CHAP. X. — DE L’IMMINENCE MORBIDE
quantité de graisse dans le cœur, détermine une imminence morbide d’un autre genre; il n’est pas rare, en effet, d’observer, en pareil cas, des morts subites qui sont la conséquence de l’état organique du cœur.
Les moyens qu’il faut employer pour combattre l’embonpoint ont beaucoup occupé les médecins, et, à certains égards, on n’est pas très-avancé sous ce rapport. Cependant, l’hygiène offre souvent la méthode qu’il est nécessaire de suivre, sinon pour faire disparaître complètement, du moins pour atténuer beaucoup l’obésité.
On doit d’abord établir qu’il y a des obésités liées à la constitution primordiale, et dont on ne peut guère obtenir même la diminution. Dans un grand nombre d’autres cas, l’emploi de moyens rationnel-s est capable de diminuer l’embonpoint et de le ramener à un état convenable. Ces moyens sont les suivants :
1° Une vie active, tant sous le rapport du physique que du moral, et des occupations sérieuses et attachantes;
2° Des exercices divers ayant pour résultat de développer le système musculaire et de déterminer une dépense notable et continuelle de force, les longues courses à pied, par exemple;
3° Une alimentation peu abondante et un peu stimulante. Éviter les féculents, la bière, etc. ;
4° Surveiller la constipation, qu’il faut combattre par les laxatifs légers, les clystères, etc. ;
5° Prendre peu de sommeil et se lever de bonne heure ;
6° Autant qu’on le pourra, habiter dans un lieu sec et élevé.
Tous ces moyens doivent être employés pendant un temps très-long et sans interruption; ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra dominer l’obésité. Il ne faut pas cependant qu’ils soient poussés jusqu’à la fatigue, et on doit se rappeler qu’il est des circonstances où la lutte est à peu près inutile, et où rien ne peut modérer l’appétit insatiable des sujets très-gras et leur répugnance pour l’exercice.
[On a beaucoup parlé, il y a quelques années, d’un Anglais nommé Banting, atteint d’un embonpoint énorme, qu’il vit disparaître en grande partie, grâce au régime que lui imposa un médecin distingué de Londres, qui n’a pas voulu être nommé. Ce régime est très-semblable à celui que M. Bouchardat a proposé pour les diabétiques, le voici :
Au déjeuner, 4 à o onces de bœuf, de mouton, de rognons, de poisson grillé, de lard ou de viande froide de toute sorte, à l’exception du porc frais ; une grande tasse de thé sans sucre ni lait, un petit biscuit ou une once de pain rôti. — Au dîner, o ou 6 onces de poisson (pas de saumon), toute espèce de légumes (pas de pommes de terre) ; une once de pain grillé,
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fruits cuits, pas de pâtisserie; — volaille, gibier, deux ou trois verres à vin de bon bordeaux, xérès ou madère (champagne, vin d’Oporto, bière défendus). — Au thé, 2 ou 3 onces de fruits, environ une once de pain rôti et une tasse de thé sans sucre ni lait. — Au souper, 3 ou 4 onces de viande ou de poisson comme pour le dîner, avec un ou deux verres de bordeaux.
11 est évident qu’en France le régime serait modifié suivant les usages du pays, et que les mômes aliments, dans des proportions analogues, seraient servis aux deux repas en usage chez nous.]
[On fera bien d’ajouter à ce régime le traitement par le sulfate de soude pris à la dose de 5 grammes tous les matins ; on arrivera à remplacer ainsi jusqu’à un certain point le traitement institué par le docteur Schindler à Marienbad et par le docteur Philbert à Brides (Savoie).]
1° Maigreur.
La maigreur constitue souvent un état primordial; elle fait partie de la constitution et en est pour ainsi dire inséparable. Dans d’autres circonstances, elle est acquise, et un certain nombre de causes différentes peuvent la développer. On range ordinairement dans cette classe les influences suivantes :
Le chagrin, les passions contrariées, la surexcitation habituelle et prolongée de l’innervation, l’exercice musculaire forcé, les excès vénériens, la masturbation, une nourriture insuffisante, l’usage habituel de boissons acides. Dans ce dernier cas, ces boissons agissent presque toujours en déterminant une maladie de l’estomac.
Dans quelques circonstances, l’existence d’une maladie, suivie d’une longue convalescence, a souvent pour effet, après que la santé est rétablie, de laisser l’individu dans un état de maigreur assez grande.
Deux étals doivent être distingués de la maigreur : c’est, d’une part, la débilité que présente pendant ses premières années l’enfant né avant terme, et, d’un autre côté, l’atrophie sénile. Ce sont deux effets à part.
Une maigreur modérée est une condition de bonne santé. C’est dans de telles conditions que se sont trouvés les individus qui ont présenté le plus de longévité.
La maigreur extrême accompagne, en général, les constitutions débiles, et constitue une imminence morbide que des causes assez nombreuses peuvent faire passer à l’état de maladie.
On s’est beaucoup occupé des moyens de faire disparaître la maigreur, et l’hygiène fournit à cet égard des renseignements utiles.
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1° Le premier soin à prendre avant tout autre est la soustraction et l’éloignement des causes qui ont pu déterminer ou entretenir la maigreur.
2° Cela fait, si l’individu est moins maigre, et s’il est revenu sous ce rapport à un embonpoint modéré, il faut l'abandonner à lui-méme et regarder le résultat obtenu comme heureux.
3° Dans le cas contraire, ce n’est qu’à l’aide du régime qu’on parvient à diminuer la maigreur. A cet effet, on conseillera une alimentation nourrissante, substantielle, mélangée de viandes rôties et de féculents, mais sans addition d’excitants.
4° Une vie calme et tranquille, sédentaire, peu d’exercice, un sommeil prolongé, la cessation des travaux intellectuels ou d’occupations sérieuses capables d’entretenir la maigreur.
5° Enfin, dans certains cas, quand il est bien prouvé que la maigreur est devenue une habitude de l’organisme, il ne faut plus s’en occuper.
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