‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 73 sur 353 · SOURCES ET ÉNUMÉKATION DES PRINCIPALES HABITUDES · texte numérisé non relu

SOURCES ET ÉNUMÉKATION DES PRINCIPALES HABITUDES

1° Habitudes physiologiques. — Les habitudes ne peuvent guère exister que par des actes soumis, au moins en partie, à l’influence de la volonté, et qui sont destinés à se répéter un certain nombre de fois, tous les jours, par exemple.

L’appareil digestif peut être la source d’un certain nombre d’habitudes que voici : la faim et l’appétit, qu’on s’habitue à faire naître à certains instants plutôt qu’à tels autres, qu’on peut éloigner ou rapprocher à volonté. — La soif : l’habitude de boire peu ou beaucoup se contracte assez facilement ; cela se conçoit, si l’on réfléchit qu’une des plus importantes fonctions des reins consiste à débarrasser le sang, par les urines, de la quantité surabondante d’eau qu’il contient, et qui a été introduite par les boissons. L’habitude de manger chaque jour peu ou beaucoup se contracte encore aisément ; on peut affirmer, d’une manière générale, que les habitants des villes, et surtout ceux des classes aisées, sont presque tous habitués à manger trop, à prendre plus d’aliments que ne l’exigent les besoins de la respiration et de la réparation, et cela sans qu’il en résulte d’inconvénients sérieux, à moins toutefois qu’il n’y ail grand excès.

L’habitude de tel régime plutôt que de tel autre, s’il n’est pas contraire à la santé de l’individu qui l’adopte, se contracte aisément, de même que l’usage de certains aliments qui sont digérés plus tôt que d’autres auxquels on n’est pas accoutumé. On peut dire la même chose des boissons, et en particulier de l’usage du vin, de la bière, du cidre ou de l eau, aux repas.

Les phénomènes d’absorption, de circulation et de respiration, qui, dans leur essence même, ne sont pas soumis à l’empire de la volonté, n’offrent pas d’intérêt relativement à l’histoire des habitudes. Doit-on considérer toutefois comme telle

Cil A P. VII.

DES HABITUDES

besoin d’air pur, vif et renouvelé que ressentent certains individus à tempérament sanguin, après le repas, par exemple ?

Les sécrétions sont aussi une source d’habitudes : ainsi la sécrétion spermatique, répétée dans de certaines limites, devient une habitude à laquelle on doit toutefois se livrer avec modération.

Le besoin de défécation et celui d’uriner sont la source de nombreuses habitudes, qu’on prend en accomplissant à certaine heure plutôt qu’à telle autre ces fonctions naturelles, et en les répétant avec plus ou moins de fréquence.

Le mode suivant lequel s’exercent les fonctions cérébrales offre des sources et des occasions nombreuses d’habitudes. En premier lieu se présentent les organes des sens. La vue acquiert, par l’exercice l’habitude de saisir des rapports de couleur, ou de détails minutieux, qui distingue les individus de certaines professions etleur est propre. Chez les peintres, les dessinateurs, c’est la perfection qu’acquiert, sous certains rapports, l’organe delà vue qui constitue le mérite des grands artistes.

L’ouïe s’habitue aux bruits particuliers qu’elle entend sans cesse, et qui, au bout d’un certain temps, la frappent sans l’impressionner et sans attirer son attention. L’habitude donne à certains musiciens le talent de distinguer la nature des sons divers qui se produisent au même instant dans un orchestre nombreux, et l’art de reconnaître leur plus ou moins de justesse. C’est elle encore qui rend les sauvages aptes à recevoir l’impression de bruits que l’homme civilisé ne peut reconnaître, et leur permet d’en saisir l’origine et la nature.

Le goût se perfectionne également par l’habitude. Un gourmet ressent plus facilement les sensations diverses des aliments et des boissons, et en distingue beaucoup plus sûrement les qualités et la saveur. On finit par s’habituer au goût désagréable que présentent certaines substances, lorsqu’on est obligé de s’en contenter pour nourriture.

Il en est de même de l’odorat que l’habitude perfectionne. Le sauvage parvient à distinguer à distance l’odeur de certains animaux. Les ouvriers de certaines professions, les parfumeurs, par exemple, reconnaissent avec une grande facilité la nature et le degré de finesse des odeurs qu’ils travaillent.

On s’habitue également à l’impression de substances désagréables, que l’odorat finit par supporter avec indifférence.

Le toucher acquiert une grande perfection chez les aveugles ; ils s’habituent à distinguer, par le tact et la sensation de l’aspérité des objets, leur forme, leurs caractères et leur nature. Des habitudes spéciales de sensibilité du tact se contractent dans certaines professions.

L’examen de rinfluenc'e des habitudes sur les organes des sens permet d’établir quelques faits généraux. Ün ne peut méconnaître, en effet, que, par suite de l’habitude, ces mêmes organes puissent, dans certains cas, devenir plus délicats, plus subtils, plus actifs, et que dans d’autres, au contraire, leur impressionnabilité s’émousse et soit rendue plus obtuse.

D’un autre côté, l’action ordinaire des agents sur les organes des sens se traduit, soit par l’indifférence, soit par les sensations de plaisir ou de douleur. Eh bien, l'habitude peut renverser ces sensations ; elle peut rendre indifférentes les sensations ordinaires de plaisir ou de douleur, douloureuses les impressions de plaisir, et vice versa. Un grand nombre de faits prouvent la , réalité de ces transformations.

En fait de locomotion, les divers genres d’exercices peuvent s’acquérir par l’habitude, et passer ainsi dans la vie commune. Chaque individu s’habitue à un exercice déterminé, qu’il reproduit toujours à peu près dans les mêmes circonstances. On s’habitue à un exercice modéré, à un exercice immodéré, aussi bien qu’à l’inaction, et le changement de ces habitudes ne saurait avoir lieu souvent sans de grands inconvénients. L’habitude d’exercices particuliers détermine le développement de la force musculaire, la dextérité et la vélocité des mouvements. Il résulte de ces mouvements spéciaux des gymnastiques spéciales, et l’art de la danse, de l’escrime, de la natation, celui des mimes et des saltimbanques sont fondés sur l’habitude régularisée de certains mouvements.

La voix est aussi sous l’empire de l’habitude, qui la perfectionne, ainsi que le chant ; certains exercices particuliers peuvent modifier quelques vices de la parole.

Le sommeil et la veille sont essentiellement des phénomènes qu’on peut soumettre à l’habitude. On s’habitue à dormir peu ou beaucoup, à se coucher et à se lever à certaines heures, et on y est tellement soumis ensuite, qu’on ne peut s’y soustraire sans de graves inconvénients.

L’exercice des facultés intellectuelles est essentiellement sous l’influence de l’habitude, et nous ne pouvons entrera cet égard dans des détails qui trouveront place ailleurs. L’exercice des professions libérales est fondé sur l’habitude. L’éducation est une suite d’habitudes que l’on fait contracter méthodiquement à l’enfant.

Toutes les considérations dans lesquelles nous sommes entré prouvent que l’habitude est presque toujours en antagonisme avec la volonté, et qu’elle peut, soit l’améliorer, soit la vicier. Dans certains cas enfin, elle peut même l’annihiler plus ou moins complètement dans les actes de la vie de relation.

cua r. vu.

DES I1AB1TUDES

L'habitude, de concert avec la volonté, parvient presque toujours à subordonner à cette dernière les divers actes de la vie physique.

2° Habitudes vicieuses.

On donne le nom de vicieuses à des habitudes qui consistent dans des actes nouveaux, qui ne rentrent pas dans les actes physiologiques ordinaires, et qui exercent une influence fâcheuse sur la santé des individus. Les deux principales sont la masturbation etl’usage immodéré des liqueurs alcooliques, deux sujets qui seront traités plus tard.

3° Habitudes morbides .

On entend, en général, par habitude morbide ou pathologique, la répétition plus ou moins fréquente, chez certains individus, des mêmes affections.

Toutes les fois que, chez ces individus, une cause morbide vient à agir, c’est toujours la même affection qui se développe.

11 résulte de celte définition que l’expression habitude morbide est mauvaise, et que la plupart des auteurs ont confondu sous ce nom certains effets des prédispositions morbides, des idiosyncrasies, des prédominances d’organes, enfin les résultats mêmes de quelques affections chroniques.

Malgré cette confusion, et en admettant pour un instant cette expression d 'habitudes morbides , voici celles qui sont considérées généralement comme telles, et qui, en définitive, n’ont de l’habitude que le fait même de leur répétition un certain nombre de fois.

On y place d’abord certaines phlegmasies, telles que les angines, les laryngites, les bronchites, la pneumonie, la pleurésie, l’érysipèle, les rhumatismes aigus et chroniques ; des hémorrhagies, telles que des épistaxis, des hémoptysies, des hémorrhoïdes, etc. ; des flux, et, en particulier, la leucorrhée et la diarrhée ; enfin, des affections de nature spéciale, parmi lesquelles on peut ranger la goutte, la gravelle, l’asthme, l’hypocondrie, etc.

Nousne saurions admettre qu’on puisse dire qu’un individu a l’habitude de ces maladies, parce qu’elles se reproduisent chez lui un certain nombre de fois dans le cours de son existence. Cette reproduction des mêmes affections doit bien plutôt être considérée, soit comme la conséquence de prédispositions morbides spéciales, de diathèses particulières, soit comme le résultat de maladies chroniques, dont le principe n’est pas déraciné d’une manière complète, et qui s’aggravent à certaines époques.

Les deux seules habitudes auxquelles on puisse, avec quelque raison, donner le nom de morbides, sont les vomissements

que certains individus s’habituent à répéter à volonté, et la constipation.

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