‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 339 sur 353 · CIIAP. XV. — TRAVAIL HANS LES MANUFACTURES · texte numérisé non relu

CIIAP. XV. — TRAVAIL HANS LES MANUFACTURES

tardir, et la mauvaise position que prennent les jeunes sujets dans les opérations du dévidage et du bobinage, en faisant porter habituellement tout le poids de leur corps sur la jambe droite, détermine, à la longue, la déviation des membres inférieurs.

On voit que dans ces manufactures, comme dans les précédentes, les plus grands inconvénients proviennent entièrement de l’incurie et de l’imprévoyance de l’ouvrier.

Dent lies, blondes , tulles, broderie. — L’industrie de la dentelle est bien diminuée. En 1790, il y avait à Lille 14 .0< 0 dentellières ; aujourd’hui, il n’y en a plus que 5 ou 6,000. Miintenant la fabrication des blondes est concentrée à Caen et à Chantilly. D’après M. Thouvenin, rien n’est plus triste que la position des dentellières; et sur 100 jeunes filles de cinq à six ans, à qui on fait apprendre, pendant quatre ans, selon l’usage, ce métier, 50 au moins, avant cinquante ans, sontbossues, atteintes d engorgement des paupières, d’amaurose, de myopie, et même de cécité, résultats dus à l’extrême fatigue de la vue ; chez d’autres, ce sont des symptômes de scrofules, une taille beaucoup audessous de la moyenne, avec courbure du dos, la pâleur et la maigreur de la figure ; et enfin, à mesure qu’elles avancent en âge, de nombreuses infirmités. Voilà quel est le sort des ouvrières occupées à ce genre de travaux.

Le travail n’est pas la seule cause de ces accidents; il faut placer sur le même rang la position constamment inclinée du corps pendant toute la durée du jour, l’immobilité presque absolue des extrémités inférieures, l’application continuelle des yeux sur un travail fin et fatigant, l’habitation d ins des caves ou dans des chambres humides et obscures, la malpropreté, la mauvaise nourriture. Il paraît que c’est à Lille surtout que ces mauvaises conditions hygiéniques déterminent les résultats dont nous venons de parler : car, d’après M. Thouvenin, la position des dentellières est loin d’êlre aussi triste à Bruxelles, où les conditions de vêlements, d’habitation et de nourriture sont meilleures.

Le travail de la broderie se trouve dans les mêmes conditions que celui de la dentelle. 11 y a vingt ans, il occupait 50,00o ouvrières dans le département de la Meurthe. Le nombre en est beaucoup diminué maintenant. .11 paraît qu’à Lunéville, les conditions hygiéniques dans lesquelles elles sont placées sont favorables; aussi n’a-t-on à y redouter que la fatigue de la vue.

Industrie de la soie. — Elle ‘occupe en France 309,000 ouvriers au moins. Les sujets qui s’y livrent sont, en général, de constitution débile. Leur faiblesse n’est pas la conséquence de

HYGIÈNE APPLIQUÉE

leur métier ; mais c’est précisément parce que ce métier est peu fatigant que ces individus, naturellement faibles, ont été conduits à le choisir.

Dans l’industrie de la soie, il y a une partie des opérations qui est évidemment très-insalubre : c’est celle qui consiste dans le traitement qu’on fait subir au résidu des cocons pour en obtenir la filosèle. Le cardage et le battage, qui se font dans des galeries souterraines, et sans autre ouverture que la porte, chargent l’air d’une poussière épaisse, et exposent les ouvriers à des catarrhes, des ophthalmies chroniques, des emphysèmes, des hémoptysies ; on regarde môme celte poussière comme pouvant développer la phthisie pulmonaire chez ceux qui y sont prédisposés.

A Lyon, il existe un grand nombre de manufactures de soieries, et les ouvriers travaillent également chez eux sur des métiers. Dans cette population industrielle, s’il est un grand nombre d’ouvriers qui participent à la misère et à l’abjection qui paraît frapper, en France, une partie des individus qui travaillent dans les manufactures, il en est aussi un bon nombre qui sont plus laborieux, plus sobres, plus intelligents et non moins moraux que les autres ouvriers des grandes villes manufacturières pris en masse. M. Yillermé a contribué, par la publication de ses recherches, à réhabiliter une partie de la population des ouvriers en soie de Lyon, que l’on avait coutume de représenter comme des êtres dégradés au physique et au moral.

Tissage. — Le tissage occupe 400,000 ouvriers en France. La plupart d’entre eux sont disséminés dans des localités bien différentes. Ils travaillent à bras quatorze à seize heures par jour, occupés à faire des toiles de coton, de lin ou de chanvre, dans des rez-de-chaussée humides, ou même dans des caves où le jour et l’air pénètrent difficilement. Aussi les tisserands sont-ils généralement pâles, chétifs, délicats. L’habitation et le travail dans un endroit humide sont malheureusement nécessaires pour l’opération même du tissage. Il y a donc là, pour ces ouvriers, une cause incessante d’insalubrité qui amène des rhumatismes, des bronchites chroniques et la maladie de Bright. Les tumeurs blanches sont généralement regardées comme assez fréquentes chez les tisserands.

Le tissage des étoffes de .soie ne présente rien d’insalubre pour la santé.

Manufactures d’ indiennes, teintureries . — Ces manufactures se trouvent surtout à Mulhouse et à Rouen. Il y règne habituellement une température humide de 35 à 40 degrés, température qui produit, chez beaucoup d’ouvriers, des transpirations abondantes. Il n’y a pas cependant de maladies spéciales propres aux

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