‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 75 sur 353 · CI1AP. VII · texte numérisé non relu

CI1AP. VII

DES HABITUDES

Les habitudes qui exercent une influence favorable sur la santé, et qui sont la conséquence de l’éducation, de la vie commune et de la profession, sont, en général, le résultat d’une hygiène bien entendue, et reposent sur l’exercice modéré et régulier des principales fonctions de la vie matérielle et intellectuelle. Le médecin doit non-seulement les respecter, mais encore les favoriser et môme les régler.

Un certain nombre d’autres habitudes sont indifférentes, et n’exercent aucune influence fâcheuse sur l’ensemble de la santé et sur la régularité des divers actes physiologiques qui la constituent. Elles peuvent être désagréables ou incommodes pour les individus qui les ont contractées, ou pour les personnes avec lesquelles ils se trouvent ; mais l’hygiène n’a rien à y voir et aucun conseil à donner.

Il est enfin des habitudes dangereuses et dont la persistance ne peut manquer de troubler, d’une manière plus ou moins fâcheuse, la santé générale et la régularité des divers appareils. Le devoir du médecin est de chercher à les faire disparaître, ce qui n’est pas toujours facile. Pour y parvenir, il sera d’abord nécessaire d’avoir égard aux circonstances d’âge, de sexe et de tempérament indiquées plus haut. On devra ensuite mettre en pratique quelques-uns des principes généraux suivants :

1° Si l’habitude est décidément vicieuse et funeste à l’individu, comme la masturbation, il faut de suite chercher à la supprimer.

•-0 Si cette habitude est vicieuse et fortement enracinée, comme l’abus des alcooliques, ce n’est que progressivement qu’on peut chercher à la faire disparaître; car la soustraction immédiate des boissons fermentées ou distillées pourrait avoir de graves inconvénients.

3° Si l’habitude est fâcheuse par ses effets trop répétés sur l’organisme, et si, en même temps, elle est inhérente à l’exercice de la profession de l’individu, comme le chant, les travaux exigeant l’application de la vue, etc., on doit chercher à l’atténuer, à la modifier, afin d’en diminuer les inconvénients. On ne doit, en effet, conseiller à un individu de renoncer à des habitudes qui font sa vie et sa fortune, que lorsque des expériences infructueuses, répétées plusieurs fois, et des accidents ou des maladies survenus en ont imposé l’obligation.

4° Dans le cas où les habitudes contractées n’ont que des inconvénients de peu d’importance et qui ne font redouter leurs conséquences que pour un avenir assez éloigné, comme l’habitude de la bonne chère et des aliments trop abondants, il faut engager les sujets à modifier lentement leur manière de vivre, afin d’arriver progressivement à la sobriété.

5° Lorsque les habitudes fâcheuses dépendent des fonctions des organes des sens ou de la vie de relation, il faut chercher à les remplacer par d’autres convenables et méthodiques.

Dans tous ces cas divers l’individualité domine; et quand on a à donner un conseil pour la conservation ou la suppression d’une habitude, ce n’est qu’après avoir étudié avec soin l’âge, le sexe, le tempérament, les goûts, les instincts et les passions des personnes, qu’on pourra donner avec fruit le conseil de modifier d’une manière quelconque les habitudes en question.

Hlilillosraiiliie. — Un très-grand nombre de dissertations ont été soutenues sur ce sujet, surtout à partir du siècle dernier, tant en France qu’à l’étranger ; nous nous bornerons à mentionner les travaux suivants : — Galien (?), De consuetudine lib. in Opp. — . Meibom (H.), De consuetudinis natura, vi et efficacia ad sanitatem et morbum, ejusque in medendo observationis necessitale. Helmstadii, 1681, in-4®. — Stahl (G. Ern.), De consuetudinis efficacia generali in actibus vitalibus, secundum naturam et prxternaturam. Halæ, 1706, in-i°. — Alberti (Mic.), De consuetudine et insuetudine ægrotandi. Halæ, 1733, in-4°. — Schulze, De vi consuetudinis ratio- •naliter explicanda, meditationes. Halæ, 1734, in-4°. — Monro (Al.), Historiés of Succès fui Indulgence of Bad Habits in Patients , in Med. Essays and Obs. Edinh., t. V, pars h, p. 491, 1744. — Richter (G. G.), Programma de lege consuetudinis concilianda cum legibus medicis. Gottingæ, 1756, in-4°. — Hahn, De consuetudine. Traj. ad Rh., 1768, in-4°. — Alibert, Du pouvoir de l'habitude dans l’état de santé et de maladie , in Mém. de la Soc. méd. d’ émulât., t. I, p. 396, 1798. — Cullen, De consuetudine. Edinb., 1784. — Ordinaire (D.), Dissert, sur l’influence de l'habitude sur les facultés physiques et morales de l’homme. Thèses de Strasbourg, 1808, n° 232. — Dutrochet (H.), Nouvelle Théorie de l'habitude et des sympathies. Paris, 1810, in-8°. — Bernard (A.), Réflexions et observations sur les dangers de se soustraire tà l’habitude bonne ou mauvaise. Thèses de Strasb., 1812, n® 328, in-4°. — Séné (J. Ant. Et.), De l’habitude, essai physiologique. Th. de Paris, 1812, n® 174. — Jacquot (F.), Considérations physiologiques et médicales sur l’habitude. Thèses de Strasbourg, 1813, n® 233, in-4®. — Paradis (P. F. J.), Influence de l’habitude sur l’homme. Th- de Paris, 1816, n® 145, in-4®. — Virey, art. Habitudes, in Dict. des Sc. Méd., t. XX, 1817. — Martin (le jeune), De l'hab tude, de son influence sur le physique et le moral de l’homme, et des dangers qui résultent de sa brusque interruption. Paris et Lyon, 1843, in-8®. — Parlier, De l'influence de l’habitude sur les maladies. Th. de conc. Montpellier, 1844, in-4°. — Hamelin, De l’influence des habitudes au point de vue de l’hygiène et de la thérapeutique. Th. de conc. Montpellier, 1869. — Pauly (P. A.), De l’habitude dans ses rapports avec la physiologie et l’hygiène. Th. de Paris, 1872.

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