‹ Traité élémentaire d'hygiène privéeChapitre 9 sur 18 · DU RÉGIME · texte numérisé non relu

DU RÉGIME

Définition du régime. — L'influence du régime sur la santé. — Il y a deux appétits. — L'appétit de l'estomac, la faim et la fringale, — L'appétit du palais. — La ration. — Les repas. — Du régime suivant les âges. — Du régime suivant les saisons. — Du régime chez les convalescents L'abus des aliments azotés — L'abus des féculents ou des sucres. — L'abus des graisses. — Il faut préparer la digestion. — Il faut respecter la digestion.

Définition du régime. — Le mot régime veut dire bon gouvernement de la vie physique, morale et intellectuelle. Mais il sert aussi à désigner l'ensemble des règles hygiéniques qui président à l'alimentation de l'homme ; c'est la définition que nous lui consacrons dans cette leçon.

L'influence du régime sur la santé. — Parmi les excès auxquels l'homme se livre, il n'en est pas de plus redoutable pour la santé que l'abus des plaisirs de la table. En effet, l'hygiène place la gastronomie au premier rang parmi les ennemis les plus cruels et les plus implacables de notre existence. Le mot " la table tue plus de monde que la guerre " exprime une réalité très certaine. Aussi le médecin constate-t-il tous les jours que l'estomac est le laboratoire de l'apoplexie, de la goutte, des affections du foie, des reins, etc. Et la dyspepsie n'est-elle pas l'apanage du gastronome ? Enfin nous

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ne croyons pas mieux rendre notre pensée qu'en disant : les plaisirs de ,1a table entraînent l'usure rapide de l'organisme, 'comme les abus que l'on fait'd'une machine ruinent sûrement son mécanisme, et lui enlèvent toute sa valeur. — La gourmandise est donc funeste à la santé. i pourquoi l'hygiène nous dit de manger modérément. Elle nous répète sans cesse : "il faut manger pour vivre et non vivre pour manger." Cet aphorisme exprime une vérité autant hygiénique que morale.

II. v a DEUX APPÉTITS. — 11 y a deux appétits chez l'homme : l'un réel, qui règle, à la façon d'un balancier, les besoins de la nutrition de l'organisme ; l'autre, factice, illégitime, qui demande à être contenté. Ce sont l'appétit de l'estomac et l'appétit du palais. 11 importe de bien établir une distinction de ces deux appétits.

L'appétit de l'estomac, la faim et la fringale. — Notre organisme est soumis à uu travail physique, mécanique ou intellectuel constant, oui entraîne l'usure incessante de la vitalité même. Cette déperdition conduirait à l'inanition, à la mort, si nous n'avions en nous ce que Brillât-Savarin appelle " la sonnette d'alarme," l'appétit de l'estomac, ce désir de manger. Les animaux obéissent à l'appétit de l'estomac ; l'instinct leur tient lieu de sagesse, et leur appétit va s'éteindre dans une satisfaction modérée. Mais l'homme confond facilement l'appétit de l'estomac avec l'appétit du palais. Erreur grfcve, qui exerce une influence des plus funestes sur la santé. La distinction entre ces deux appétits, est dillicile, il est vrai, mais surtout quand une fois on l'a perdue. Pour marcher plus sûrement dans la voie de la

sobriété, nous ne croyons rien de mieux que de pratiquer les préceptes suivants, que nous empruntons au Jésuite hollandais Lessius, et qui conviennent à tout le monde : 1. Pouvoir, au sortir de la table, se livrer sans fatigue aux exercices intellectuels ; 2. ne sentir nulle langueur corporelle pendant la digestion ; 3. passer, par une transition ménagée, de la vie ordinaire à la vie sobre : 4. adapter la formule du régime sobre aux diversités des conditions d'âge, de sexe, d'habitudes, etc. ; 5, n'user que des aliments sains ; 6. ne varier que très peu les mets, et se servir avec discrétion de condiments ; 7. ne pas prendre l'envie de manger pour mesure de son appétit.

Ce code de sobriété est très sage, à chacun de le mettre en pratique.

L'appétit constitue un désir de manger ; la faim exprime un besoin ; la fringale n'est que la faim poussée à son plus haut degré. L'appétit se fait sentir aussitôt que la digestion du dernier repas est terminée ; retardons-nous alors de prendre des aliments, ce besoin devient impérieux, c'est la faim. La fringale est une faim vive et subite, mais accidentelle ; elle est le symptôme de vers intestinaux, le résultat de quelques médicaments, ou l'exagération maladive de la sensibilité de l'estomac. Il faut donc bien se garder de la fringale, qui n'exprime nullement un besoin. Le médecin lui reconnaît une médication.

L'appétit du palais ou la gourmandise. — L'homme est toujours enclin à obéir aux sollicitations du désir sensuel. La gastronomie, en érigeant l'alimentation en art, s'efforce tous les jours de natter davantage le goût,

et, partant, de dissimuler la noblesse originelle de l'appétit physique. En effet, l'homme riche ne mange pas, mais se repaît. 11 immole tous les jours sa santé à la table de la gourmandise. Puis la réplétion de l'estomac ne tarde pas à devenir une sorte de besoin impérieux. Ici c'est le temps de dire que rien n'est plus fort que l'habitude. Tellement qu'une fois contractée, il est difficile de pouvoir distinguer le véritable appétit de l'appétit factice, illégitime ; la sobriété de la gourmandise. De bonne heure, il faut chercher la sobriété, et bien se persuader de ces grands préceptes ainsi exprimés par Fonssagrives : " Dans la quantité des aliments qui figurent sur les tables bien servies, il y a trois parts à faire : la première pour la réparation de nos forces ; la seconde pour la satisfaction du palais ; la troisième, pour la préparation des maladies à venir."

11 faut se défier des mets appétissants, des festins, qui sont autant de pièges tendus à la sensualité.

La kation alimentaire. — On entend par ration alimentaire la quantité et la qualité d'aliments nécessaires à l'homme pendant une journée pour se bien porter. Cette ration varie suivant le genre de vie de chaque individu. L'homme qui travaille a besoin d'une alimentation plus considérable et plus azotée que l'homme qui mène une vie oisive ou sédentaire. D'ailleurs un sentiment instinctif avertit toujours l'homme de la manière dont il doit agir en pareil cas.

Les chimistes et les physiologistes ont cherché et cherchent encore à indiquer la quantité d'aliments nécessaire au maintien de la santé. Mais ces recherches n'ont donné aucun résultat satisfaisant. En elfet, les

résultats obtenus pour une espèce animale peuvent très bien ne pas être appliquables à une autre, et les différences de valeur nutritive des aliments entre eux empêchent encore de déterminer la quantité et la qualité requises des aliments. Le seul moyen que nous ayons à notre disposition pour savoir si notre alimentation est suffisante et pas trop abondante, est de ressentir toujours cette sensation de bien-être intérieur qui accompagne le jeu normal et harmonique de toutes les fonctions de l'économie.

Les eepas. — Chaque peuple présente des différences dans le nombre, la composition et les heures des repas. Cependant l'hygiène préfère que le principal repas soit celui du midi, offrant alors une digestion plus facile. Malheureusement dans les villes, on ne prend pas le temps de dîner, le tourbillon des affaires absorbe tout le temps. C'est une déplorable habitude que de dîner le soir ; alors, à cette heure du jour, on ressent la faim, et on mange trop. Puis la respiration est gênée par un estomac trop repu, le sommeil est troublé par des rêves fatigants, et, au matin, la tête est lourde et pesante. Mieux vaut déjeuner au commencement de la journée, bien dîner à midi, et souper légèrement à la chute du jour. — Les intervalles entre les repas doivent être au miximum de six heures. La régularité des repas exerce une heureuse influence sur la digestion.

Du régime suivant les âges. — L'allaitement maternel est la seule nourriture qui convienne à l'enfant durant les sept ou huit mois qui suivent sa naissance. Malheureusement, il est surtout une pratique vicieuse que l'ignorance entretient sur l'alimentation prématurée.

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C'est la cause la plus grande de la mortalité des enfants en bus âge. Il y a aussi un relâchement trop réel dans l'allaitement maternel. La mère, pour des raisons qui ne sont pas valables, cesse de nourrir son enfant, et devient pour lui uue cause de souffrance et trop souvent de mort. L'allaitement mercenaire et le sevrage prématuré sont des causes puissantes de mortalité et de démoralisation. Ainsi donc une mère qui a du cœur doit nourrir son enfant, la nature et la raison le lui commandent. La mère est responsable, en quelque sorte, devant la société, de la vie physique et morale de son enfant. A elle de lui infiltrer par son lait la santé et son grand amour pour le bien.

A mesure que l'enfant grandit, il faut l'habituer graduellement à l'alimentation ordinaire, excluant cependant la charcuterie, les épices et les vins forts. C'est bien à tort qu'on croit que le vin fortifie les enfants ; mais au contraire il leur délabre la santé, eu excitant prématurément le système nerveux, et, partant, retarde leur croissance. L'enfant qui gambade du matin au soir ne vit en quelque sorte que par sa digestion. L'appétit est généralement énergique et sa réapparition fréquente ; elle est en rapport avec les besoins considérables de la nutrition, et la rapidité très grande de l'élaboration stdmacale. De là le besoin de manger souvent, tout en cherchant à contenir un peu son appétit.

Les vieillards doivent rechercher les aliments d'une digestion facile, à cause de leurs digestions lentes et pénibles. La tempérance est pour eux une nécessité.

Les indigestions et l'intempérance sont les plus redoutables ennemis de leur âge.

Du régime suivant les saisons. — L'alimentation doit varier suivant les saisons. Pendant l'hiver, où l'assimilation est rendue plus active par la froide température qui, en même temps, aiguise l'appétit, l'homme a besoin d'une augmentation notable dans la quantité des aliments. Pour qu'on puisse lutter avec avantage contre le froid, les aliments gras sont activement recherchés et bien supportés. Au contraire, pendant l'été, la chaleur émousse singulièrement l'appétit, et imprime un ralentissement au mouvement d'élimination nutritive, ce qui rend la réparation moins active. Aussi, à cette saison, une alimentation principalement végétale est-elle recherchée. D'ailleurs, la nature, pour chaque pays, paraît inspirer les peuples en ce qui concerne l'alimentation saisonnière.

Du régime chez les convalescents. — L'alimentation chez les convalescents doit être proportionnée à la faculté digestive. Le médecin s'enquiert toujours de? aliments en rapport avec les habitudes individuelles. La faim, qui est la première manifestation de la convalescence, ne doit être satisfaite que dans une certaine mesure. Il vaut mieux multiplier les repas et manger peu chaque fois. 11 est d'une extrême importance d'observer les prescriptions des médecins relativement au régime.

L'abus des aliments azotés. — Il faut que la proportion des aliments azotés soit en rapport avec l'activité musculaire. Si la quantité de ces aliments est excessive, l'estomac, qui est seul chargé de les digérer,

ne le fuit pus sans fatigue et sans difficulté. L'abus prolongé ne tarde pas ù déterminer la dyspepsie, ta constipation, les maux de tête, les vertiges, etc. Il y a alors dans l'organisme accumulation de ces aliments réparateurs. Cette accumulation brise l'équilibre délicat entre la recette et la dépense. Alors le sang, devenu très volumineux, distend outre mesure les vaisseaux et le cœur. Il en résulte une disposition aux congestions, aux hémorrhagies, aux inflammations, ù lu gravelle et à la goutte. — L'hygiène recommande aux gens de professions sédentaires .une alimentation ù lu fois azotée et végétale ; aux travailleurs, aux convalescents et aux enfants, les aliments réparateurs, les graisses et les sucres.

L'abus des féculents ou des sucres. — L'abus des féculents ou des biicrea prédispose au diabète et à certaines maladies du foie. Ces substances suffisant à elles seules à la combustion organique, font engraisser. Les personnes disposées ù l'obésité, doivent éviter ces aliments, et prendra beaucoup d'exercice. (Jeux qui sont atteints de maladies du foie feront un usage très modéré du pain, des pommes de terre, des haricots, des sucres, etc.

L'abus des graisses. — L'usage des substances grasses convient aux habitants des climats froids. Ces aliments, éminemment combustibles, augmentent lu flamme du foyer vital, <|ui u besoin très souvent d'être très intense pour protéger contre l'envahissement du froid. Ils conviennent aussi aux pauvres, aux enfants débiles, aux consomptifs ; c a aliments sont comme l'huile que l'on verse sur une lampe qui allait s'éteindre.

Dans les saisons chaudes, ces aliments présentent des dangers ; ils fatiguent l'intestin, siège unique de leur digestion, et, partant, disposent aux diarrhées, dysenteries, etc. L'hygiène enseigne donc l'usage que l'on doit faire de ces aliments gras, c'est à nous d'en profiter.

Il faut préparer la digestion. — On ne saurait croire l'influence bonne ou mauvaise qu'exercent sur la digestion les idées souriantes, tristes ou sérieuses, présentes à l'esprit au moment du repas. Ainsi, suivant que l'humeur est gaie ou triste, la digestion est bonue ou laborieuse. C'est ce qui; nous enseigne l'expérience, et l'hygiène nous engage à l'avoir toujours présent à la mémoire. — Il est important, au moment de se livrer à la réfection, de faire trêve avec les occupations sérieuses de l'esprit, et d'avoir à sa table cet hôte aimable, la gaîté. Pendant le repas, une conversation gaie, les éclats de rire et la sobriété, sjnt les fidèles garanties d'une excellente digestion.

Il faut respecter la digestion.— Il faut respecter la digestion. C'est un précepte d'hygiène indispensable au fonctionnement harmonique de l'organisme. — Trop de gens, le repas fini, reprennent leurs occupations physiques ou intellectuelles, et violent ainsi la paix de l'organisme dans le travail de la digestion. .Rappelonsnous que l'estomac, pour bien digérer, a besoin d'un afflux nerveux et sanguin considérable. Se livre-t-on à un exercice violent ou à un travail sérieux d'esprit ? le sang et le système nerveux sont dérivés de l'estomac pour d'autres organes. Dans ces conditions, la digestion ne s'achève que péniblement, ou bien reste incomplète.

Il faut au moins une heure de distractions calmes, de promenade, de conversations agréables, etc., pour favoriser l'acte important de la réparation des forces, qui assurent non seulement la vigueur physique, mais encore la force morale et intellectuelle.

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