‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 321 sur 353 · CLIAP. X. — PROFESSIONS A MAT. VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

CLIAP. X. — PROFESSIONS A MAT. VÉGÉTALES

conséquent, exposés à toutes les brusques variations de température.

2° Tabac. — Les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac sont-ils disposés à des maladies spéciales? Il règne à cet égard, dans la science, les opinions les plus divergentes. D’après Ramazzini et M. Pâtissier, rien de plus dangereux que cette fabrication, et elle détermine de graves maladies. D’après Parent-Duchâtelet, rien, au contraire, de plus complètement innocent.

D’après un rapport adressé à l’administration parM. Siméon, alors directeur des tabacs, cette plante ne produit que fort rarement des effets sensibles, même sur les ouvriers qui se livrent pour la première fois à sa manipulation. Ces effets, d’ailleurs, sont passagers, et les ouvriers finissent toujours par s’y habituer. Bien plus, d’après ce même rapport, les ouvriers des manufactures de tabac seraient exempts des maladies qui régnent dans les localités où se trouvent ces manufactures, ou bien ces affections seraient moins graves, moins intenses, et le nombre des individus atteints proportionnellement moins considérable. Parmi ces maladies, on cite la dysenterie, les affections typhoïdes, la suette et même la phthisie pulmonaire. Plusieurs des médecins attachés aux manufactures de tabac regardent, en effet, le travail de la fabrication de cette substance comme pouvant empêcher le développement des tubercules.

M. Mélier, dans un rapport lu à l’Académie de médecine, a cherché à élucider toutes ces questions.

Un des faits qui ressortent de son travail, c’est que la première impression éprouvée par les ouvriers qui débutent dans la fabrique, est toujours plus ou moins pénible, et qu’ils ont tous une difficulté plus ou moins grande à s’y habituer. Plusieurs même sont obligés d’y renoncer. Les phénomènes qu’on observe en pareil cas sont une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnée de nausées, quelquefois de vomissements; en même temps ils perdent l’appétit, le sommeil, et souvent il s’y joint de la diarrhée. Ces premiers effets, qu’on ne saurait nier, durent de huit à quinze jours, et cette période constitue pour les ouvriers, une espèce d’acclimatement. Au bout de ce temps, ces accidents disparaissent, et les ouvriers, désormais habitués au travail du tabac, finissent par ne plus s’en plaindre. Plus tard, les individus employés à la manutention du tabac semblent éprouver des effets consécutifs plus profonds, qui se manifestent à la longue, et dont les caractères spéciaux paraissent indiquer une action sur le sang. — Suivant M. Heurtaux, les modifications de ce liquide consisteraient dans une diminution

HYGIÈNE APPLIQUÉE

de la fibrine, et dans une tendance aux congestions sanguines sur divers points de l’organisme; malheureusement, aucune expérience positive n’a démontré encore la réalité de cette hypothèse.

Il est encore d’autres accidents signalés par M. Mélier dans son rapport ; ce sont ceux qui se montrent chez les ouvriers qui défont les masses et qui, indépendamment d’un travail pénible, sont exposés directement à l’inspiration des produits de la fermentation de ces masses. Ces accidents consistent dans des diarrhées séreuses abondantes, auxquelles se joignentl’insomnie,une agitation fatigante, la perte do l’appétit, les nausées, l'amaigrissement, et, finalement, un teint gris caractéristique.

On pensait autrefois que les ouvriers attachés aux manufactures de tabac vivaient moins longtemps que les autres. Cela n’est pas probable; il n’existe, toutefois, aucun document qui permette d’avoir une opinion positive à cet égard. On peut dire la même chose de l’influence du travail de la fabrication du tabac sur le développement de la phthisie pulmonaire. Le rapport de M. Mélier laisse, à cet égard, la question dans une incertitude qu’on aurait pu désirer lui voir lever.

Préparation des oranges amères. — Ces fruits sont employés, comme on le sait, à l’état de conserves, et on leur fait subir une préparation particulière de confiserie. M. le docteur Imbert, de Clermont-Ferrand, a fait connaître les accidents auxquels sont exposées les ouvrières occupées au pelage des oranges amères. Ces accidents sont les suivants : une céphalalgie générale, tantôt partielle, souvent oppressive et frontale ; quelquefois une espèce d’enivrement accompagné de vertige, ou bien encore une hémicrânie.

Souvent la céphalalgie s’accompagne de nausées et de vomissements.

M. Imbert signale aussi de véritables névralgies, de véritables odontalgies accompagnées de carie des dents ; ou bien de bourdonnements dans les oreilles, mais sans surdité.

On signale encore des convulsions épileptiformes d’un des côtés de la face : quelquefois de l’oppression, un sentiment douloureux de la partie supérieure du sternum, sensation d’étranglement à la gorge; toutes les variétés de la gastralgie, de l’insomnie, des réveils en sursaut ; parfois, il y a une courbature générale, des crampes, des douleurs aux poignets : enfin, une excitation générale et des mouvements brusques et rapides. Nous signalerons encore les éruptions, les démangeaisons et les enflures de la peau. Ces légers accidents ont presque toujours disparu par la suspension de l’ouvrage : plus graves, ils ont persisté plusieurs mois.

CnAP. X. — PROFESSIONS A MAT. VÉGÉTALES. 913

Fabriques de sulfate de quinine . — On doit à M. Chevallier quelques recherches curieuses sur les maladies des ouvriers qui travaillent au sulfate de quinine. D’après lui, ces ouvriers sont exposés à être atteints d’une maladie cutanée qui les force de suspendre leurs travaux pendant quinze jours, un mois, et plusieurs même sont obligés d’y renoncer complètement.

D’après M. Zimmer, fabricant de sulfate de quinine à Francfort, les ouvriers occupés à la pulvérisation du sulfate de quinine sont sujets à une fièvre particulière, qu’il désignent sous le nom de lièvre de quinquina; elle n’a pas été observée en France.

Il est important que de nouvelles observations viennent fixer l’opinion sur la maladie cutanée dont parle M. Chevallier, et sur la fièvre quinique deM. Zimmer.

[Sucreries. — Le travail dans les raffineries de sucre ne détermine guère, comme effets directs, que des éruptions eczémateuses et furonculeuses produites par le contact de la peau avec le sucre, la mélasse et par l’effet de la haute température à laquelle les ouvriers sont exposés. Les refroidissements trèscommuns dans ces conditions, par le passage subit à l’air libre, cause souvent des affections catarrhales des bronches et des voies digestives. La pneumonie et le rhumatisme sont plus rares. Le travail dans l’atelier de fermentation, et dans celui où l’on révivifie le noir animal des filtres peut encore exercer une influence nuisible. Il se développe là de l’hydrogène carboné, de l’acide carbonique, de l’ammoniaque en abondance, et un peu d’hydrogène sulfuré ; enfin, le sol est imprégné de matières organiques en voie de décomposition. Quant à l’affection cachectique avec anasarque et souvent mortelle qui attaque les nègres et les Chinois, dans les sucreries des Antilles, et que l’on désigne sous le nom de maladie des sucreries, il y a là un ensemble trop complexe de causes pour que l’on puisse l’attribuer à ce genre de travail.]

Bonbons (fabrication des). — Elle ne nous intéresse ici que sous le rapport des couleurs qu’on peut employer dans le pastillage et dans la préparation de certains bonbons.

Voici les couleurs qui sont permises :

1° Couleurs bleues. — L’indigo qui se dissout dans l’acide sulfurique, le bleu de Prusse et l’outremer pur.

3° Couleurs rouges. — La cochenille, le carmin, la laque carminée, la laque du Brésil, l’orseille.

3° Couleurs jaunes. — Le safran, la graine d’Avignon, le quercitron, le curcuma, le fustet, les laques alumineuses de ces substances.

4° Couleurs vertes. — Elles sont produites par le mélange

A. Becquerel, 6e édition. 3 8

HYGIÈNE APPLIQUÉE

des couleurs bleues et jaunes. On préfère généralement celle qui provient du mélange du bleu de Prusse et de la graine de Perse.

5° Couleurs violettes. — Le bois d’Inde mêlé au bleu de Berlin.

G0 Couleur pensée. — Le carmin môlé au bleu de Prusse ou de Berlin.

Substances dont il est défendu de faire usage pour colorer les bonbons ;

Toutes les substances minérales (l'outremer pur et le bleu de Prusse exceptés), et particulièrement les oxydes de cuivre, les cendres bleues, les oxydes de plomb, le massicot, le minium, le sulfure de mercure, le vermillon, le jaune de chrome (chromate de plomb), le vert de Schweinfurt ou vert de Scheele, le blanc de plomb.

Les papiers servant à envelopper les bonbons doivent être choisis avec soin, et on ne doit employer que les papiers colorés avec des laques végétales. Il est inutile d’insister sur l’importance d’observer les prescriptions de la police à cet égard ; car ce n’est que grâce à elles que l’on évite maintenant tous les empoisonnements qui avaient lieu autrefois.

Cardeurs. — Ce sont les ouvriers occupés à faire subir à certaines matières filamenteuses, telles que le lin, le chanvre, la laine, la soie, une opération destinée à les rendre propres à être filés, ou bien à les débarrasser des corps étrangers. On fait le cardage, soit à la main avec deux cardes à manche, soit avec des baguettes, soit au moyen d’un appareil mécanique. Ces ouvriers sont exposés à certains accidents, sans parler ici de la position constamment assise ou debout, de l’exercice forcé ou continuel des parties supérieures, il faut surtout tenir compte de la respiration continuelle de vapeurs ou de molécules animales. Voici les accidents qui ont été signalés comme en étant les conséquences : l'affaiblissement et l’œdème des parties inférieures, des douleurs obtuses des bras, des épaules et du thorax, des ophthalmies opiniâtres, et, chez le plus grand nombre, des toux longues et fatigantes, l’asthme, l’hémoptysie et la phthisie. Ajoutons enfin les maladies cutanées, dues au contact irritant des substances qui remplissent l’atmosphère des ateliers. Ce tableau est probablement un peu exagéré, et les conditions hygiéniques des ateliers, le mauvais régime des cardeurs, entrent, sans doute, pour quelque chose dans la production de ces diverses maladies. Ajoutons encore que, dans beaucoup de localités, le cardage n’est exercé que pendant trois ou quatre mois, et alterne avec les autres travaux de la campagne. Pour éviter tous ces inconvénients, nous recom-

Page 1