‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 53 sur 353 · CHAI». III. — DES SEXES · texte numérisé non relu

CHAI». III. — DES SEXES

mettent d’établir les données suivantes qui reposent sur des milliers d’observations.

Si, comme le veut M. Joulin, on partage le globe en trois zones : 1° tempérée (du 33e au 54e degré de latitude) ; 2° chaude (du 54e à l’équateur), et 3° froide (du 33e degré au pôle), on a pour la première lage moyen de 45 ans (40,080 observations); pour la seconde, 42 et 13 ans (4,724 observations), et pour la troisième, 15 et 16 (4,713 observations): ainsi Fécart entre les pays chauds et les pays froids n’est pas de dix à onze années, comme le croyait Haller, mais seulement de trois à quatre ans au plus.

Pour admettre la précocité de la menstruation dans les pays chauds, on avait fait valoir la précocité des mariages qui, dans l’Indoustan par exemple, ont lieu à l’âge de 10 ou 14 ans; mais les voyageurs contemporains (Parry, Ross, Franklin) nous ont appris que les unions prématurées vers l’âge de 42 ans sont également très-communes sous le ciel glacé du pôle, chez les Samoyèdes et les Esquimaux. Du reste il faut savoir que si, dans l’Inde, les mariages ont lieu à l’âge indiqué ci-dessus, il n’est effectué et consommé qu’à l’âge réel de la puberté.

Certains auteurs avaient cru pouvoir mettre sur le compte de la race ce qui appartient au climat, mais, comme l’a fait observer M. Joulin, les Hindoues réglées de 42 à 13 ans sont, comme nous, de race caucasique.

Une circonstance assez curieuse signalée par M. Brierre de Boismont et confirmée par d’autres observateurs, c’est que, dans une même contrée, les règles apparaissent un peu plustôt dans les villes que dans les campagnes ; la différence n’est que de quelques mois, mais elle est réelle.

Ménopause. — On possède beaucoup moins de documents sur l’âge de la cessation des règles dans. les différents pays. Cependant M. S. Mayer a noté l’âge de 47,03 ans pour les femmes de Berlin; le chiffre le plus élevé se trouve pour la 50e année, les chiffres antérieurs et postérieurs offrent de notables divergences, surtout les plus élevés ; M. Yogt donne 49 ans pour la Norwége; M. Tilt, réunissant les chiffres de MM. Brierre de Boismont et Guy aux siens propres, présente pour la France et l’Angleterre 1,080 cas dont l’âge moyen fut de 45,7 ans ; les documents relatifs aux pays chauds ne reposent pas sur des chiffres assez considérables pour autoriser une conclusion.]

Système nerveux. — La seconde cause de différence entre l’homme et la femme est dans le système nerveux; voici en quoi elle consiste : le système nerveux chez la femme est plus excitable, plus facilement impressionnable; il est, si l’on peut ainsi

dire, doué de facultés plus exquises, plus délicates, et cet état fonctionnel est plutôt un indice de débilité que de force. La plupart du temps, les facultés intellectuelles mises en jeu, bien qu’elles puissent être aussi développées et aussi perfectionnées que chez riiomme,n’en sont pas moins affectées d’une débilité plus grande, d’une excitabilité plus facile et d’un épuisement plus prompt.

Les mouvements présentent les mômes résultats ; ils ont moins de force, moins d’étendue ; le développement musculaire est moins considérable.

La sensibilité, surtout chez la femme, est délicate, exquise ; elle est mise en jeu avec une facilité extrême, s’exalte ou diminue avec une grande rapidité.

Peut-on expliquer cette grande et facile impressionnabilité des diverses facultés cérébrales par un état organique particulier du cerveau ? Plusieurs auteurs l’ont essayé.

D’après Sœmmering, la tête et le cerveau, considérés d’une manière absolue, sont plus petits chez la femme que chez l’homme. Mais si leur masse encéphalique est comparée au reste du corps, on trouve que le volume et le poids de cette dernière sont, relativement, plus considérables chez la femme que chez l’homme {De corporis humant fabrica, t. 1Y, p. 39, Traj. ad M. , 1798, in-8°).

D’après Ackermann, cité par Burdach, le cerveau de la femme est proportionnellement plus pesant que celui de l’homme, dans ses rapports avec le poids total du corps chez l’un et chez l’autre ( TJeber die kôrperliche V erschiedenheit des Mannes vom Weibe , p. 142 ; et in Burdach, Traité de physiol., trad. fr., t. I, p. 333).

D’après Parchappe, le volume de la tête est, en moyenne, plus petit dans toutes les proportions chez la femme que chez l’homme ; il en est de même du poids qui, en moyenne, est plus faible chez la femme : tandis que ce volume et ce poids, comparés à celui du reste du corps, sont relativement plus considérables [Recherches sur l’encépliale , 1er Mém., p. 16 et suiv. Paris, 1836).

Les trois auteurs qui viennent d’être cités s’accordent donc à tirer de leurs recherches anatomiques cette conclusion : que le volume et le poids de la masse nerveuse, comparés au poids et au volume de la masse du corps, sont plus considérables chez la femme que chez l’homme ; et il suit de là qu’on pourrait peut-être invoquer cette prédominance pour expliquer la susceptibilité et l’impressionnabilité plus grandes des diverses facultés cérébrales dans le sexe féminin.

Dépendances du système nerveux. — La peau est plus brune,

plus résistante, plus épaisse chez l’homme que chez la femme. Le système pileux est généralement plus développe chez lui.

La digestion n’est, signalée, dans les deux sexes, par aucune différence importante qui mérite d’ôtre remarquée.

La respiration, au contraire, présente des variations remarquables dont on doit la connaissance à MM. Andral et Gavarret. Ces variations portent sur la quantité de carbone brûlé dans les poumons. Le terme de comparaison est la quantité de ce corps brûlée dans l’espace d’une heure, et que l’on déduit de la proportion d’acide carbonique exhalée pendant c£ laps de temps.

De 8 à 15 ans, les enfants mâles brûlent dans l’espace d’une heure et en moyenne, 7 gr. 4 de carbone, tandis que, dans les memes conditions, les enfants femelles ne brûlent que 6 gr. 4.

Après l’âge de puberté, les résultats sont variables chez l’homme et chez la femme : 1° chez l’homme, la quantité d’acide carbonique brûlée augmente jusqu’à l’âge de 30 ans, ensuite elle décroît. De 15 à 20 ans, il y a 10 gr. 8 ; — de 20 à 30 ans, 12 gr. 2; — de 30 à 40 ans, Il gr.; — de 40 à 60 ans, 10 gr. ; — de 60 à 80 ans, 9 gr. 2, — Un cas à 102 ans, 9 gr.

2° Chez la femme, la quantité de carbone brûlée dans l’espace d’une heure est toujours moins forte que chez l’homme. Dès que la menstruation est établie, MM. Andral et Gavarret sont arrivés à cette singulière conclusion que, quels que soient l’âge et la force des femmes tant que dure cette période, de quinze à cinquante ans, par exemple, la quantité de carbone brûlée dans l’espace d’une heure est toujours à peu près la même et s’éloigne peu de la moyenne, 6 gr. 9. Pendant la grossesse, la quantité de carbone brûlée en une heure atteint le çhiffre maximum 8 grammes qu’elle conserve tant que dure cet état physiologique, pour retomber ensuite dans la moyenne, 6 gr. 9. ( Recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalée par le poumon, dans l'espèce humaine. Paris, 1843, in-8°).

Circulation, — M. Bizot, dans des recherches intéressantes, a signalé des différences notables entre le volume du cœur, chez l’homme et chez la femme. Chez cette dernière, il est proportionnellement moins volumineux dans toutes ses dimensions ( Recherches sur le cœur et le système artériel chez l'homme, in Mém. de la Soc. mèd. d'obs,, t. I, p. 262-411. Paris, 1837, in-8°).

La composition du sang n’est pas exactement la même dans les deux sexes. Les analyses auxquelles je me suis livré avec M. Rodier ont conduit aux conséquences suivantes :

Le sang delà femme contient un peu plus d’eau que celui de l’homme.

La proportion de globules est beaucoup moindre chez la femme que chez l’homme. Il y a en moyenne 127 millièmes chez elle, tandis qu’il y en a 141 millièmes chez l’homme.

La proportion d’albumine contenue dans 1,000 grammes de sérum est également un peu moins forte chez la femme.

Le poids des matières grasses est un peu (mais bien peu à la vérité) plus considérable chez la femme que chez l’homme. Il y a chez elle un peu moins de sels.

En résumé : la densité, soit du sang considéré en masse, soit du sérurfl pris à part, est moindre dans le sexe féminin que dans le sexe masculin. ( Recherches sur la composition du sang dans l'état de santé et de maladie. Paris, 1844, in-8°).

Poids. — A égalité d âge et à partir de douze ans, où il y a une égalité presque complète dans le poids des individus des deux sexes (Quetelet), l’homme est généralement plus pesant que la femme. Le poids moyen du premier, bien développé et bien conformé, peut être représenté par 47 kil. , tandis que celui de la femme, dans les mêmes conditions, n’est que de 42,5 kil. Les limites extrêmes, pour les hommes, ont été 45 kil. et 98,5 kil., et pour les femmes, 39,8 kil. et 93,8 kil.

Les femmes parviennent au maximum de leur poids plus tard que l’homme. C’est en effet vers l’âge de cinquante ans qu’elles pèsent le plus, tandis que l’homme se trouve dans la même condition à quarante ans.

Taille. — La taille (Quetelet), chez l’homme, est, en moyenne plus élevée que chez la femme. Chez un homme ayant atteint tout son développement; les limites extrêmes se trouvent comprises entre 1 m. 467 et 1 m. 890, et chez la femme entre ! m. 444 et 1 m. 740.

[Cette inégalité se suit dans les différentes races ou variétés de l’espèce humaine. Ainsi d’Orbigny, ayant étudié à ce point de vue l’homme américain (Amérique méridionale) a trouvé pour les races les plus élevées, les Patagons, une moyenne d.e l m. 730 chez les hommes, et de 1 m. 620 chez les femmes, tandis que chez les plus petites, les Péruviens Changols, les hommes présentent! m. 590, et les femmes 1 m. 445.]

Les différences qui viennent d’être signalées entre l’organisation de l’homme et celle de la femme modifient, chez cette dernière, l’influence des divers agents externes ou internes, et peuvent même déterminer des effets tout spéciaux.

On peut ranger en quatre ordres ces différences principales qui résultent pour la femme de son organisation particulière.

i° La femme, en raison de sa constitution moins forte, de son organisation moins robuste, offre, d’une part, une moindre résistance à l’action des agents extérieurs et des modificateurs de

cause interne, et, d’une autre part, elle offre contre les maladies, une fois développées, une réaction moins considérable. Ces deux propositions se démontrent d’elles-mêmes, il est inutile d’y insister.

2° La diversité des organes génitaux dans les deux sexes est, pour chacun d’eux, la cause d’affections essentiellement différentes. Chez l’homme, les maladies des organes génitaux tendent plus à se localiser, et, chez la femme, elles tendent davantage à se généraliser. Il va sans dire que cette loi présente des exceptions, et qu’il n’y a d’exprimé ici que le fait général. Chez la femme, un acte nouveau et important, l’accouchement, ainsi que tous les phénomènes qui en sont la suite, est, pour elle, le point de départ de maladies nombreuses, toutes spéciales et exerçant une grande influence sur son état physiologique et pathologique.

3° L’ovulation spontanée et la menstruation, qui en est la conséquence, donne naissance à des accidents particuliers qui sont liés à ces fonctions. Ces accidents peuvent se développer ou être rattachés à trois époques bien distinctes de la menstruation, qui sont les suivantes :

A. La menstruation, à l’époque de sa manifestation, peut trouver de grands obstacles à s’établir, et ces obstacles sont, la plupart du temps, liés à F existence de la chlorose ou de l’hystérie. D’un autre côté, l’établissement de la menstruation peut changer la constitution de la jeune fille, l’améliorer, la consolider, et même faire disparaître certaines maladies qui existaient à une époque antérieure, telles que la chorée, l’épilepsie, les scrofules, des affections chroniques de la peau, etc., etc. ; la menstruation peut encore en produire de nouvelles et être quelquefois le point de départ de leucorrhées rebelles et même de phthisie pulmonaire.

B. Pendant sa durée, chaque époque menstruelle peut être la source d’accidents particuliers, qui sont : a. la quantité trop considérable de l’écoulement sanguin, qui détermine des anémies plus ou moins profondes ; 6. la diminution de quantité ou encore la suppression des menstrues, qui est tantôt le symptôme d’une maladie générale (la chlorose), tantôt, au contraire, le point de départ d’accidents spéciaux, qui ne sont que la conséquence de la suppression ou de la diminution de ce flux. L’état pléthorique, la fièvre continue simple, la métrite, etc., etc., peuvent être rangés dans cette catégorie.

C. A l’instant de la suppression naturelle des menstrues, les modifications qui surviennent dans l’organisation de la femme, surtout dans les premières années qui suivent ce temps critique, peuvent être cause de diverses maladies. On ne peutexa-

9 4 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE L’jIYÜIÈNE.

miner ici toutes celles que les auteurs ont mises sur le compte de celte suppression, il est seulement utile de signaler le fait général.

4° La femme, en raison de l’état de son système nerveux et de la susceptibilité des fonctions de cet appareil si facilement mise en jeu, se trouve dans les deux conditions suivantes, que nous formulons seulement ici d’une manière générale.

A. Chez la femme, la plupart des maladies d'espèce et de nature différentes qui peuvent se développer, se compliquent plus facilement d’accidents nerveux, soit du mouvement, soit de la sensibilité, soit même de l’intelligence.

B. Les affections nerveuses, les névroses sont plus fréquentes chez la femme que chez l’homme, il y en a môme qui lui sont toutes spéciales, telles que l’hystérie.

Résultats statistiques. — Les recherches statistiques faites sur le sexe féminin comparé au sexe masculin ont conduit à des données curieuses et assez intéressantes, sous le point de vue de l’hygiène, pour être reproduites ici.

1° Naissance. — 11 naît plus de garçons que de filles : c’est un fait positif et qui est vrai dans la plupart des pays. Voici quelques chiffres qui le prouvent, pour la France du moins.

En France, en trente ans, de 18 1 7 à 184(5, il est né 14,090,142 garçons et 14,107,953 filles. Les premières naissances l’emportent donc sur les secondes de 1/16.

Les choses ne se passent pas de même pour les enfants légitimes ou pour les enfants illégitimes. En effet, pourles premiers, il naît 17 garçons pour 16 filles, tandis que pour les seconds, il naît 26 garçons pour 25 filles.

Boudin a donné un tableau qui résume la proportion des naissances masculines sur 1,000 naissances féminines dans divers États de l’Europe. Nous en extrayons quelques chiffres.

Prusse (1820-1834) 1,060

Prusse (population juive).. . 1,112

Pays Bas 1,064

Russie (1812-1827) 1,089

Naples ,1821-1828) 1,062

Autriche 1,061

Wurtemberg (1820-1828) 1,057

Bohême 1,051

Grande-Bretagne 1.043

Suède (1817-1825) 1,046

Mecklembourg 1,071

Corfou 1,116

Belgique (1816-1825) 1,065

Berlin (1789-1810) 1,069

Yienne (1789-1810) 1,041

2° Mortalité. — La statistique prouve qu’il meurt, en général, un peu plus de garçons que de filles. Il y a environ 65 morts de garçons pour 64 filles. Si l’on met ces résultats en regard de ce fait que nous avons signalé, savoir, qu’il naît plus de garçons que de filles, on arrive à reconnaître que les deux sexes concou-

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