CUAP. XIII. — DE QUELQUES PROFESSIONS
liquide, on évite les mouvements précédents. Mais il en résulte un éclaboussage continuel, qui imprègne d’une humidité constante les vêtements de l’aiguiseur; de là les maladies qui sont les conséquences de l’humidité.
Les coupures, d’après M. Chevallier, sont plus rares chez les aiguiseurs qu’on ne le croit généralement. Il n’y a rien à en dire.
Enfin, suivant le môme observateur, la position de l’ouvrier amènerait des ulcères aux jambes et une déformation du corps.
[VIL Tailleurs de pierres. — Les tailleurs de pierres, marbriers, cantonniers sont exposés à diverses affections analogues à celles que nous venons de passer en revue, sans compter les inconvénients qui résultent des altitudes vicieuses; nous signalerons seulement les courbures et les déviations du tronc, les blépharites chroniques, les inflammations profondes de l’œil d’origine traumatique, les inflammations chroniques des bronches et des poumons, la phthisie pulmonaire et les lésions organiques du cœur qui accompagnent d’ordinaire un état d’induration du poumon (Fellz, de Strasbourg).]
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IlYGIÈNK APPLIQUÉE.
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VIII. Chapeliers. — Les préparations des poils qu’on veut soumettre à l’opération du feutrage sont assez compliquées; ce sont les suivantes : le ségallage, qui consiste à peigner avec une petite carde et à battre les toisons ; l’éburbage et l'éjarrage, qui consiste à couper ou à arracher les poils trop longs; le sécrétage, dans lequel on brosse les peaux avec une brosse trempée dans une solution étendue de nitrate de mercure : c’est là une des opérations les plus dangereuses de la chapellerie; les ouvriers qui en sont chargés se trouvent exposés à tous les accidents mercuriels, et il n’est pas rare d’en rencontrer dans les hôpitaux. On a proposé de remplacer le nitrate de mercure par l’acide sulfurique, ou par un* mélange de soufre d’Alicante et de chaux vive; mais on a été obligé d’y renoncer.
[La solution de nitrate de mercure se faisant souvent dans les chapelleries par le mélange du mercure avec l’acide, il en résulte un dégagement de vapeurs nitreuses qui ont donné lieu plusieurs fois à des accidents très-graves et môme mortels. — Quant à l’intoxication mercurielle, c’est là un fait signalé par tous les auteurs qui se sont occupés de la question. Pour obvier à cet inconvénient, MM. Hillairet et Bergeron (G.) ont proposé d’enduire les peaux, côté poil, avec de la mélasse, puis
Cil Al». Mil. — DE QUELQUES PROFESSIONS.
do laver avec une solution étendue d’acide nitrique; celle-ci se décompose, et donne lieu à la formation d’acide nitreux, qui, au contact de l’air, passe h l’état hyponitreux. Mais la production de l’acide nitreux a suffi pour amener la séparation facile des poils. Il se dégage bien encore des vapeurs nitreuses, mais bien moins que dans la préparation de la liqueur ordinaire et le mercure est entièrement mis de côté.]
On sépare ensuite |es poils, et on les livre à l’arçonneur, qui les fait passer sous les cardes d’un instrument appelé violon, destiné à former ce qu’on appelle l’étoffe. Enfin, la dernière opération, pour arriver au feutrage, est la foule. L’étoffe feutrée, trempée dans un bain de lie de vin ou d’eau aiguisée d’acide sulfurique, est pressée et foulée en tous sens avec un rouleau de bois, puis avec les mains.
Nous n’avons pas besoin de nous occuper du dressage, de la teinture et de l’apprêt, qui sont des opérations ultérieures.
Parmi ces diverses opérations, on a signalé l’arçonnage et la coupe des poils comme insalubres, en raison des poussières qui se dégagent dans les ateliers où on les exécute. Parent-Duchâtelet les regarde comme parfaitement innocents. C’est une question à décider.
[La statistique a répondu à cette question. Suivant Lombard, de Genève, le chiffre des décès par phthisie, chez les chapeliers, est à celui des autres causes de mort, de 23,6 pour 100, le rapport moyen général pour tous les autres états étant 11,4 pour 100. Benoiston de Châteauneuf a constaté que le rapport des entrées par phthisie, dans les hôpitaux, est pour les chapeliers : de 4,78 0/0, le rapport moyen étant 2,85 pour 100.]
ISiltliogragilsic. — Texox (J.>, Mém. sur les causes de quelques maladies qui affectent les chapeliers, in Bec. des mém. de l’Instit. no.t. (cl. des sc. math.), t. Vil, p. 9S, 1806. — Reiz (J.), Ueber die giftigen, Hutmacherbeizen und deren Nachtheile auf die Gesundheit, in Henlce’s Ztschr., t. XVII, p. 381, 18 '9. — Behkann (J.), Ueber die giftigen Bestandtheile der bei den Hutmachern gebrâuchlischsten Beizen und deren naclilheiligen Einfluss auf die Gesundheit. Ibid. Ergh., t. XXIV, et Schmidt’s Jahrbb. Splmt., t. II, p. 249, 1848. — Pappenheim (L.), Zur Hygiene der H dsenhaar schneider, in Arch. der deutsch. med. Geselzg., t. II, 1868, et Schmidt’s Jahrbb., t. C, p. 326, 1858. — Chevallier, De l’intoxication par l’emploi du nitrate acide de mercure chez les chapeliers. Th. de Paris, 1860, n" 194, in-l°. — Hàufigkeit der Mercuriale ergiftung en verzüglich unter Hutmachern. Ztschr. der K. K. Gesellsch. d. Aerzte zu Wien, t. III, p. 398, 792, 1860. — Gruber (A.), Mittel zur radicalen Beseitigung der bei Hutmachern vorIr.omme.nden Morbilitatsmomente , in Wien. Ztschr. f. projet. HeilJc., 1868, n"* 44, 4”, 47, 48. — Lewy (E.), Die (rini'rrbékranlchei/cn •der ffnhnaeher . i ■ > 'WrlmscJn-., 1869, n° 25. — Bortuer,
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9 4 4 HYGIÈNE APPLIQUÉE
[IX. Bichromate de potasse. — MM. Chevallier et Bécourt ont, les premiers, fait connaître les circonstances suivantes : Quand on transforme, par le moyen d’un acide, et par l’ébullition, le chromate neutre de potasse en bichromate, la vapeur entraîne avec elle une infinité de molécules pulvérulentes de ce produit qui se répandent dans l’alelier. Ces molécules, aspirées en abondance par les ouvriers, donnent au palais une saveur métallique très-désagréable, mais elles n’agissent pas d’une manière fâcheuse sur la bouche. Il n’en est pas de môme pour la muqueuse du nez; il se manifeste un coryza très-intense suivi de la destruction de la cloison cartilagineuse, après quoi les accidents s’arrêtent. Les priseurs de tabac sont seuls indemnes. Les excoriations en rapport avec le bichromate deviennent le siège d’une véritable cautérisation très-douloureuse pénétrant quelquefois jusqu’à l’os. Les parties découvertes peuvent devenir le siège d’éruptions pustulo-ulcéreuses ; des soins minutieux de propreté, un isolement complet des portions de peau entamées sont ici indispensables. Pour empêcher l’action sur les fosses nasales, un appareil d’interception, éponge humide sous les narines, serait indispensable. Suivant MM. Delpech et Hillairet, nonseulement les ouvriers employés au bichromate de potasse, mais tous les ouvriers chromateurs seraient exposés aux mêmes inconvénients, auxquels il faut ajouter encore des bronchites avec suffocation, des ulcérations de la gorge, des céphalalgies fréquentes, de l’amaigrissement.]
^Bibliographie. — Bécoort et Chevallier (A.), Mém. sur les accidents qui atteignent les ouvriers qui travaillent le bichromate de potasse, in Compt. rend, de l’Acad. des sc., t. XXXIII, p. 374, 1851, et Ann. d’hyg., 2e sér., t. XX, p. 83, 1863. — Delpech, De la fabrication des chromâtes, et de son influence sur la santé des ouvriers, in Bullet. de l’Acad. de méd., t. XXIX, p. 289, 1863-64. — Hillairet, Maladies des ouvriers chromateurs, ibid., p. 345.
[X. Sulfure de carbone. — M. le Dr Delpech a, le premier, publié des documents complets sur l’action que le sulfure de carbone exerce chez les ouvriers qui travaillent à la vulcanisation du caoutchouc à l’aide de cette substance. Il a résumé ainsi deux périodes de l’intoxication observée par lui :
— 1 re Période. Céphalalgie, vertiges, douleurs musculaires, fourmillements, hyperesthésie cutanée. Agitation, loquacité, rires ou larmes sans raison, mobilité d’esprit, rêves pénibles, irritabilité, colères, violences inexpliquées ; aliénation men laie confirmée. Troubles des sens, surexcitalion génitale, crampes et raideur musculaires ; appétit exagéré, nausées, vomissements, loux, oppression : accès fébriles, palpitation. — 2e Période. Affaissemen l des facultés intellectuelles, tristesse, découragement ;
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anesthésie, analgésie; troubles de la vue, amaurose, surdité, frigidité, impuissance, arrêt de développement des glandes séminales chez l'homme; absence de conception, ou avortement chez la femme; faiblesse musculaire générale, paraplégie, anorexie profonde, dépérissement, cachexie. — Comme prophylaxie, M. Masson a conseillé le dépôt, dans les ateliers où l’on vulcanise le caoutchouc, de solutions caustiques, mais surtout de chaux vive, qui absorberaient les vapeurs nuisibles. De son côté, M. Delpech relate avec approbation le moyen suivant imaginé par un ouvrier. Le travail se ferait dans un compartiment séparé de l’atelier par une cloison en bois percée de trous assez larges pour y passer les avant-bras. Un manchon en caoutchouc inséré d’un côté au pourtour des ouvertures, serrant de l’autrele poignet de l’ouvrier et laissant les mains libres, empêche le passage de toute émanation. Du côté de l’atelier, un vitrage oblique à hauteur d’homme permet de suivre le travail des mains. Combien voudront s’astreindre à cette petite précaution qui rend indemnes ceux qui ont bien voulu l’adopter?]
Bibliographie. — Delpech (A.), Mém. sur les accidents que développe, chez les ouvriers en caoutchouc , l’inhalation du sulfure de carbone en vapeurs Paris, 1856, in-8°. — Du même, Industrie du caoutchouc soufflé. Recherches sur l’intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone, iu Ann. d’hyg., 2e sér., t. XIX, p. 65, 1863. — Beaugrand (E.), Action du sulfure de carbone chez les ouvriers en caoutchouc, in Gaz.' des hôp., 1856, p. 331. — Duriau, Intoxication par le sulfure de carbone, ibid., 1858 (27 mai). — Masson (H.), Moyen de prévenir les accidents que développe chez les ouvriers l’inhalation du sulfure de carbone en vapeurs, in Compt. rend, de l’Acad. des sc., t. XLVI, p. 683, 1858. — Gallard, Intoxication par le sulfure de carbone chez les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc, in Union méd., 2e sér., t. XXIX, 1866.
— Huguier (L.), Contribution à l’étude de l’intoxication par le sulfure de carbone chez les ouvriers en caoutchouc soufflé. Th. de Paris, 1874. — Marche (A.), De l’intoxication par le sulfure de carbone. Th. de Paris, 1876.
[XI. Nitro-benzine et o.niline. — La nitrobenzine est un produit de la réaction de la benzine par l’acide nitrique. Dans cette opération, il se forme alors surtout de l’acide azoteux (voy. p. 224), dont nous n’avons pas à nous occuper. Dans la fabrication de l’aniline, qui se fait en mélangeant la nitrobenzine avec de la limaille de fer et de l’acide acétique, il se forme des vapeurs de nitrobenzine qui exercent sur les ouvriers une action stupéfiante, dont les effets peuvent être très-graves. Enfin l’aniline, pour être transformée en matière tinctoriale, est traitée par un oxydant très-énergique, le plus ordinairement l’acide arsénique, et c’est alors que les vapeurs d’aniline se produisent. Elles déterminent des vertiges, des céphalalgies, quelquefois suivis de syncope. Dans quelques cas, il y a un véritable empoisonne-
A. Becquerel, 6e édition. 6 0
ment, coma compliqué de délire et d’accidents convulsifs, ce (jui distingue l'intoxication anilique de celle de la nitrobenzine. Enfin, il peut y avoir, comme effet général, un état anémique qui se dissipe d’ailleurs assez promptement par la cessation momentanée du travail. — On ne peut empêcher la manifestation de ces accidents, quelquefois très-graves, que par une ventilation énergique des ateliers, de manière à entraîner rapidement au dehors les vapeurs nuisibles. Les ouvriers devront mettre devant leur bouche une éponge ou un mouchoir imbibés •d’une solution alcaline légère. L’ouvrier atteint d’accidents doit quitter immédiatement son travail, et, si les désordres se renouvellent, changer de profession. N’oublions pas de mentionner que les fabriques d’aniline sont trôs-exposées aux incendies.]
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