‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 291 sur 353 · DES PROFESSIONS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

DES PROFESSIONS INTELLECTUELLES

I). La fatigue, l’épuisement avant l’âge, les infirmités, sont fréquemment l’apanage du praticien, qui passe une partie de son existence à voir des malades et à gagner péniblement sa vie, plutôt que d’appliquer son esprit à des travaux intellectuels.

[Depuis Casper on s’est beaucoup occupé de la durée de la vie des médecins. Le célèbre professeur de Berlin avait fait voir que parmi les professions dites libérales, les médecins occupent le dernier rang, et que, sur 100 individus appartenant à ces classes, on compte, à l’âge de 70 ans, 42 théologiens, 40 agriculteurs, 33 employés supérieurs, etc., et seulement 24 médecins. Escherich, dans ses recherches statistiques, leur donne pour durée moyenne de la vie 52 ans et 3 mois, et Gussmann, 55 ans, 16. Neufville, Madden ont également reconnu que, en dehors des manouvriers proprement dits, les médecins occupent un rang très-bas dans l’échelle de la mortalité.]

2° Spéculateurs. — Les hommes d’affaires, les spéculateurs, qui ont la tête sans cesse préoccupée des combinaisons relatives aux affaires, plus ou moins compliquées dans lesquelles ils sont lancés, sont presque toujours dans une tension d’esprit considérable. En cas de revers, d’insuccès, les émotions qu’ils peuvent ressentir les conduisent quelquefois à la folie. En pareil cas, ce sont les passions qui sont mises en jeu, le travail cérébral est plus actif, plus violent, plus énergique, et on comprend les conséquences auxquelles il conduit.

3° Professeurs. — Le professeur est exposé à deux causes de maladies, dont l’origine se trouve dans l’exercice même de sa profession. La première consiste dans les travaux intellectuels ardus et opiniâtres qu’il est obligé de s’imposer pour se préparer à professer. La deuxième est la conséquence de l’exercice de la voix. Cet exercice nécessite quelquefois des efforts assez considérables, surtout lorsqu’il s’agit de parler dans un vaste amphithéâtre. Il peut aussi conduire à des perturbations plus ou moins intenses de l’appareil vocal, et fréquemment les excès de la chaire professorale ont déterminé des aphonies nerveuses, des laryngites chroniques, etc.

III. Professions intellectuelles dans lesquelles l'imagination est mise en jeu.

Cette classe comprend les hommes qui ont pour base presque exclusive de leur travail l’imagination, et qui sont, par conséquent, exposés à se livrer à toutes les exagérations de cette faculté brillante de l’intelligence. On trouve dans cette série les peintres, les musiciens, les sculpteurs, les romanciers, les poètes, les artistes dramatiques, etc., etc. L’imagination

A. Becquerel, 6e édition.

HYGIÈNE APPLIQUÉE

qu’il faut déployer est souvent exaltée. La société particulière au milieu de laquelle beaucoup d’entre eux se trouvent pour ainsi dire inféodés, les conduit quelquefois à tous les écarts de l’imagination et des passions. Ces écarts exagérés peuvent aboutir au développement de la folie, et l’aliénation mentale peut devenir la conséquence et le terme des exagérations des artistes. La folie, bien qu’elle s observe quelquefois, est cependant moins fréquente que les excès de table ou de liqueurs alcooliques et les abus de coït. Lorsqu’il en est ainsi, on doit redouter les conséquences de ces excès, elles maladies qu’ils développent ordinairement.

IY. Savants.

Les savants forment une classe à part, qui a aussi sa pathologie spéciale. Les conditions dans lesquelles ils se trouvent, consistent surtout dans la tension considérable de l’esprit vers des sujets très-ardus et très-compliqués, ou des problèmes à résoudre, etc. La nécessité où sont les savants de mener une vie à part et de s’isoler, pour que des circonstances étrangères ne viennent pas les détourner de leurs travaux, les condamne aune existence calme, sédentaire et tranquille. Ils réduisent ainsi notablement la quantité d’exercice physique nécessaire pour la conservation d'un bon état de santé. Le résultat de ces influences, c’est-à-dire la tension considérable des facultés intellectuelles et la vie sédentaire, est fréquemment le développement de la surexcitabilité nerveuse, bien décrite par M. Re- Yeillé-Parise, dans son Hygiène des hommes de lettres. Cette surexcitabililé conduit fréquemment à des névroses de tous genres, et ces névroses elles-mêmes, simples troubles fonctionnels, d’abord, finissent par se transformer, quelquefois, en maladies organiques véritables.

Parmi les affections qui paraissent se développer plus spécialement chez les hommes qui mènent une vie sédentaire, et restent ainsi une partie de la journée assis et occupés à travailler, on doit citer les différentes formes de gastralgie, la constipation, les hémorrhoïdes, la rétention d’urine, et souvent même les calculs vésicaux. On peut encore y placer la céphalalgie nerveuse, les troubles divers de la vue et la plupart des névroses.

Les veilles prolongées et l’insuffisance du sommeil contribuent souvent encore à épuiser les hommes de lettres, à moins que des conseils dictés par une hygiène sévère et bien entendue ne viennent obliger les savants et les littérateurs, à partager eur temps, d'une manière plus égale, entre les travaux intellectuels plus modérés, et des exercices physiques suffisants.

11 est encore d’autres règles qu’il faut également respecter.

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