CHAPITRE XXVI
Des Passions.
Les idées acquises, conservées par la mémoire, jugées par comparaison , grandies par l’imagination, pourraient laisser l’esprit dans un état d’indifférence complète, et le calme qui en résulterait serait, sans doute, un bonheur pour l’homme ; du moins, certains philosophes anciens, les stoïciens, ont-ils considéré cette absence d’émotion comme le souverain bien. Mais nos sensations n’en restent pas là d’ordinaire, et nous allons bien plus loin.
812 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’iIYGIÈNE.
Les choses sur lesquelles nous avons dos nolions sont appréciées, et, en raison de cette appréciation, naissent en nous des sentiments de prédilection ou de répugnance, qui ne sont plus spontanés comme la sympathie ou 1 antipathie, mais qui viennent d’un jugement. Les goûts ainsi développés persistent, changent, ne se bornent pas aux choses physiques matérielles, mais ils envahissent le monde moral, les caractères : nous aimons et détestons les personnes tout aussi bien que certains objets à notre usage. Les sentiments qu’éprouve le cœur humain sont une source de jouissances et de douleurs : mais, entre les premiers degrés de l'affection qui détruit et remplace l’indifférence, et les passions qui entraînent l’homme dans les écarts les plus extrêmes, il y a bien des nuances qu'il importe de connaître. Il faut, en outre, que le médecin hygiéniste apprécie l’influence de ces mouvements moraux sur les organes, car cette influence est grande et d’un haut intérêt.
Division. 11 est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de donner une classification exacte de toutes les passions. Comme c’est surtout au point de vue médical qu’on doit les considérer, on pourrait plus aisément les réunir sous deux titres généraux. En effet, ces grandes émotions de l’àme sont ou agréables ou pénibles, et, suivant qu’elles offrent ces qualités générales, elles produisent des résultats tout à fait différents sur l’économie.
Une autre division a été proposée, c’est celle qui est basée sur l’influence exercée par les passions sur les principaux uscères et sur les altérations organiques ou de fonctions qui en résultent. Sous ce point de vue, on a rappo: té toutes ces impressions à deux formes générales : suivant qu’elles portent le sang du dedans au dehors, elles sont dites passions expansives ; ou bien, suivant qu’elles refoulent ce fluide vers l’intérieur, et alors on les nomme dopiesnvcs. Les premières sont plus favorables que les secondes. M iis ce mode de distribution-, qui paraît ingénieux quand on ne s’occupe que du système circulatoire, ne suffit plus aux besoins des autres appareils. 11 est préférable de ne pas chercher à établir de division : on doit se borner à passer en revue les accidents qui arrivent dans chacun des principaux appareils organiques, sans prétendre suivre un ordre qui permette de ranger, dans un cadre unique, les passions diverses, auxquelles nous conservons rigoureusement l’expression étymologique qui signifie trouble , désordre .