CDAP. XV. — TRAVAIL DANS LES MANUFACTURES
n’est pas toujours marquée par des progrès réels dans la santé des peuples, et si l’on a déjà beaucoup obtenu sous ce rapport parles perfectionnements de l’hygiène, il est certaines parties qui présentent encore à l’observateur sérieux de bien fâcheux résultats. Ce triste côté de la civilisation, c’est le travail dans les manufactures, et on ne s’avance pas trop en affirmant qu’il dégrade, sous le double rapport physique et moral, les populations qui s’y livrent.
Le dépérissement de la classe ouvrière dans les grands centres manufacturiers est un fait qu’on ne saurait nier, et c’est surtout par le peu d’aptitude de cette classe au service militaire, par sa débilité et sa petite taille, qu’il se fait reconnaître. Ainsi, à Lille, il faut annuellement 300 hommes pour en avoir 100 propres au service. En 1829, pour la France entière, il a fallu 186 hommes pour avoir 100 soldats valides; à Rouen, il en fallait 266; à Mulhouse, 210 ; à Elbeuf, 268 ; à Nîmes, 247. C’est donc une question qui intéresse au plus haut point l’hygiène, que de rechercher les causes de pareils résultats.
En France, les deux tiers de la population s’occupent des travaux de la campagne, et un tiers seulement, ou 11 millions des deux sexes, compose la classe industrielle. Le nombre réel des ouvriers industriels proprement dits n’est pas de plus de 5 millions : il est curieux de rechercher comment sont répartis ces cinq millions.
Industrie cotonnière. — Elle occupe actuellement plus d’un million d’individus, parmi lesquels plus de 160,000 enfants. Cette industrie est exercée dans de grandes manufactures (filatures), dans lesquelles les salles de travail sont, en général, vastes, bien aérées, et présentent, presque toujours, d’après les mesures de M. Villermé, 20 mètres cubes d’air pour chaque individu. Les ouvriers trouvent, dans ces usines, une quantité d’air suffisante, et toutes les autres conditions hygiéniques que les progrès modernes y ont introduites. Ce n’est donc pas dans les conditions matérielles de ces établissements que les ouvriers, qui travaillent depuis longtemps dans les fabriques, prennent cet aspect pâle de la face, ce teint plombé, cet étiolement véritable qu’ils présentent presque tous; mais dans les chambres basses, froides, noires, sales et humides de leurs demeures. Cette dégradation physique est encore favorisée par l’habitude de se renfermer, la plus grande partie des jours de fête et jusque bien avant dans la nuit, dans des cabarets enfumés, d’où ils ne sortent jamais qu’ivres, et après avoir dépensé la somme nécessaire pour la subsistance de leur famille, pendant toute la semaine.
Industrie lainière. — L’industrie delà laine emploie en France
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plus de 500,000 ouvriers, réparlis dans beaucoup de département.
Les ateliers de filature de laine sont aussi vastes que ceux de coton, moins chauds que ces derniers, parce que la laine n’a pas besoin de chaleur pour être filée, et que trop de calorique en détériore les qualités. L’air y est plus pur, moins chargé de poussière, et les fenêtres peuvent rester ouvertes sans nuire au travail.
Ce n’est donc pas encore dans les établissements eux-mêmes que les ouvriers puisent les causes d’insalubrité, mais dans les circonstances générales que nous étudierons plus loin.
La ville de Sedan, qui compte il à 12,000 ouvriers employés aux manufactures de drap, présente un contraste frappant avec la plupart des autres cilés manufacturières. Les usines offrent les meilleures conditions d’hygiène. Le salaire des. ouvriers y est assez élevé, puisqu’il est, en général, de 2 fr. à 2 fr 50 c. La misère, la débauche, le libertinage ne sont que l’exception : les vieillards trouvent dans les manufactures une occupation appropriée à leur débilité, et des secours donnés par leurs enfants ou par les caisses organisées à cet effet. Al. Villermé, qui signale ces résultats, les attribue avec raison à l’influence des chefs de fabriques, qui ont eu la pensée de se concerter entre eux pour les obtenir. L’exemple de Sedan a trouvé peu d’imitateurs dans les autres villes manufacturières.
Industrie liwàre. — Une partie des opérations qui se font sur le chanvre ont lieu dans des ateliers situés au rez-de-chaussée et humides. Les pieds des ouvriers, leurs vêtements sont souvent imprégnés d’humidité, ce qui les expose aux affections catarrhales et rhumatismales. Dans les étages supérieurs, où on file du lin plus fin, il n’y a plus la même humidité, mais il y règne de la poussière.
Les ouvriers qui travaillent dans ces manufactures sont essentiellement débiles, rachitiques, et même contrefaits. Leur taille est peu élevée, leur teint pâle. Cette industrie n’est cependant pas de nature à produire de pareils résultats, mais plusieurs causes les expliquent. Le peu de force nécessaire pour les travaux qu’on y fait, engage à s’y livrer beaucoup de sujets faibles et mal constitués, qui n’ont pu tiouver place ailleurs. Il en est de même des sujets trop jeunes, que l’on y place en grand nombre. Joignez à cela le séjour de' ces ouvriers durant toute une journée, même à l’instant des repas, dans ces ateliers humides ou remplis de poussière, et le soir ou les jours de fête, quand ils restent chez eux, la malpropreté et l'insalubrité de leurs demeures. Un travail de trop longue durée, surtout chez les enfants, vient encore contribuer à les abâ*