‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 68 sur 353 · III. Des circonstances qui modifient l'hérédité · texte numérisé non relu

III. Des circonstances qui modifient l'hérédité

1° L’état physiologique ou pathologique des parents peut d’abord très-bien ne pas se transmettre aux enfants. Dans d’autres cas, il saute une génération.

2° La prédisposition organique à un état morbide, étant transmise, peut encore ne pas se traduire par la production de la maladie elle-même, et cela, dans deux circonstances spéciales : a. si aucune cause occasionnelle n’est venue contribuer à déterminer sa manifestation ; b. si une hygiène bien entendue, des précautions convenables ont fait disparaître, ou du moins ont atténué cette prédisposition.

3° Le sexe exerce une influence. Le père aussi bien que la mère transmettent une prédisposition organique morbide. Mais y concourent-ils de la même manière ? C’est une question qui n’est pas encore décidée bien positivement. -

Ainsi, on a d’abord prétendu que les pères transmettaient la prédisposition morbide aux garçons, et la mère aux filles. L’observation a prouvé que rien n’était moins exact. On a dit ensuite que les pères transmettaient aux filles et les mères aux garçons : c’est encore une erreur; ce croisement, qui a lieu quelquefois, est loin d’être constant.

Un seul fait, et qui encore ne peut être démontré positivement par des résultats numériques, est resté acquis à la science; c’est que la mère transmet par hérédité plus souvent, plus certainement et d’une manière plus caractéristique, la prédisposition morbide organique à ses enfants.

4° L’âge des parents. Plus l’âge des parents est avancé, plus facilement ils transmettent aux enfants l’état dont il est question ; c’est un fait qu’on ne saurait mettre en doute.

5° Le régime et les soins hygiéniques auxquels ont 'été sou-

CHAI». VI. — DE L’HÉllÉDITÉ.

mis les parents avant l’époque et à l’instant de la conception, exercent une influence notable.

C’est ainsi que la prédisposition morbide est transmise moins . facilement et moins énergiquement, si ce régime et ces soins ont été judicieux, convenables et de nature à combattre la maladie dont les parents sont affectés.

Règles hygiéniques. — Elles se rapportent: 1° à l’amélioration de la constitution; 2.° aux transmissions morbides héréditaires.

1° Amélioration de la constitution.

Les expériences tentées sur les animaux à l’aide du croisement ont éclairé cette question, et il est permis d’appliquer quelques-uns des résultats obtenus à l’espèce humaine.

Voici d’abord quelques faits importants, sans application immédiate, il est vrai, mais qui peut-être en trouveront plus tard.

Le croisement permet de réunir dans le même animal les qualités du père et delà mère. Ainsi, on sait qu’en France la race chevaline s’abâtardirait si l’espèce se reproduisait entre elle, et si l’on ne prenait le soin de l’entretenir et de l’améliorer sans cesse à l’aide du croisement opéré par les étalons arabes ou anglais. Tel est le principe suivant lequel est organisée, en France, l’administration des haras, qui a été tant critiquée, et qui cependant est la seule cause de l’amélioration et de la conservation de notre race chevaline.

Des effets analogues peuvent être produits sur les diverses espèces de bestiaux. On sait les beaux résultats obtenus par l’Anglais Bakewell, qui est parvenu, par le croisement, à produire des espèces où les masses charnues dominent et où les os sont réduits au minimum.

La production des mulets, qui est une source de fortune et d’exportation pour plusieurs provinces de France, et surtout pour le Poitou, est le résultat du croisement judicieux fait par les éleveurs de beaux étalons baudets, avec les juments petites et rachitiques du Poitou.

M. Harvey a publié, il y a quelques années, des résultats curieux qui, peut-être, expliqueront des faits qui jusqu’à présent semblaient obscurs, et qui, plus tard, seront probablement susceptibles d’application. Le fait qui en est le point de départ a été observé sur les animaux. Voici ce dont il s’agit : une jument couverte par un couagga (âne sauvage) mit un jour un hybride ayant la tête et les bandes noires qui séparent le dos et les jambes du mâle qui l’avait couverte. Plus tard, cette jument fut couverte par un cheval étalon, et cependant le pro-

112 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE L’ilYGIÈNE.

duit ressembla au premier. M. Harvey donne de ce fait l’explication suivante : « Lorsqu’un animal de n’importe quelle race « a été fécondé par un animal d’une race différente, cet ani- « mal fécondé est croisé pour toujours. La pureté de sang est « à jamais perdue par le seul fait de son croisement avec un « animal étranger. »

Il se demande ensuite si « le fœtus, participant naturelle- « ment de la nature du père, inocule cette nature dans le sang « et en général dans tout le système de la mère. »

Les croisements appliqués à l’espèce humaine peuvent également rendre de grands services, et, appliqués judicieusement, contribuer à son amélioration.

1° On sait que les familles qui s’unissent entre elles ne tardent pas à dégénérer et à s’abâtardir. Les mariages des proches parents entre eux ont également ce résultat. Il faut donc donner le conseil de les éviter autant que possible .(1).

2° L’union de deux individus de mauvaise constitution et présentant un tempérament faible et lymphatique donne naissance à des enfants plus faibles, plus débiles, plus lymphatiques encore et qui sont prédisposés d’une manière singulière aux scrofules, aux tubercules, au rachitisme, etc.

De telles unions ne doivent donc pas être conseillées; il faut, au contraire, renouveler la constitution et le tempérament

(1) La question des mariages entre parents a beaucoup occupé, et depuis bien des siècles, non-seulement les médecins, mais encore les législateurs et les théologiens. En général, on s’est prononcé pour l’interdiction. La question vient de nouveau d’être mise à l’ordre du jour. En Amérique, une vaste enquête a été ouverte. Sur notre continent, les observations de Menière, de Devay, de Rilliet, de MM. Chazarain, Liebreich, Hove, etc., etc., les recherches de Boudin, Chipault, etc., semblent démontrer que les unions dites consanguines ont pour résultat d’amener d’une manière plus ou moins marquée, mais le plus souvent en rapport avec le de°Té de parenté : 1° du côté des parents, l’infécondité ou des avortements ; 2° du côté des enfants, soit dans la descendance immédiate, soit en sautant une génération, des altérations, des dégénérescences variées, telles que l’albinisme, quelques lésions de la vue (rétinite pigmentaire), la scrofule, mais surtout la surdi-mutité. D’un autre côté, MM. Bourgeois, Voisin, etc., ont rapporté de nombi-eux exemples de mariages consanguins suivis et répétés pendant plusieurs générations et dont les produits jouissaient d’une excellente santé. A la Société d’anthropologie MM. Périer, Daily et autres ont beaucoup insisté sur la différence, quant aux effets sur la descendance, entre la consanguinité saine ou hygide et la consanguinité morbide. Ils se sont efforcés d’établir que les unions entre parents sains et vigoureux maintiennent, chez les enfants qui en naissent, ces mêmes qualités de santé et de vigueur, et qu’il s’opère là une sélection favorable, tandis que les mariages entre les parents d’une mauvaise santé ou affectés de diathèses graves, sont nuisibles non-seulement - en perpétuant, mais même en aggravant ces conditions fâcheuses. Ainsi ce serait l’hérédité et non la consanguinité qu’il faudrait accuser. Les recherches longues et minutieuses de 31. Mitchell, tout en constatant l’efficacité de la première cause, ont cependant laissé à la seconde une assez large place. La question ne peut donc pas être considérée comme résolue. F,. Bgd.

Page 1