde qui n’a de réalité que dans l’organe cérébral de l’être pensant. Cette faculté brillante offre une foule de différences, suivant les individus, et l’on comprend tout ce qui sépare un poète d’un

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