CIÏAP. XXVIII. — DU MARIAGE ET DU CÉLIBAT
conditions. Sa vie est plus irrégulière, il n’a pas la consolation d’un intérieur, la satisfaction du besoin moral de l’association, la régularité des repas, des travaux, du sommeil. C’est même celte liberlé qui lui plaît. Il se livre plus souvent aux plaisirs vénériens, et de nouvelles excitations le conduisent bien souvent fi en augmenter la fréquence.
Les conséquences qui peuvent être considérées comme le résultat de la différence du genre de vie, sont spécialement les suivantes :
Les troubles digestifs sont plus fréquents, ce qui est probablement dû à l’irrégularité des repas, ainsi qu’aux excès plus fréquenls des plaisirs de la table. C’est parmi les célibataires qu’on trouve le plus grand nombre d’individus adonnés à l’abus des liqueurs alcooliques. Les excès vénériens et toutes leurs conséquences se manifestent également plutôt chez les garçons que chez les hommes mariés. C’est également chez eux que la maladie de Polt et les diverses affections de la moelle se montrent avec le plus de fréquence, et que la syphilis est certainement le plus commune. On peut dire la même chose d’un grand nombre de névroses, et, en particulier, de l’hypochondrie et des névralgies.
[L’influence favorable du mariage se décèle également pour des conditions d’un ordre purement moral ; nous empruntons encore les résultats suivants à M. Bertillon.
Ainsi, au point de vue de la criminalité : celle des célibataires étant représentée par 100, celle des époux n’est que de 49,25 •pour les crimes conlre les personnes et descend encore audessous, 45,5 s’il s’agit des crimes contre la propriété, ce qui suppose toujours plus de réflexion. Du reste, cette influence est beaucoup plus prononcée pour la femme que pour l’homme. En effet, le même nombre de vivants capables de fournir annuellement 1 00 accusés hommes mariés, en donne 170 parmi les célibataires masculins, tandis que pour les femmes, le nombre qui fournit 1 00 accusées, s’il s’agit des épouses, donnera 240 filles. Chose digne de remarque, la criminalité remonte un peu dans le veuvage (de 1 00 à 120).
Pour V aliéna lion mentale, sur 10,000 individus de chaque sexe et de chaque catégorie d’état civil on trouve : chez les célibataires mâles 3,95 aliénés; 2,17 chez les hommes mariés, et 3 chez les veufs; de même, sur 10,000 femmes, on trouve 3,4 folles chez les filles; 1,9 chez les épouses, et 3,13 chez les veuves. Réunissons les deux sexes, on a : 3,08 chez les célibataires ; 2,2 chez les époux, et 3,1 chez les veufs et les veuves.
Enfin, s’il y a 100 suicides d’hommes mariés, il y en aura 1 » 4 ,4 de célibataires et 256 de veufs
Chez les femmes, les conditions sont moins avantageuses que chez l’homme, et il faut l’attribuer aux circonstances de grossesse, d’accouchement et d’allaitement, ainsi qu’aux maladies de l’utérus qui en sont si fréquemment la suite. Malgré ces conditions défavorables, la durée de la vie est encore plus longue chez les femmes mariées que chez les filles : c’est, en effet, que, malgré les circonstances défavorables qui viennent d’être mentionnées, il y en a d’autres qui établissent la compensation et lui donnent la prééminence. Ces circonstances sont une aisance plus grande, les consolations de la famille, du mari, des enfants ; l’action de la vie de famille qui, contenue dans des limites modérées, est favorable à la conservation de la santé. Chez les filles, les circonstances qui rendent la mortalité proportionnellement plus forte chez elles que chez les femmes, sont : la position peu aisée dans laquelle elles se trouvent bien souvent, l'isolement, la préoccupation de l’avenir, l’absence des consolations conjugales, de la vie de famille, la privation de soins affectueux en cas de maladie, enfin, dans quelques cas, la jouissance des plaisirs vénériens, contre lesquels rien ne les prémunit et rien ne les retient. Joignez à cela, dans un âge plus avancé, le mécontentement de l’isolement, on pourrait presque dire la jalousie du bonheur d’autrui, et quelquefois les excès d’une dévotion exagérée.
Il est intéressant de rechercher le nombre des mariages dans les principaux États de l’Europe, et les variations qu’il a pu «ubir depuis le commencement de ce siècle. Voici les résultats auxquels, est arrivé M. Boudin.
Sur environ 225 millions d habitants, l’Europe compte annuellement 1,850,000 mariages, ou 1 mariage sur 121 personnes. Ces mariages sont très-inégalement répartis. On a constaté :
En Russie
1 mariage sur
habitants.
Prusse
Autriche. . . .
Angleterre. .
Erance
En Suède
22 en 30 ans.
Poitugal. .
Russie
Angleterre.
Hollande. . .
Prusse
France
En 1831, en France, il y avait 18,230,576 célibataires, et 12,164,677 individus mariés; et 3,224,070 veufs, dont 722,611 hommes, et 2,502,359 femmes.
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La proportion des mariés aux vivants a été comme i : <36 à Paris ; I : 63 dans les Pays-Bas. (Quételet) ; \ : 71 Wurtemberg (Schubler) ; 1 : 53 Londres; 1 : 54 Angleterre; 1 : 63 Suède (Sussmilcli) ; 1 : 66 Breslau (Reiche); 1 : 65 Hambourg (Buek).
A quel âge doit-on permettre les mariages ? Celte question, dont nous nous sommes déjà occupé à propos du coït, est importante à décider-» la solution cependant en est difficile, attendu que la fixation des limites de cet âge dépend de la force de la constitution, du tempérament, de la santé antérieure, et, sous tous ces rapports, il est presque impossible d’établir des moyennes absolues.
La loi, en fixant les termes de 15 ans pour les femmes, et 18 ans pour les hommes, a certainement été trop généreuse ; il est heureux qu’on n’en profite pas plus souvent, et qu’on s’appuie instinctivement sur les circonstances individuelles propres à chacun. La véritable époque à laquelle on peut permettre le mariage est celle où le développement de l’organisme est terminé , et où la constitution est définitivement ce qu’elle sera plus tard. L’âge où il en est ainsi peut être fixé en moyenne à 25 ans pour les hommes, et 20 ans pour les femmes.
A cet âge, l’homme a une raison plus solide, un jugement plus sain, des connaissances plus positives et un établissement plus assuré. En même temps, son organisation lui permet de résister aux excès vénériens que tant de jeunes époux accomplissent dans les premiers temps de leur mariage. Enfin, il est plus apte à procréer des enfants robustes et bien constitués.
Chez la femme, à 20 ans, l’organisation est achevée, et elle est ce qu’elle sera toujours. Sa raison est également plus mûre pour être à la tête d’une maison, et élever des enfants ; sa constitution plus solide lui permet aussi de produire des jeunes êtres bien constitués. Chez les femmes d’une santé robuste, il y a moins d’inconvénients à baisser d’une ou deux années le terme de 20 ans et de le fixer à 19 ou même à 18 ans, tandis que, chez les hommes, la limite de 25 ans doit autant que possible être conservée.
[Ces remarques de Becquerel trouvent leur sanction dans les curieux résultats donnés par M. Bertillon. Tandis qu’aux périodes moyennes de la vie et signalées dans le tableau que nous avons reproduit plus haut, on voit des avantages si marqués qui résultent de l’union matrimoniale, on observe tout le contraire pour les unions précoces, surtout funestes aux jeunes gens de 18 à 20 ans; ils semblent plus promptement épuisés que les jeunes femmes par les plaisirs sexuels à une période où le corps n’est pas encore complètement développé; ainsi chez les célibataires de 15 à 20 ans, la mortalité étant de 6,89 sur
A. Becquerel, 6* édition. 5 3
1,000, elle s’élève h 31,.’ >2 chez les jeunes époux de 18 à 20, et au chiffre fantastique de77t chez les veufs. 11 existe bien aussi une différence pour les jeunes femmes, mais elle est beaucoup moins accusée ; la mortalité des jeunes filles de 15 à 20 ans étant de 7, .73, elle alteint à peine le double, 11,80 pour les jeunes mariées, de môme que pour les veuves 12,31. On sait en effet qu’à cette période le sens génital est généralerrient peu développé chez les femmes; ici la différence doit être surtout attribuée à la prirniparité. Cette question n’intéresse pas moins le législateur que le médecin.
On voit également, dans le môme tableau, que pour la période quinquennale suivante, c’est-à-dire de 20 à 25 ans, l’avantage est immédiatement reconquis par les époux, tandis qu’il y a encore une légère aggravation pour les jeunes femmes, due sans doute à la cause que nous venons d’indiquer.]
Du célibat dans l’état ecclésiastique. — Cette question a donné naissance à bien des controverses, et les opinions sont encore partagées à cet égard. Si l’on met de côté, dans cette question, tout ce qui ne concerne pas l'hygiène, et si l’on ne tient pas compte des exceptions, la solution qu’on peut en donner est assez simple.
La continence est plus facile à observer dans l’état ecclésiastique que dans toute autre position sociale. La préparation sévère des grands séminaires a déjà amorti la constitution et l’a disposée à subir les rigueurs de la chasteté.
Plus tard, le jeûne, le maigre, l’absence de repas succulents, les mortifications, l’éloignement des excitations produites par la fréquentation des femmes, par les conversations licencieuses, par les lectures et la mauvaise compagnie, rendent l’observation de la continence beaucoup moins difficile.
Enfin les pollutions nocturnes, critiques et salutaires, viennent rétablir l’équilibre.
Il y a des exceptions à tout cela, mais ces exceptions ne font jamais loi, et, dans l’état actuel de la société, on doit considérer la continence comme possible et même facile chez les ecclésiastiques.
On trouvera à l’article Hérédité (p. 109) les conditions physiques ou morales qui doivent s’opposer à certaines unions.
Bibliographie. — V. après le chapitre suivant Stérilité.