‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 293 sur 353 · CIIAP. II. — PROFESSION MILITAIRE · texte numérisé non relu

CIIAP. II. — PROFESSION MILITAIRE

plus dans chaque pays, et que les législateurs, les administrateurs et les hygiénistes ont entourée de plus de soins.

A l’époque actuelle, une armée se compose d’éléments essentiellement différents. Parmi ces éléments, les principaux sont les suivants : 1° les fantassins tantôt fatigués par des marches pénibles, tantôt employés à de rudes travaux, tandis que, dans d’autres circonstances, ils sont presque dans l’oisiveté, L’infamterie coûte moins à l’État que les autres troupes ; c’est elle, du reste, que l’on ménage le moins ; 2° les cavaliers. Les troupes qu’ils forment sont mieux payées, mieux vêtues ; leurs travaux sont plus constants et plus réguliers ; 3° le génie et l’artillerie, formés de soldats d’élite ; 4° l’administration militaire, constituant un corps hybride, et qui tient du civil autant que du militaire; 5° le service de santé. Il est formé d’officiers (chirurgiens, médecins, pharmaciens) et d’infirmiers.

Une armée ainsi composée est soumise à des causes nombreuses de maladies, qui sont la conséquence de la manière dont elle est constituée, et que nous examinerons successivement.

t°Le recrutement fournit des troupes dont l’état sanitaire varie suivant les lois qui ont présidé à son organisation, et suivant le mode qui a été suivi pour les constituer. Ainsi, l’enrôlement volontaire n’introduit, en général, dans l’armée que la partie la plus mauvaise des populations, et la santé des soldats qu’il amène est en rapport avec ces mauvaises conditions. Le recrutement par le sort est préférable, à la condition toutefois d’une révision habile et consciencieuse. En temps de paix, cette révision est possible, et le choix que l’on fait des militaires est bon; mais aux époques de calamités publiques, de revers, une bonne révision n’est plus possible. Aussi l’armée compte-t-elle alors beaucoup plus de soldats de constitution mauvaise, et qui sont même souvent impropres au service militaire. C’est ce qui est arrivé dans les dernières années de l’empire.

2° L’âge exerce une influence sur la santé des soldats qui composent une armée. Avant vingt ans, dans certaines localités, l’homme n’est pas encore développé d’une manière suffisante pour résister aux fatigues de la vie militaire. Dans les pays marécageux, la nécessité de fournir un contingent égal à celui des riches localités, et proportionnel au nombre d’individus qui ont atteint l’âge du service militaire, introduit souvent dans l’armée des sujets débiles et peu propres au service militaire.

3° La durée du service est à considérer. Lorsqu’elle est trop courte, la mortalité des nouvelles recrues est trop forte, et elle influe sur le chiffre total de la mortalité d’une armée. Lorsqu’elle est trop longue, l’épuisement des soldats exerce un

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autre mode d’influence, et compromet également leur santé.

4° Le changement complet des habitudes, en passant de la vie civile a la vie militaire, est souvent, pour les recrues, une cause de maladies. 11 est nécessaire d’en tenir compte, et il faut que, dans la répartition des conscrits d’un pays, on ait égard à leur constitution, à leurs habitudes et à la nature de la région climatérique qu’ils occupaient avant leur enrôlement.

5° La nostalgie, surtout quand les recrues nouvelles sont complètement séparées de leurs compatriotes, fait souvent de grands ravages parmi les soldats.

6° Le genre de nourriture peut être une source de maladies pour les soldats. Ainsi, des aliments plus riches, plus nourrissants, et, en même temps, plus abondanls que ceux auxquels ils étaient habitués dans les pauvres localités qu’ils habitaient, produisent souvent, chez les jeunes recrues, la pléthore et la prédisposition aux phlegmasies. D'un autre côté, les aliments insuffisants et de mauvaise qualité dont les soldats sont obligés de se contenter, quand une armée est en campagne et dans un pays ennemi, sont autant de causes de maladies.

7° L’usage des boissons auxquelles les recrues ne sont pas habituées, telles que le vin, par exemple, a quelquefois de sérieux inconvénients. — Plus lard, l’habitude de l’ivrognerie, que les soldats contractent avec facilité, conduit à toutes les conséquences que nous avons décrites en traitant des excès alcooliques.

8° L’altération des aliments et leur mauvaise qualité, en campagne, déterminent souvent des maladies du tube digestif.

9° Les uniformes, auxquels les recrues ne sont pas encore habituées, ont quelquefois de sérieux inconvénients. Leur pesanteur, la constriction qu’ils exercent sur certaines parties du corps, le poids du fusil, du bagage, etc., ne sont pas sans exercer une influence sur la santé des soldats.

10° L’habitation est encore bien plus souvent une cause de maladies. Tantôt ce sont des casernes humides, ou bien encombrées : d’autres fois, dans des villes de guerre, des casemates humides, des fossés pleins d’eau stagnante, des quartiers de cavalerie encombrés d’hommes et de chevaux. En temps de guerre et en campagne, les logements accidentels qui, la plupart du temps, sont insalubres, peuvent être encore une source d’affections diverses.

11° L’exercice quotidien et la discipline sévère à laquelle le soldat est astreint, sont souvent le point de départ d’états morbides de diverse nature.

42° Quand une armée est en campagne, il est encore d’autres

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