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vailler et s’amuser, voilà leur unique pensée; et, quel que soit leur gain, ils ne sont pas plus riches à la fin de l’année.
L’ouvrier malade ou blessé est bientôt ruiné, et le moindre chômage le réduit rapidement à la misère.
Comment remédier à des désordres aussi nombreux, et relever les ouvriers des manufactures, de l’état de dégradation physique et morale, dans lequel ils sont tombés depuis le commencement de ce siècle? Ce n’est qu’à l’aide des moyens suivants qu’on peut le tenter :
1° La disparition de Vivrognerie. — On ne peut se dissimuler que ce ne soit là le plus difficile, car celte amélioration de l’ouvrier dépend de sa propre volonté, soutenue peut-être par de bons conseils. Quant aux sociétés de tempérance, avec l’esprit français il n’y a aucune chance de les voir s’établir et exercer ouelque influence sur les habitudes des ouvriers ;
2° La disparition du libertinage . — Les meilleurs moyens à employer sont l’éducation morale et religieuse, dès le bas âge ; la séparation des sexes dans les ateliers, et le mariage, qui, bien souvent, exerce une heureuse influence dans les classes populaires ;
3° La cessation de la malpropreté. — Les établissements multipliés de bains publics y aideront puissamment :
4° Les chefs de fabrique, par une surveillance attentive, par les conseils incessants qu’ils sont capables de faire entendre aux ouvriers, par les encouragements qu’ils donneront aux caisses de secours, sont surtout capables d’améliorer les ouvriers des manufactures. Leur influence bienveillante et active peut seule les ramener à des conditions physiques et morales meilleures. Le zèle des chefs de fabrique devrait surtout encourager la création des établissements suivants :
A. Les salles d'asile et les écoles destinées aux enfants des ouvriers, et dans lesquelles on devra s’efforcer de développer à la fois l’éducation physique et intellectuelle des jeunes sujets. Ce n’est pas seulement à la lecture, à l’éeri(ure et aux éléments du calcul qu’il serait nécessaire d’étendre leur instruction; il faudrait insister sur l’éducation morale et religieuse, bien plus importante encore, et qui contribuerait à leur enseigner la probité, la charité, la bienveillance envers leurs semblables, l’obéissance envers les supérieurs. Plus tard, cette même éducation les rendra de bons, honnêtes et laborieux pères de famille.
B. Les caisses d épargne et de prévoyance, ainsi que les sociétés de secours mutuels en cas de maladie, sont les meilleurs moyens pour moraliser les ouvriers et assurer l’avenir delà population industrielle.
HYGIENE APPLIQUÉE
Des accidents causes par les machines.
[L’introduction de la vapeur, comme puissance motrice, dans les machines a multiplié l’emploi de celles-ci dans l’industrie, et, par conséquent, multiplié les causes d’accidents occasionnés parles systèmes mécaniques. 11 n’existe malheureusement pas de statistique générale à cet égard, et nous avons dû en former une partielle en analysant une série de rapports publiés à Lille de 1844 à 18o3,surles blessés traités à l’hôpital du Bon-Secours à Lille pendant ces dix années. Nous voyons d’abord que le nombre total des blessés par le fait des machines s’élève à 029, nombre qui, d’après les médecins de Lille, ne représente guère que la moitié du nombre réel, les autres se faisant soigner à domicile. Aussi pour 10 ans cela fait, en chiffres ronds, d 20 blessés par an ou 1 sur 83 ouvriers de tout âge et de tout sexe employés dans les fabriques de Lille.
Suivant le sexe nous avons reconnu pour les hommes 56,7 des blessés et 43,3 pour les femmes; ce qui s’explique par le très-grand nombre de celles-ci employées dans les manufactures.
Ainsi qu’on pouvait le prévoir, Yàge peu avancé a ici une influence très-marquée ; nous avons :
Au-dessous de 15 ans. . . . 41,0 i De 25 à 40 13,1
De 15 à 25 36,4 J De 40 à 60 9,3
Cette fréquence plus grande chez les jeunes sujets ne tient pas seulement à l’étourderie inhérente à leur âge, mais à leur nombre, et à ce que, par la nature de leurs travaux, les enfants sont souvent en rapport avec les parties dangereuses des appareils.
Les parties les plus souvent atteintes sont : les membres supérieurs 87,1 ; les membres inférieurs ne donnent que 7,4, et la tète et le tronc, 5,4. Quant au genre de blessures, elles se montrent dans les rapports suivants : contusionsi, plaies contuses, 83,1; fractures, 8,9; écrasements, 3,4; piqûres, coupures, 1 ,6 ; brûlures, 2,5.
A part les cas de mort instantanée dont la liste n’a pu être donnée, on a observé : guéris, 8 1,2 ; estropiés, 14,4; morts, 5,1, ainsi la léthalité, dans ces accidents, ne serait pas très-considérable.
Relativement à la cause on avait accusé l’ivresse et en particulier le lundi , de jouer ici un grand rôle, mais, examen fait, il a fallu renoncer à celte supposition, car le lundi est le jour qui
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donne le moins d’accidents lo,4, le mardi et le samedi le plus, 17,4; et d’ailleurs, le plus grand nombre des blessures se rencontrent chez les enfants qui n’ont pas encore d’habitudes d’ivrognerie. Reste donc l’imprudence. Il faut avouer qu’au milieu des rouages, des engrenages, des courroies en mouvement, des arbres de couche ou de transmission animés d’un mouvement de rotation rapide, il est bien difficile de ne pas s’oublier un moment, et un moment suffit pour amener de terribles désordres.
Il n’y a qu’un seul moyen d’obvier à de semblables malheurs, c’est d’entourer d’étuis de bois ou de grillages les parties dangereuses des appareils avec lesquelles les ouvriers n’ont pas affaire ; proscrire d’une manière absolue de placer les courroies pendant la marche des machines, ou ne les placer qu’à l’aide d’un long bâton armé d’un crochet; ne mettre les machines en mouvement qu’après un signal donné; exiger, dans la fabrique, l’emploi des vêtements courts et collants, etc,, etc.]
Travail des enfauts dans les manufactures.
Les circonstances qui ont provoqué la loi relative au travail des enfants dans les manufactures sont nombreuses et assez complexes : parmi elles, on doit signaler le dépérissement graduel des populations industrielles; l’excès de production, qui, faute de débouchés, pouvait laisser un grand nombre d’ouvriers sans travail; enfin, l’exploitation des enfants qui, souvent dès l’âge de six ou sept ans, mal vêtus, mal nourris, travaillaient dans certaines usines, quelquefois jusqu’à treize ou quatorze heures, et passaient une partie de la nuit du samedi au dimanche.
Promulguée en 1841, la loi établit ce qui suit :
Art. 2. Les enfants, pour être admis, devront avoir au moins huit ans ; de huit à douze ans, ils ne pourront être employés plus de huit heures sur vingt-quatre, divisées par un repos; et de douze à seize ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de douze heures sur vingt-quatre, divisées par des repos.
Ce travail ne pourra avoir lieu que de cinq heures du matin à neuf heures du soir.
Art. 5. Nul enfant âgé de moins de douze ans ne pourra être admis qu’autant que ses parents ou tuteurs justifieraient qu’il fréquente actuellement une des écoles publiques ou privées existant dans la localité. Tout enfant admis devra, jusqu’à l’âge de douze ans, suivre une école. Les enfants âgés de plus de
douze ans seront dispensés de suivre une école, lorsqu’un certificat délivré par le maire de leur résidence attestera qu’ils ont reçu l’instruction primaire élémentaire.
On peut faire quelques observalions sur cette loi. D’abord l’Age de huit ans est trop bas ; il faudrait au moins dix ans, et mieux encore douze, comme minimum.
Le reproche le plus grave que l’on puisse adresser à cette loi, c’est son inexécution. Rien, en effet, n’est plus illusoire, et chaque jour elle est éludée. S’il en est ainsi, c’est que l’inspection du travail dans les manufactures est gratuite, et qu’elle est confiée à d’anciens fabricants, à des propriétaires, à des médecins, peu disposés à agir avec rigueur contre des manufacturiers avec lesquels ils sont, la plupart du temps, liés de parenté ou d’amitié. Pour en assurer l’exécution, il faut, de toute nécessité, en arriver aux inspecteurs spéciaux rétribués par l’État, les départements, les communes, ou même les particuliers, et qui seraient chargés de veiller à la stricte exécution de cette loi, qui importe tant à l’avenir, à la prospérité des populations industrielles.
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CllAP. AV