‹ Traité élémentaire d'hygiène privéeChapitre 10 sur 18 · DE L'HYGIÈNE DE LA PEAU · texte numérisé non relu

DE L'HYGIÈNE DE LA PEAU

Importance de la propreté corporelle. — Le siège du tact. — Fonction de respiration de la peau. — Fonction de sécrétion de la peau. — Fonction d'excrétion de la peau. — La malpropreté de la peau. — La propreté de la peau. — Le savon. — Des ablutions. — De la toilette quotidienne. — Le visage, le cou, les mains. — Des ongles. — Les pieds. — Les cheveux.- Les oreilles. —Les dents. — Des bains. — Fréquence des bains de propreté. — Le temps le plus favorable pour l'usage du bain. — Influence des bains sur l'organisme. — Des bains froids : première période ; deuxième période ; troisième période. — Des bains frais. —Des bains tièdes. — Des bains chauds, des bains russes, des bains turcs. — La vigueur chez l'homme.

Importance de la propreté corporelle.— Nous avons montré, dans une leçon précédeni-e, combien importe à la santé la pureté de l'air respirable. Maintenant, comprenons bien cet autre précepte de l'hygiène, si universellement négligé : la propreté corporelle est absolument nécessaire à la conservation de la santé, comme elle est inséparable de la dignité de l'homme. — La propreté est une vertu privée, elle est aussi une vertu sociale. L'homme dans la société constitue un foyer d'émanations corporelles, dont l'influence augmente par l'incurie ou diminue par la propreté. Chaque individu est solidaire de la santé d'autrui comme de la sienne propre. Aussi l'hygiène individuelle,

— on —

chez un peuple ne se synibolise-t-elle pas par la manifestation d'un' santé générale ?

Par l'étude de cette leçon, chacun pourra se convaincre combien l'hygiène de la pean concourt au développement il" li saut' et à la régularité de la vie. Chacun pourra considérer avec nous le sujet qui nous occupe aujourd'hui comme un des plus importants parmi ceux dont se compose l'hygiène.

Le SIÈGE du tact. — La peau, cette enveloppe protectrice de l'homme, constitue le siège du tact. Des milliers de filets nerveux viennent s'épanouir et se terminer dans toute l'étendue de sa surface. La peau devient ainsi la source d'une incroyable richesse de sensibilité. Par son influence nerveuse, elle protège et défend contre les agents extérieurs les organes qu'elle recouvre. De telle sorte que tout ce qui touche la peau atteint l'appareil nerveux, agit, par conséquent, en bien ou en mal sur l'économie. Des exemples démontreront mieux ces données physiologiques : une brûlure étendue, une éruption violente de scarlatine, peuvent déterminer des convulsions, le délire, la paralysie. Maintenant, un autre exemple pour faire voir l'action bienfaisante de la peau sur les nerfs : un bain tir le ou frais peut calmer un cerveau excité, combattre avantageusement l'insomnie ; un bain de vapeur juin guérir des névralgies ; les frictions, les massages, peuvent réveiller, chez un noyé, un pendu, un asphyxié, les mouvements du cœur ou des poumons, et l'arracher de la. mort apparente. Mutin il ne faut jamais perdre de vue ce principe physiologique : le mouvement de la vie est sons la dépendance immédiate du système ner

veux. La machine vivante tout entière a donc des liaisons très étroites avec la santé de la peau, et est gravement compromise quand cette dernière vient à fonctionner incomplètement— La peau et la santé nerveuse sont très étroitement liées ensemble, et ces liaisons suffiraient à rendre indispensable l'hygiène de ce premier organe. Mais d'autres raisons viennent encore s'ajouter à celle-là : fonction de respiration, fonction de sécrétion, fonction d'ecxrétion, fonciioji d'absorption.

Fonction de respiration de la., peau.— Comme le poumon, la peau respire, absorbe :d^;l'oxygène, exhale de l'acide carbonique et des vapeurs d'eau.° Ce fait se démontre expérimentalement, eu maintenant, par exemple, un bras dans un manchon er/vWe rempli d'oxygène pur, bien fermé : au bout d'W'certaîn temps, on constate une diminution d'oxygène et. ia présence d'acide carbonique.— Cette fonction est assez importante pour être considérée comme indispensable à la vie : un animal doDt la peau est rendue imperméable par un enduit de goudron, meurt de refroidissement, et d'asphyxie de la même manière que si on le privait d'air respirable.— La respiration pulmonaire seule ne suffît donc pas aux échanges gazeux ; il faut la participation de la respiration cutanée, sans laquelle la flamme de la vie pâlit et menace de s'éteindre. Ici encore l'hygiène a charge de cette activité fonctionnelle, qui ne peut ni se ralentir, ni s'exagérer, sans rompre l'équilibre vital dans ce qu'il a justement de plus délicat.

^ Fonction de sécrétion de la peau.— La santé chez l'homme ne se maintient qu'avec une température constante, qui est toujours 37°5. Un degré de plus c'est la fié-

vie ; un degré de moins, c'est l'asphyxie prochaine. Et la marge laissée à ces variations morbides est bien étroite. Les limites ne comprennent que 6 à 8 degrés. Plus haut ou plus bas c'est la mort. Maintenant la température du milieu extérieur influe sur celle de l'homme. Elle variable suivant les climats, les jours et les saisons. Puis la chaleur humaine devient tantôt plus active, tantôt plus lente, suivant l'heure ou suivant la nature des aliments. Cette, lutte entre l'air ambiant d'une part, et de l'autre U combustion vitale, doit aboutir à un chiffre mathématique qui est, comme nous savons, 37°5. Cette foncdon régularisatrice est dévolue à la peau. La santé et la vie dépendent à chaque instant de son parfait fonctionnement. Advenant un trouble dans son service, il En résulte de graves accidents pour l'organisme. — Voulez -vous des preuves de l'incroyable énergie que peut déployer la peau pour maintenir la température intérieure toujours normale ? Considérez combien les sécrétions' de la peau sont étroitement liées au degré de température de l'air ambiant. Dans une atmosphère très chaude, la peau se distend, des millions de glandes qui sont situées dans sa profondeur, versent sans cesse à la surface de notre corps uue quantité variable de liquide, et dissipent ainsi le trop de calorique cpii tend à envahir l'organi-me. A une basse temj-érature, la peau se pare contre le refroidissement intérieur. Elle se contracte, se ramasse sur elle-même. Elle agit ainsi pour diminuer les sécrétions cutanées, et pour concentrer davantage la chaleur humaine. C'est donc ici le temps de dire avec Currie : "La peau est la soupape de sûreté de la machine animale " ; l'hygiène de

la peau est un des plus puissants antagonistes de la mort.

Fonction d'excrétion de la peau. — Une autre fonction tout aussi importante que les deux précédentes, par rapport à la santé, c'est la fonction d'excrétion de la peau. La peau, comme toutes les autres parties de l'organisme, s'use et se renouvelle sans cesse. Les débris qui s'en détachent sous forme de petites écailles ou pellicules, ressemblent à du son. Mêlés à la matière grasse et à la sueur que la peau sécrète, aux poussières extérieures et au léger duvet des vêlements, ces débris constituent un enduit tenace, la crasse^ qui, plus ou moins vieille, revêt la surface cutanée d'une couche imperméable, ce qui est extrêmement pernicieux. Alors se produit une provocation à des malaises de plus d'une sorte, à des maladies de peau ; d'où un accroissement anormal d'activité imposé à d'autres organes; d'où l'harmonie brisée dans le fonctionnement régulier de la machine humaine ; d'où enfin une santé compromise.

La malpropreté. — Que deviendrait un homme qui s'emprisonnerait dans un appartement, en fermerait toutes les issues à l'air du dehors \ Bientôt la rareté de l'air respirable finirait par l'empoisonner et le faire mourir. Ainsi ceux qui laissent la malpropreté fermer les innombrables pores de la peau, s'exposent à des maladies de toutes sortes. Us prédisposent surtout, par cela même, leur organisme aux atteintes des maladies contagieuses et épidémiques. Nous en avons uq exemple frappant en Orient, où la malpropreté des peuples alimente le choléra, cette maladie si effrayante et si meurtrière. Ainsi, un des meilleurs moyens d'éviter les maladies, c'est la propreté.

La propreté. — La propreté de la personne doit se traduire sur tout le corps, qui constitue, dans sou ensemble harmonieux, un seul et grand organe. L'inliin nce des soins hygiéniques de la peau ne s'exerce pas seulement sur l'enveloppe extérieure du corps en la tonifiant, en favorisant ses facultés d'absorption, en conservant l'intégrité du toucher, mai« encore tn facilitant la nutrition, qui est véritablement la caractéristique de la vie.

Ce qui plus sûrement conserve la santé, Ce qui pare bien mieux qu'une grande parure, Ce qu'aisément chacuvi tous les jours se procure, C'est du corps, des habits» l'extrême propreté.

Le savon. — L'ea\i.pe suffit pas pour nettoyer complètement la peau, il faut avoir recours au savon, qui est l'instrument par excellence de la propreté. Il déterge la peau en l'assouplissant, et en dissolvant les corps gras qui y adhèrent. Tous les savons ne sont pas également bons. Un bon savon doit contenir un léger excès d'alcali ; mais, s'il en contient trop, il attaque la peau, l'irrite et détermine parfois des éruptions durables. Il convient d'ajouter ici que, parmi les substances appelées cosmétiques, servant à l'entretien de la peau, l'hygiène n'en reconnaît qu'une seule qui soit indispensable en même temps que sans danger, c'est le savon.

Des ablutions. — L'eau, le principal agent de la propreté, se trouve à la portée de tous. Le Créateur semble en avoir agi ainsi pour que l'homme puisse obéir partout et toujours à cette exigence de la nature humaine. Les ablutions sont donc d'une nécessité de tout âge, de toute condition comme de tous les jours

pour le maintien de la santé. Pour plus de clarté, nous diviserons ces ablutious en deux catégories ; noii3 parlerons tout d'abord de la toilette quotidienne, puis nous étudierons la question des baius.

De la toilette quotidienne. — La peau, les cheveux, les dents, sont le trépied de li beauté. Elle décèle les soins de propreté que nous devons leur donner chaque jour. Mais faut-il remarquer que beaucoup de gens, surtout beaucoup d'enfants pratiquent ces soins d'une manière bien trop sommaire. Il convient donc de dire quelques mots de chacun de ces soins, dont se compose la toilette quotidienne.

Le visage, le cou, les mains. — Le visage et le cou doivent être lavés à l'eau froide tous les jours; les mains au moins deux fois par jour, matin et soir, On fait ces ablutions avec un éponge ou une serviette, D'abord avec de l'eau additionnée de savon, puis de l'eau seule pour enlever toutes les particules graisseuses qui souillent la peau.

Les ongles. — Les saletés des ongles sont, non seulement désagréables à la vue, mais aussi nuisibles à la santé. Aussi les ongles doivent être tenus très propres. Ils ne doivent pas être trop longs ni trop courts ; aux mains on peut les arrondir, mais aux pieds on doit leur donner une forme carrée, afin de prévenir la maladie qu'on appelle l'ongle incarné, maladie qui fait beaucoup souffrir.

Les pieds. — Les pieds doivent être nettoyés au moins une fois par semaine en hiver, et plusieurs fois pendant l'été, où la transpiration plus active accumule sur la peau plus de résidus nuisibles.

Les CHEVEUX. — Les cheveux exigent des soins de chaque jour, — l'action de la brosse, du peigne. Il convient d'y ajouter, au moins une fois far semaine, le lavage de la tête à l'eau fioide si les cheveux sont courts, à l'eau chaude s'ils sont longs. Pour mieux assurer le nettoyage du cuir chevelu, on ajoutera à l'eau un peu de carbonate de soude. Ce mélange favorise la pousse des cheveux, et s'oppose à la communication de germes des maladies contagieuses de la tête.

Les OREILLES. — L'oreille sécrète une matière jaune, la cire, qui détermine souvent des surdités. Ce genre d'accidents est le résultat de la malpropreté. 1^ lavage et le nettoyage quotidiens de cet organe est donc indispensable à l'hygiène de l'ouïe.

Les dents. — Les dents se conservent par la propreté. Elles exigent des soins de chaque jour ; le matin un lavage à l'aide d'une brosse douce et d'une poudre fine, telle que celle du charbon de bois ; après chaque repas on doit se rincer la bouche avec de l'eau fraîche ; user du cure-dent chaque fois que cela est nécessaire.

Des bains. — La propreté qui se voit est de rigueur ; elle n'est pas la plus essentielle. Les baias sont nécessaires pour purifier la peau de ses souillures. Ils répondent à un besoin impérieux, dont la pratique donne la vigueur et la santé.

Fréquence des bains de propreté. — La première question qui se pose est celle-ci. Quelle doit être la fréquence du bain de propreté ? L'hygiène répond : il faut un bain toutes les semaines pendant le temps de la saison chaude, et tous les mois durant l'hiver. Telle

est la règle dont il faut se rapprocher le plus possible dans la pratique.

Le temps le plus favorable pour l'usage du bain. — Des milliers d'individus ont trouvé la mort en se plongeant dans l'eau aussitôt après le repa«, ou pendant que le corps était couvert de sueur. Pour éviter cette fatale imprudeoce, il est bon de savoir qu'il ne faut jamais prendre de bain que 3 ou 4 heures après le dernier repas ; le meilleur temps de la journée est le matin avant le déjeuner.

Influence des bains sur l'organisme. — Les bains peuvent nuire à la santé si l'on n'observe pas certaines règles. L'étude des bains comporte des questions importantes, relatives à la température, à la durée, aux indications, aux effets physiologiques. Nous ne pouvons que les résumer rapidement. Malgré les variétés des habitudes individuelles, de l'âge, de la constitution, on doit considérer qu'une température de 15 à 25 degrés constitue un bain froid, de 25 à 30 degrés un bain frais, de 30 à 37 degrés un bain tiède de 37 à 40 degrés un bain très chaud. Il va sans dire que les effets physiologiques de ces bains varient naturellement avec la température.

Des bains froids. — L'action du bain froid sur l'organisme peut se diviser en trois périodes:

première période. — L'immersion soudaine du corps dans l'eau froide frappe l'organisme d'une sorte de stupeur : la température du corps s'abaisse, la peau se décolore, pâlit. Mais ces troubles fonctionnels sont de courte durée. Ils font bientôt place à la période de réaction, qui est la deuxième période.

DEUXIÈME PÉRIODE. — A cette période, l'activité vitale, un moment surprise, entre violemment en lutte contre l'envahissement de ce froid qui deviendrait mortel s'il se prolongeait. Les combustions respiratoires deviennent d'autant plus actives que la température du bain est plus basse. La peau re colore et la chaleur augmente. L'oiganisme entier est alors équilibré.

TROISIÈME PÉRIODE. — La durée du 1min froid est variable, et dépend de l'énergie du baigneur, des mouvements qu'il exécute. Cependant le bain ne doit pas trop se prolonger, car il arrive un moment où l'organisme perd sa force de résistance, s'avoue vaincu ; la peau se crispe et pâlit ; les dents claquent , le refroidissement s'empare de tout le corps, et la mort devient menaçante. La durée moyenne ne doit pas dépasser 20 minutes.

En sortant du bain, il est indispensable de se Bêcher complètement la peau. Il est extrêmement dangereux de rester, après s'être baigné, exposé à l'air.

Le bain froid convient particulièrement aux adultes à tempérament lymphatique.

Des bains frais. — Ces bains sont ceux qui conviennent au plus grand nombre d'individus. L'impression qu'ils font sur la peau est analogue à celle du bain froid, mais à un degré bien moindre. Ce sont ces bains que l'on voudrait voir se répandre dans nos habitudes nationales. Ils devraient faire partie de l'hygiène scolaire. Il n'y a pas à en douter, le goût et la pratique de l'hydrothérapie, joints aux exercices physiques, exercent sur le genre humain une action bienfaisante, et ralentissent la marche de décadence al limante qu'il subit depuis le commencement du monde.

Comme le bain est une chose possible partout, dans la chaumière comme au château, nous devrions en faire une mesure nationale. Chaque famille devrait avoir son bain. Espérons que l'on en comprendra l'extrême importance, et que, partout, il sera en honneur comme il l'était dans l'antiquité, surtout chez les Romains.

Bains tièdes. — Les bains dont la température est à peu près celle du corps, n'impressionnent nullement l'économie. Ils agissent cependant en relâchant la peau et en ouvrant ses innombrables pores. Quand on a pris un bain tiède, on éprouve un sentiment de bienêtre agréable avec une augmentation d'appétit. Le bain tiède est le véritable bain de propreté : il facilite le nettoyage de la peau. Il convient plus particulièrement aux enfants, aux individus faibles, délicats, disposés à s'enrhumer facilement. Quand ce bain est prolongé, il devient débilitant. Il ne doit jamais durer plus qu'une demi-heure.

Bains chauds, bains russes et turcs. — Ces bains, qui sont du domaine de la médecine, réclament la prescription du médecin pour être mis en usage. Nous n'en dirons rien ici, voulant rester exclusivement sur le terrain de l'hygiène.

La vigueur chez l'homme. — C'est dans l'enfance qu'on doit apprendre la propreté. La propreté n'est pas seulement une question de décence, mais elle est encore une des conditions de l'équilibre physique. Parmi tant d'efforts accumulés depuis plusieurs années pour rehausser, dans notre pays, le niveau de la santé physique, de la santé morale, celui que nous vous signalons ici a, pour un peuple, plus de valeur qu'on ne

saurait le croire. " Menu sana in corpore sano " dit le proverbe latin. Rien de plus vrai en effet ! La culture physique est solidaire de la culture morale. Tout se tient, tout s'enchaîne chez l'homme. Ainsi le sentiment du respect de soi-même se fortifie par la propreté : la pratique de l'eau, trempe, aguerrit les nerfs, leur donne la force, le calme, l'énergie et la fierté.

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