‹ Traité élémentaire d'hygiène privéeChapitre 14 sur 18 · DE L'EXERCICE · texte numérisé non relu

DE L'EXERCICE

But de l'exercice. — Les exercices gymnastiques à travers les âges. — Comment s'expliquer l'utilité de l'exercice pour la santé. — Des différents exercices. — La marche. — Le saut. — La course. — Les jeux. — La danse. — L'équitation. — La natation. — L'exercice militaire. — La gymnastique. — Exercice de la voix. — Conclusion.

But de l'exercice. — De nos jours, les exigences de la vie sociale opposent mille entraves au jeu et au développement régulier de nos orgaues. Le travail de l'intelligence condamne trop tôt la jeunesse à la vie sédentaire; les professions industrielles obligent trop souvent l'homme à une spécialité de mouvements toujours les mêmes ; l'homme qui vit dans l'opulence obéit presque toujours aux séductions de l'oisiveté : on comprend que tant de dangers appellent au moins des précautions. Ainsi il est devenu indispensable de recourir à certaines pratiques pour suppléer au défaut d'exercice de certaines parties du corps, aussi bien que pour corriger les effets de l'action exagérée de certaines autres, et contrebalancer l'influence funeste de l'immobilité musculaire. Tel est le but de la gymnastique, qui, par une heureuse gradation d'exercices variés, tend à favoriser le développement et l'entretien de l'appareil

locomoteur, et à perfectionner la santé, ou aider à son rétablissement quand elle est altérée.

Les exekcices gymnastiques a travers les âges. — Les Grecs et les Romains accordaient une large place aux exercices gymnastiques dans les institutions nationales. Ils considéraient la force et la beauté physiques comme les attributs d'un peuple libre. Pour eux la perfection physique était le meilleur témoignage de la supériorité morale, et la force, le gage de l'indépendance. Mais dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, la gymnastique perdit peu à peu de son éclat, pour reparaître plus glorieuse au moyen-âge. C'était le temps des tournois et des luttes de la chevalerie ; le temps où le sort des combats dépendait de la force physique. Vers 1704, l'usage de l'arme à feu opère une révolution complète dans les lois de la guerre. Encore à cette époque la gymnastique éprouve un temps d'hésitation. A la fin du XVIIIe siècle, la gymnastique reparaît dans l'éducation de la jeunesse. Enfin, de nos jours, la médecine et l'hygiène lui assignent une place d'honneur dans l'éducation de l'homme. On comprend mieux que jamais que l'inaction complète est nuisible à la santé, et que l'esprit ne peut avoir toute sa vigueur que lorsque le corps est en parfaite santé. De là chez l'homme l'utilité des exercices gymnastiques, qui s'imposent avec plus de force quand il s'agit de l'enfance, de la jeunesse.

Comment s'explique l'utilité de l'exercice pour la santé. — La volouté agissant par le système nerveux, fait contracter les muscles de corps et lui imprime des mouvements divers. L'accomplissement de

ces mouvements apporte des modifications profondes dans tout l'organisme. En effet, dans tout exercice qui met en jeu l'activité d'un grand nombre de muscles, il se produit une élévation de la température du corps, en même temps que la peau se couvre de sueur; la respiration devient plus profonde et plus fréquente, et la circulation s'accélère ; la digestion se précipite, et l'homme éprouve bientôt le besoin de s'alimenter ; l'acte de la combustion organique devient plus actif, et partant les matériaux du sang subissent de profondes modifications. Pendant l'exercice, le muscle élimine une quantité d'acide carbonique plus considérable que l'oxygène absorbé. Les produits d'usure temporaire du muscle sont enlevés par le tourbillon nutritif, et le sang lui apporte des matériaux de réparation. Mais pendant un exercice prolongé, la consommation l'emportant sur la réparation., les produits d'usure deviennent en excès dans le sang, finissent par gêner les contractions musculaires, et par donner la sensation de la fatigue. C'est une indication formelle de se reposer. Ainsi des exercices modérés, intelligemment proportionnés aux forces individuelles, déterminent le renouvellement plus rapide des éléments des tissus, une nutrition plus parfaite, un accroissement des muscles et de la force musculaire. Ils donnent l'adresse, l'agilité, la hardiesse, avec la sécurité et la présence d'esprit dans le danger. Ajoutons ici que l'exercice est un sédatif puissant sur le système nerveux, si souvent surexcité par le mouvement accéléré du siècle.

Des DIFFÉRENTS EXERCICES. — La combinaison, l'association des mouvements, exécutés soit par les organes

du corps seul, soit à l'aide d'appareils gymnastîques, déterminent les différentes variétés d'exercices, qui, exécutés intelligemment, donnent à l'homme la faculté de fortifier ses organes en alimentant largement le vivant foyer organique, et en précipitant le mouvement d'assimilation et de désassimilation. C'est une nécessité impérieuse que l'exerci ce de tous nos organes.

La marche. — La marche est le plus simple, le plus naturel des exercices, et aussi l'un des plus salutaires, car il ne peut avoir lieu qu'en plein air. Cet exercise, qui convient à tous les âges, exige la participation des jambes surtout, mais aussi de tout le corps. Pendant la marche, les bras, par leurs mouvements divers, sont destinés à maintenir l'équilibre du corps. Les muscles du tronc, se contractent pour incliner le corps en avant et en arrière, à droite et à gauche, de façon à conserver en place le centre de gravité. La mise en action d'un grand nombre de muscles exerce une influence favorable sur la respiration, la circulation et les sécrétions. Aussi on ne saurait habituer de trop bonne heure l'enfant à des marches assez soutenues, en rapport avec les forces, afin de favoriser l'accroissement de son être et le développement de sa force musculaire. D'ailleurs cette habitude, contractée dans les premières années de l'existence, se continuera heureusement toute la vie.

Le saut. — Le saut diffère de la marche par ses effets ; il consiste dans un mouvement instantané de flexion et d'extension du corps, qui fait que les deux pieds quittent le sol à la fois. Ce mouvement se fait en hauteur et en longueur. Le saut a son utilité hygiénique, en

augmentant l'élasticité des articulations. Il n'est pas exempt de danger, car lorsqu'on retombe sur les talons, la secousse imprimée à la colonne vertébrale pourrait déterminer des accidents mortels. Il importe donc, dans l'exécution de ce genre d'exercice, de s'efforcer de tomber toujours la pointe des pieds en avant.

La course. — Le corps projeté en avant, les jambes faisant l'action d'un ressort, lé coureur exécute une série rapide de sauts d'une amplitude modérée et régulière. La course gymnastique ne doit jamais être continuée jusqu'à une fatigue excessive. L'essoufflement est produit par la respiration, qui ne se fait, pendant la course, que par la partie supérieure du poumon. Il est une indication absolue de s'arrêter. Cet exercice, pris dans une mesure convenable, est très favorable chez l'individu sain et valide. Un individu atteint de maladie du cœur ne doit jamais courir.

Les jeux. — Parmi les jeux physiques en usage de nos jours se trouvent, la balle, le ballon, le cerceau, le volant, la paume, le tir à l'arc, la boule, les quilles, le billard, le cricket, etc. Ces différents jeux ont l'effet d'exercer les muscles, de faire mouvoir les articulations, de donner au corps l'agilité et la souplesse. Ces genres d'exercice ont l'avantage de combiner l'exercice de. la marche, du saut, de la course. Ils ont tous une certaine valeur hygiénique : augmenter la force musculaire et l'agilité du corps, donner de la portée, de la justesse à la vue, et développer l'attention et l'adresse.

La danse. — La danse serait un exercice très hygiénique, si elle consistait comme jadis dans un mouvement rythmé, où tous les membres du corps se trouve-

raient successivement en jeu, si elle avait lieu dans des conditions aussi hygiéniques qu'autrefois. Mais non, aujourd'hui on peut considérer la danse comme portant atteinte à la santé. Elle a lieu généralement la nuit, dans des salles fermées, peu spacieuses ; une lumière abondante y réchauffe et brûle l'atmosphère ; les exhalations malsaines que projettent les respirations, les émanations du corps qui ruisselle de sueur, les poussières qui s'élèvent des tapis, sont autant de causes puissantes qui rendent toxique l'atmosphère de ces salles. Puis le roulis de la valse, qui donne le vertige et provoque parfois des nausées, est une fatigue pour le cerveau. Enfin le danseur et la danseuse, au lendemain d'un bal, éprouvent un malaise indescriptible. La jeune fille et le jeune homme à la poitrine délicate, y contractent souvent cette terrible maladie de la consomption. On reconnaît le danseur moderne par l'étroitesse de ses épaules et de son torse, étroitesse qui contraste avec l'excessif développement de ses jambes. La danse moderne, à moins d'une réforme radicale, doit être cousidérée comme anti-hygiénique.

L'èquitation. — L'équitation a été en pratique dès la plus haute antiquité. On en retrouve l'usage dans tous les âges et chez tous les peuples. Hippocrate en appréciait les heureux effets. De nos jours l'hygiène la considère comme un excellent exercice pour les personnes faibles et délicates, pour les convalescents. L'équitation est un art que le cavalier est tenu de savoir pour se bien tenir à cheval et profiter de tous ses avantages. Dans cet exercice, l'homme met à contribution toute la puissance des muscles des jambes et du tronc. D'après

la méthode française, le cavalier s'étudie à faire corps avec le cheval ; le9 secousses sont très prononcées. D'après la méthode anglaise, le cavalier prend l'étrier pour point d'appui ; ainsi on a imaginé de rompre, par des mouvements communiqués. Cette dernière méthode est celle adoptée dans ce pays. Il est important, pour bénéficier de cet exercice, de prendre des leçons d'équitatioD. Il est bon de remarquer aussi que l'influence tonique de l'équitatiou réside particulièrement dans la modération des secousses sur les organes, dont elle active la circulation, la nutrition. Les personnes atteintes de maladies du cœur ou dea poumons ne doivent pas se livrer à ce genre d'exercice, non plus qu'à bien d'autres.

La natation. — La natation est, par la multiplicité des mouvements musculaires qu'elle nécessite pour qu'on se soutienne à la surface de l'eau, un exercice très salutaire, dont l'action vient s'ajouter au bénéfice du bain. La natation a un avantage sur les autres exercices : elle n'affaiblit pas, en donnant naissance à la transpiration, bien qu'elle devienne fatigante. A côté de son utilité hygiénique, la natation a encore cet avantage d'accoutumer au danger, de donner à l'homme, dans certains cas, le moyen d'échapper à la mort et de secourir son semblable.

L'exercice militaire. — " Un exercice, dit Riant, un exercice qui fortifie le corps, et l'assouplit, qui donne 1 1 précision dans les mouvements, l'habitude de l'obéissance, la tenue, qui discipline à la fois les organes, les volontés et les aptitudes morales, est précieux ;\ plus d'un titre : il ne fait pas seulement des élèves robustes

et sulides, il contribue à préparer des hommes." Ces paroles s'appliquent à l'art militaire, ce qui nous exempte d'en dire davantage.

La gymnastique. — Dans un traité d'hygiène aussi élémentaire que celui-ci, nous ne pouvons parler longuement de la gymnastique. Nous nous bornerons à la proclamer indispensable à l'homme de cabinet, à la jeunesse qui étudie. — Maintenant, si aisée et si simple que soit la gymnastique à l'aide d'appareils spéciaux, il en est une autre encore plus simple et plus accessible à tous les âges, à tous les tempéraments et à toutes les professions. Cette gymnastique est peut-être la plus hygiénique. Nous voulons parler de la gymnastique sans appareil aucun. Elle consiste dans une série de mouvements intelligemment imprimés à tous nos muscles. Voici la liste exacte de ces divers exercices.

" Exécuter avec les bras un mouvement circulaire (20 fois) ; élever les bras verticalement (12 fois) ; les allonger eu avant (30 fois) ; en dehors (30 fois) ; faire 8 à 10 respirations profondes ;

" Exécuter un mouvement circulaire avec le tronc (30 fois) ; se frotter les mains (80 fois) ; courber et redresser le tronc (12 fois) ; élever le genou à la hauteur du bassin (18 fois) ; 8 à 10 respirations profondes ;

" Eapprocher les jambes (8 fois) ; étendre et fléchir le pied (40 fois) ; exécuter le mouvement de scier (30 fois) ; élever la jambe latéralement (12 fois) ; 8 à 10 respirations profondes ;

" Lancer les bras en avant et en arrière (10 fois) ; s'accroupir (24 fois) ; lancer les jambes latéralement (100 fois^ ; 8 à 10 respirations profondes ;

" Lancer la jambe en avant et en arrière (10 fois) ; latéralement (24 fois) ; trotter sur place (200 fois) ; 8 à 10 respirations profondes."

La pratique de ces exercices gymnastiques e.st su (lisante pour mettre en action toute l'activité musculaire. I)'ai>rès un éminent hygiéniste, ils égalent en heureux effets une marche de quatre ou cinq heures. Un homme de profession sédentaire qui se livrerait tous les jours, avec soin, à cette gymnastique, et qui saurait y joindre l'usage des bains, se mettrait assurément à l'abri des dangers inhérents à sa profession, et travaillerait efficacement à la conservation de sa santé.

Exercice de la voix. — Nous ne saurions passer sous silence les exercices qui regardent la voix, et qui sont très utiles. Ainsi le chant, la lecture à haute voix, la déclamation, doivent être inscrits au programme scolaire. C'est surtout vers dix ou douze ans que l'on doit s'habituer à une bonne prononciation, et fortifier par l'exercice de la voix les organes de la respiration. Dans cet enseignement il faut user de modération et de prudence.

Conclusion.--- L'homme qui n'exerce pas ses muscles, ses organes, court au devant de la maladie, et meurt prématurément. L'exercice musculaire est un des plus pressants besoins de l'homme ; il le fortifie et le mène à une heureuse vieillesse.

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