SECTION II. — ENFANCE
La période de l’évolution organique à laquelle on donnait autrefois le nom d’enfance, peut être subdivisée en deux époques ou périodes bien distinctes.
La première, à laquelle on peut donner le nom de première enfance, s’étend de la naissance, ou plutôt du sixième jour qui suit la naissance, à dix-huiLmois ou deux ans.
Le temps de la lactation, qui y est compris, et l’analogie des lois qui, pendant cette période, régissent cette évolution, justifient bien cette division.
La seconde enfance commence pour nous à dix-huit mois ou deux ans et s’étend jusqu’à douze ou quinze ans, époque moyenne de la formation de la puberté dans les deux sexes. Ces deux époques seront examinées successivement.
§ 1 . — Première enfance.
De la naissance à dix-huit mois ou deux ans, les lois qui président à l’évolution organique du jeune enfant peuvent être réduites à trois principales que voici, et qui donnent de cette évolution une explication complète et satisfaisante.
1° Il y a prédominance considérable du mouvement de composition et de nutrition interstitielles sur le mouvement de décomposition, d où résultent le développement et l’accroissement des organes ;
2° Ce développement et cet accroissement déterminent l’apparition d’organes nouveaux qui n’existaient pas auparavant, ou du moins étaient cachés, et à l’état de germe et de rudiment ; telles sont les dents, etc.
3° L’organisation, encore faible et débile, est vivement impressionnée par les agents extérieurs, et en même temps son degré de résistance est faible.
Quelques développements sont nécessaires pour bien saisir l’importance de ces trois lois.
\° Il y a prédominance du mouvement de composition sur celui de décomposition des tissus. — Pour accomplir ce travail, il est né-
ccssaire que les différents organes de la vie de nutrition aient déjà une grande activité et concourent énergiquement à ce but, et cependant, ils sont encore faibles et délicats. La réunion et, pour ainsi dire, l’opposition de ces deux circonstances deviennent souvent la cause déterminante de maladies spéciales et d’accidents particuliers.
Considéré sous ce rapport, l 'appareil digestif se présente en première ligne, car c’est lui qui fournit les éléments de l’accroissement et du développement des tissus. Il faut donc qu’il travaille énergiquement, et cependant il est encore débile; c’est pour cette raison que la nature a préparé à l’enfant un aliment facile à digérer, essentiellement réparateur, dont la composition se rapproche de celle des éléments organiques eux-mêmes, et qui n’exige qu’une élaboration peu énergique de la part de l’appareil digestif.
Le lait résume toutes les qualités d’aliment complet et préparé à l’avance. Sa composition le prouve : il contient de l’eau, une matière animale riche en azote, soluble et facilement assimilable, la caséine, qui est une des parties essentiellement nutritives et réparatrices des aliments. De plus, le lait contient deux matières : le sucre de lait et le beurre, qui sont des éléments respiratoires, c’est-à-dire destinés à être brûlés dans les poumons. Malgré son heureuse composition et ses excellentes propriétés, le lait peut devenir une source d’accidents pour le tube digestif, soit par la quantité qui en est introduite, soit par les modifications qui peuvent survenir dans sa composition ou sa constitution. Ces altérations diverses sont fréquemment, chez les enfants, la cause déterminante de vomissements ou de diarrhées rebelles, qui ne constituent souvent que des accidents passagers; mais parfois aussi le tube digestif, fatigué pendant un certain temps par le lait qui lui est donné en quantité trop considérable, ou qui est modifié dans sa composition trop riche ou trop pauvre, s’altère d’une manière plus fâcheuse. Un tel résultat n’est pas rare; telle est l’origine de beaucoup de gastrites et d’entéro-côlites qui se rencontrent fréquemment chez les enfants. On observe plus souvent peut-être encore, à la suite de la même cause, le ramollissement de la muqueuse de l’estomac et des intestins, affection qui fait périr un si grand nombre de jeunes sujets.
Ces simples troubles fonctionnels, ou ces altérations plus graves de la muqueuse gastro-intestinale chez les enfants, se développent bien plus souvent chez ceux qui sont nourris exclusivement au biberon et avec du lait de vache, que chez ceux qui prennent le sein d’une bonne nourrice. Il est certain, en effet, que, dans le premir cas, le lait de la vache n’est ni digéré ni