‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 320 sur 353 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Professions dans lesquelles on travaille les matières végétales.

Ces professions comprennent spécialement la manipulation du coton et celle du tabac. Quant aux droguistes, qui respirent au milieu d’une atmosphère presque continuellement remplie de poussières médicamenteuses, ce n’est que pour mémoire qu’il en est ici question.

1° Industrie cotonnière. — On a attribué à l’inspiration des molécules de coton, répandues dans l’atmosphère des ateliers où on travaille cette matière, la faculté de développer la phthisie pulmonaire. C’est une erreur que rien ne vient justifier, et dont il est peut-être possible de se rendre compte de la manière sui-

HYGIENE APPLIQUÉE

vante. L’inspiration des molécules de coton peut donner naissance à une irritation bronchique et à un peu de toux. Or, supposons que ces irritations bronchiques viennent à se répéter sanscesse, pendant un espace de temps assez long, chez les sujets prédisposés par hérédité aux tubercules et placés d’ailleurs dans de mauvaises conditions hygiéniques, par suite de salaire insuffisant, de mauvaise conduite, d’excès de tout genre, etc., la phthisie pulmonaire pourra se déclarer, et l’irritation bronchique due aux molécules de coton n’aura joué que le rôle très-secondaire de cause occasionnelle. Ce n’est pas une raison, du reste, pour qu’on ne tienne pas compte de cette influence : et il est peut-être utile que les individus qui présentent une semblable disposition, soient éloignés des professions où le battage et le cardage du coton les exposent à recevoir l’impression des molécules suspendues dans l’atmosphère.

L’industrie cotonnière emploie aujourd’hui, en France, plus d’un millions d’individus, parmi lesquels 150,000 de huit à seize ans. Le coton apporté brut dans les manufactures est d’abord soumis au battage, qui se fait, en général, à la mécanique ; il en résulte, toutefois, dans les ateliers, des nuages de poussière irritante et de duvet cotonneux qui pénètrent dans la bouche, les narines, la gorge et les voies profondes de la respiration.

La seconde opération est le cardage.

La troisième, le filage.

On doit à M. Villerrné une étude approfondie de l’influence de l’industrie cotonnière sur la santé.

D’après lui, les filatures dans lesquelles on opère une ventilation convenable sont parfaitement innocentes. 11 n’en est pas de même des opérations suivantes :

Lu battage. — Le battage à la main est excessivement fatigant. Le battage mécanique, sans présenter cet inconvénient, donne lieu, comme le précédent, à cette poussière que j’ai signalée plus haut, et qui produit des toux opiniâtres et des affections de poitrine très-graves que les médecins du pays désignent sous les noms expressifs de pneumonie cotonneuse ou de phthisie cotonneuse.

On a inventé, en Suisse, des machines appelées batteurs-ventilateurs, qui ne développent qu’urje petite quantité de duvet ou de poussière. Il est à désirer que leur usage se généralise. M. Villermé a signalé encore, comme cause d’insalubrité, la température élevée qu’il est nécessaire d’entretenir dans plusieurs ateliers. Les ouvriers, bras, jambes et pieds nus, y sont continuellement dans une abondante transpiration, et, par

Page 1