‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 28 sur 353 · CHAPITRE II. — DES AGES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DES AGES

assimilé aussi facilement que le lait de la femme, dont la composition est manifestement mieux appropriée aux organes du jeune individu.

L'appareil respiratoire jouit d’une grande activité chez l’enfant, et la respiration se fait avec énergie. Le lait a introduit dans le sang des principes hydrocarbonés, qui sont des aliments dits respiratoires destinés à être brûlés par l’oxygène dans les poumons, et à entretenir ainsi la chaleur animale. Cette action énergique des poumons, dont la structure est encore délicate, contribue à les rendre facilement impressionnables au froid ; c’est ce qui explique la fréquence des maladies de cet appareil dans le jeune âge. La laryngite, le croup, la coqueluche, la bronchite aiguë, la pneumonie sont des maladies communes à cette époque de la vie, et qui font périr un très-grand nombre de jeunes sujets.

Chez l’enfant, l 'absorption étant très-active explique suffisamment la facilité avec laquelle il contracte les fièvres éruptives.

La rénovation des éléments organiques ou nutrition , l’accroissement et le développement rapide des tissus et des organes étant des phénomènes nécessaires chez l’enfant, il s’ensuit que, toutes les fois que ce grand acte est entravé par une cause quelconque, il en résulte une émaciation prompte, un affaiblissement rapide, une rénovation des tissus incomplète ou de mauvaise qualité. On voit alors se développer des modifications plus ou moins intenses, qui, si elles ne font périr l’enfant dans un âge plus ou moins avancé, impriment presque toujours à son organisation des modifications de nature à exercer une grande influence sur sa vie entière.

Parmi les circonstances qui entravent ainsi la rénovation complète et convenable des tissus, on peut citer : une alimentation insuffisante et due à un lait trop peu abondant ou trop peu riche en principes nutritifs ; la répétition fréquente des vomissements et de la diarrhée, quelle qu’en soit, du reste, la cause ; la respiration d’un air vicié par l’accumulation d’un nombre trop considérable d’êtres vivants dans un espace circonscrit, et danslequell’air n’est pas suffisammentrenouvelé ; les bronchites fréquemment répétées; enfin, toute maladie longue, et qui est une cause de débilité ou d’épuisement pour les jeunes enfants.

Les affections générales que ces causes diverses peuvent déterminer consécutivement , et qui sont alors le résultat du développement d’une diathèse, c’est-à-dire d’une disposition générale de l’organisme, sont, en particulier, le rachitisme, les scrofules et les tubercules.

[M. le docteur Bouchaud a fait connaître, dans son excellente

30 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE L’ilYGlÈNE.

dissertation inaugurale, les résultats importants qu’il a obtenus du pesage des enfants dans les premiers temps de leur existence. 11 y a ordinairement diminution de poids pendant les sep t premiers jours ; la diminution normale est de 65 grammes le premier jour et de 75 le second. On doit considérer comme anormale une perte de 1 12 grammes le premier jour et de 59 le second. Dans les conditions favorables, l’enfant doit avoir repris son poids initial le cinquième jour et continuer à prospérer suivant une progression de moins en moins rapide, qui porte le poids du nouveau-né à 9 kilogrammes environ au bout de la première année. Si le poids diminue, l’enfant dépérit, est pris de diarrhée et ne tarde pas à succomber. Les causes qui entraînent ce dépérissement proviennent soit de la mère (indispositions diverses, lait mauvais, défaut de soins, négligence, etc.), soit de l’enfant (naissance avant terme, constitution chétive, maladies). L’auteur a constaté l’influence déplorable du biberon qu’il regarde comme une véritable cause de mort par inanition. Ce procédé du pesage devrait être plus utilisé qu’il ne l’est, afin de constater l’état d’accroissement ou de dépérissement dans lequel se trouve l’enfant pendant les premiers mois de sa naissance ; c’est là un poirit sur lequel ont judicieusement insisté MM. Odier et Blache, Siredey, etc.]

2° Développement ou production d'organes qui n’existaient auparavant qu’en germe, ou à l’état rudimentaire. — Depuis l’antiquité, la dentition a été considérée comme jouant chez les enfants un rôle très-important; mais les anciens ont beaucoup exagéré cette influence. Après avoir fait connaître le phénomène en lui- même, il sera utile de chercher à dégager la vérité des erreurs nombreuses qui l’entourent.

Les dents qui sortent les premières chez l’enfant sont dites dents de lait. Elles tombent vers sept ans environ, pour être remplacées par les dents permanentes. La dentition commence vers le sixième ou septième mois de la naissance, et elle se termine, en général, du vingt-quatrième au trentième. Le nombre de ces dénis est de vingt. Voici leur ordre de sortie : les premières sont les deux incisives de la mâchoire inférieure; puis, quinze jours après, sortent les deux correspondantes de la mâchoire supérieure.

Après viennent les deux incisives latérales de la mâchoire inférieure, puis les deux de la supérieure; ensuite paraissent les deux dents canines inférieures, bientôt suivies des deux supérieures. Quelque temps après, les deux premières molaires d’en bas commencent à paraître, une de chaque côté ; elles sont bientôt suivies par les deux premières molaires de la mâchoire supérieure. Enfin l’éruption se termine par les deux dernières

Cil A l’ITRE II. — DES AGES.

molaires d'en bas, puis par celles d’en haut; ce qui achève la sortie des vingt dents, dites dents de lait.

Quatre autres molaires arrivent vers lage de quatre, cinq ou six ans, mais elles sont permanentes.

L’éruption des dents qui constitue la première dentition se fait souvent sans aucun trouble de la santé, sans môme que les enfants s’en aperçoivent. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et l’on observe des accidents de diverses espèces, qui consistent en dérangements légers de la santé, ou bien en phénomènes d’une certaine gravité : les uns et les autres se développent aussi bien chez des enfants d’une bonne et forte constitution que chez les sujets frôles et débiles. — Chez ces derniers, toutefois, les troubles qui accompagnent la dentition ont de plus faciles retentissements. Il semble, du reste, chez les uns et chez les autres, qu’il y ait une disposition particulière, indépendante de la constitution, et qui fait que tel enfant ressent plus que tel autre les troubles qui accompagnent la dentition.

Les troubles légers de la santé qui se produisent souvent pendant la première dentition sont les suivants : il y a un peu de salivation ; les enfants introduisent dans la bouche les objets qu’ils peuvent saisir, et les mâchonnent avec une certaine énergie. Ils sont maussades, crient pour la moindre cause, et ont moins d’appétit. Presque toujours leur sommeil est plus agité, et ils toussent un peu sans qu’il existe de bronchite. Enfin, il y a souvent de la fièvre.

Des accidents plus graves peuvent se développer; ce sont d’abord les vomissements, ou bien la diarrhée. 11 se développe aussi des convulsions, dont l’existence, en pareil cas, paraît liée, soit à la congestion sanguine générale qui se fait vers la tête chez les enfants en travail de dentition, soit à l’irritabilité nerveuse exagérée qui est mise en jeu à cette époque. En dehors de ces accidents on peut établir que l’état général qui existe chez un enfant dont la dentition s’effectue le rend plus impressionnable aux causes morbifiques de toute espèce, et plus apte à contracter toutes sortes de maladies.

3° Les enfants , depuis leur naissance jusqu'à deux ans , sont en général plus facilement impressionnés par les agents extérieurs , en raison de leur résistance moins énergique. — Cette loi n’a presque pas besoin de développement, elle explique pourquoi les enfants sont plus fréquemment malades que les adultes, et pourquoi un grand nombre de leurs affections se terminent par la mort. Développer ces deux conséquences, ce serait s’exposer à parcourir le cadre presque entier de la pathologie de l’enfance.

Règles hygiéniques. — La première règle à suivre est de

soustraire l’enfant à toutes les causes perturbatrices qui ont été passées en revue. Il est cependant plusieurs circonstances à l’égard desquelles il est utile d’entrer dans quelques détails.

t° Allaitement. — L’allaitement naturel, c’est-à-dire celui dans lequel l’enfant puise sa nourriture au sein d’une femme, est-il préférable à l’allaitement artificiel, qui consiste à nourrir le jeune être avec du lait de vache ou de chèvre V La réponse à cette question ne saurait être douteuse. L’allaitement naturel est infiniment préférable, attendu qu’il donne à l’enfant un aliment créé en quelque sorte pour lui, et dont la composition doit s’adapter à ses organes digestifs beaucoup mieux que celle du lait provenant d’une espèce animale différente, comme celui de la vache. Sans aucun doute, cette dernière nourriture a souvent réussi, et beaucoup d’enfants d’une belle constitution ont été élevés de cette manière. Mais, à côté de ces faits, il en est d’autres, en beaucoup plus grand nombre, qui révèlent, d’une manière certaine que ce genre de nourriture n’est pas convenable, et a déterminé, chez les sujets qui y étaient soumis, des diarrhées, des entéro-côlites rebelles, et quelquefois, sans que ces deux maladies existent, un dépérissement progressif, dont l’état organique des divers appareils ne peut rendre compte (I ).

(i) Chargé, comme secrétaire de la commission d’hygiène du 10e arrondissement de Paris, de former les tableaux mensuels de la mortalité à domicile dans cette circonscription, nous avons obtenu de nos confrères, vérificateurs des décès, qu’ils voulussent bien constater le mode d’allaitement chez les enfants âgés de 0 à 1 an qui succombent à l’entérite si commune à cet âge. C’est le résultat de cette enquête, continuée pendant sept années (1860-1866) que nous allons exposer ici. Sur 1.380 enfants de l’âge précité, signalés comme ayant succombé à l’entérite, le mode d’allaitement est noté pour 1,279 cas, ainsi répartis :

Élevés au sein 498

— au biberon 586 j

— au sein, puis au biberon 108 r 781

Sevrés prématurément 87 )

On voit déjà la supériorité de l’allaitement naturel, surtout dans une localité où le biberon n’est pas très-répandu. Mais si nous subdivisons ces 1,279 cas par périodes d'âges, de manière à nous donner les résultats pour les 15 premiers jours de la vie, de 15 jours à 1 mois, de 1 mois à 3 mois et de 3 mois à 1 an, les enseignements deviendront beaucoup plus significatifs. Nous avons :

1° De Oà 15 jours, 313 cas. Sein seul, 107 ; biberon seul, 205; sein, puis biberon, 11 ; réunissant les deux derniers, on a 216 contre 107.

2° De 15 jours à 1 mois, 277 cas. Sein seul, 96; biberon seul, 158; sein, puis biberon, 23 ; ou 181 contre 96.

3° De 1 mois à 3 mois, 218 cas. Sein seul, 99; biberon seul, 92; sein, puis biberon, 22 ; sevrage prématuré, 5. Total, 119 cas d’alimentation artificielle contre 99. On le voit, la proportion commence à diminuer d’une manière notable.

4° De 3 mois à 1 an, 461 cas. Sein seul, 196 cas; biberon seul, 131; sein, puis

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