‹ Traité élémentaire d'hygiène privéeChapitre 15 sur 18 · DES HABITATIONS · texte numérisé non relu

DES HABITATIONS

L'habitation est nécessaire à l'homme. — La maison et la famille. — L'importance d'une maison salubre. — Emplacement des habitations. — Le voisinage de l'habitation. L'utilité des rivières. — L'orientation de l'habitation. — Construction de l'habitation. — Les meilleur! temps pour construire. — Comment reconnaître qu'une maison est humide. — Les papiers de tentures. — L'aération de l'habitation. - Chauffage de l'habitation. — L'aérage et le chauffage.— Le degré de chaleur artificielle pour l'habitation. — De l'éclairage. — Les divers modes d'éclairage. — La propreté de l'habitation.

L'habitation est nécessaire a l'homme. — Parmi les besoins de l'homme, l'un des plus impérieux, dans notre climat tempéré, est celui d'un abri contre les intempéries du dehors. Hutte ou palais, chaumière Su. château, cet ?bri est nécessaire pour conserver à notre corps, sous peine de mort, sa température constante au milieu des variations atmosphériques. Outre son rôle purement physique, l'habitation devient un des éléments essentiels de l'orç-anisation sociale. L'homme, par destinée, est appelé à vivre en groupe avec d'autres individus. Ce groupe c'est la famille, cette véritable molécule des sociétés humaines. Et pour conserver son unité extérieure, la famille a besoin d'une base solide, d'un support matériel. Cette base, ce

support, c'est la maison qui les lui fournit. Envisagée à ce point de vue, l'habitation devient à la fois une nécessité matérielle, morale et sociale.

La maisiix et la famille. — Au moyen âge, il n'était

si pauvre famille qui n'eût sa maison. Aussi, à cette époque, l'un des plus beaux problèmes qui s'imposent à notre sollicitude se trouvait résolu, pour la conservation des mœurs, pour la garde des traditions de la famille, pour le souvenir des joies et des douleurs, des jours sombres et des jours heureux. Mais aujourd'hui l'habitation répond plus aux exigences de la civilisation qu'à celles du bien-être physique, moral et social. Dans les villes modernes, où l'espace est mesuré, l'homme est obligé de se contenter du logement que lui procure sa position sociale. Aussi, dans ses étapes successives, il sème au vent des carrefours les lambeaux de sa personnalité. Ses habitudes de foyer instable ne lui disent rien du passé, ne promettent rien à son avenir. Ce régime des locations prend donc un caractère déplorable, en même temps que les inconvénients des agglomérations des logements ouvriers atteignent les proportions d'un péril social. Pourtant c'est uiîe question vitale pour une famille, comme pour une population, que celle de l'habitation. Elle rayonne dans toutes les directions, et exerce, suivant les solutions qu'elle reçoit, une influence bienfaisante ou malsaine sur la paix et la santé publiques. L'hygiéniste, l'économiste, le moraliste et l'homme d'état, sont conviés ;i collaborer elïéetivenient à cette œuvre de devoir ut de salut.

L'importance d'une maison balubre. — La moitié

de l'existence de l'homme, surtout dans ses plus tendres années, se passe au logis. Il importe donc de le rendre salubre, commode, gai et confortable ; sain, il donne la santé ; agréable, il donne plus d'attraits, de gaîté et de bonheur ; et le tout influe puissamment sur les dispositions physiques et morales des individus. L'hygiène joue un rôle bien grand, en cherchant à éclairer d'une vive lumière l'art d'approprier l'habitation aux besoins de l'homme. Le sujet qui nous occupe aujourd'hui offre donc un intérêt capital. Aussi nous nous efforcerons de retracer ici toutes les conditions requises qui rendent une maison salubre.

Emplacement des habitations. — Avant de construire une habitation, la première question qui se pose est de connaître les conditions de son emplacement. Le choix du terrain, en effet, exerce une influence très grande sur son degré de salubrité. Aussi doit- on considérer le sol sous le rapport de sa composition, de sa configuration, de l'état de sa surface et du régime des eaux.

Un sol argileux, compact et imperméable, où les eaux pluviales et les eaux ménagères séjournent facilement, n'est pas propice à l'établissement de l'habitation. Dans ce cas il est bon de choisir des lieux élevés — le haut ou le versant d'une colline.

Les terrains sableux sont les meilleurs, parce qu'ils permettent facilement l'écoulement de toutes les eaux ; mais en réfléchissant fortement les rayons solaires, ils fatiguent la vue.

Un sol limoneux ou d'alluvion, qui se prête à l'établissement de cultures, de plantations et de jardins, offre

des avantages considérables ù l'imbication, parce que la végétation, comme nous le savons, exerce une influence utile et favorable sur la santé. Cependant il ne faut pas oublier que si cette couche d'alluvion repose sur des argiles et des marnes, elle devient facilement le réceptacle des eaux croupissantes, qui exercent sur la santé des effets très fâcheux.

Le voisinage de l'habitation. — L'habitation ne doit pas être placée dans le voisinage trop immédiat des forêts, dont l'atmosphère et le sol sont saturés d'humidité ; de marais, de cimetières, d'usines, de fosses d'aisances, etc., afin de la protéger contre les atteintes d'émanations délétères ; sur le sommet de montagnes élevées, à cause de son exposition aux vents et aux variations brusques de température ; dans des vallées étroites, où l'air circule difficilement. Les plaines et les vallées larges, au fond desquelles coulent des rivières, présentent en général de bonnes conditions de salubrité. Il est bon d'avoir un groupe d'arbres, un bosquet, situés dans le voisinage, de telle façon qu'ils n'interceptent ni la chaleur, ni la lumière, et qu'ils n'entretiennent pas autour de la maison une atmosphère de sombre humidité. Nous savons que les végétaux ont une nutrition dont le résultat est de corriger incessamment l'effet de la respiration animale, en rétablissant dans sa pureté primitive, par la décomposition de l'acide carbonique et par la mise en liberté de l'oxygène, l'air vicié de l'atmosphère. Cette loi de la nature est malheureusement trop souvent méconnue, méprisée, même dans les villes.

L'utilité des rivières. — Les fleuves et les rivières sont très utiles au maintien do la salubrité des habi-

tations, en facilitant les soins, de propreté domestique et publique ; mais ils deviennent nuisibles s'ils subissent de temps en temps des abaissements ou des débordements, à cause des dépôts fangeux qu'ils laissent après eux ; ces dépôts, sous les rayons solaires, engendrent des émanations plus ou moins malsaines.

L'orientation de l'habitation. — L'orientation de l'habitation varie suivant les climats et les localités. Dans nos climats tempérés, il importe d'éviter l'exposition aux vents prédominants, et de chercher celle qui facilite davantage l'entrée du soleil. Au Canada, les expositions du sud-est et surtout de l'ouest sont les meilleures. Dans les villes, il est généralement impossible de tenir compte de l'exposition des maisons, mais ce qu'on devrait faire — que l'on ne fait pas — serait de donner à chaque habitation l'espace de terrain voulu. Ainsi chaque emplacement libre devrait avoir une largeur et une profondeur au moins égales à la hauteur des bâtiments qui le dominent. Dans ces conditions, l'air et la lumière, qui sont si nécessaires à la vie, y circuleraient plus librement.

Construction de l'habitation. — Nous avons parlé des influences diverses qui peuvent agir sur les caractères hygiéniques de l'emplacement, maintenant nous nous occuperons de la construction de l'habitation.

Les matières qui servent à l'habitation varient suivant les pays, et sont à peu près indifférentes pour l'hygiéniste. Mais ce qui l'intéresse le plus, ce sont : le choix que l'on doit faire des matériaux à employer, et la manière de s'en servir. Avec les mêmes éléments de construction, l'ouvrier peut faiie deux habitations

absolument différentes : l'une qui réponde parfaitement aux besoins.de l'homme et aux nécessités hygiéniques ; l'autre qui devienne une source de maladies pour ceux qui l'occupent. Tout dépend, dans l'un et l'autre cas, de la qualité des matériaux et de l'usage qu'on en fait. Il importe de choisir des matériaux solides, secs, réfractaires de l'humidité et mauvais conducteurs de la chaleur. Les pierres dures, les briques bien cuites, sont le type du genre. Les tuiles et les ardoises forment les meilleures toitures. — L'habitation, pour résister convenablement à toutes les vicissitudes atmosphériques de notre pays, a besoin de solides fondations en pierre, et de murs d'une certaine épaisseur. Partout elle doit être élevée sur des caves bien aérées, contribuant ainsi ;i l'assainissement. Dans l'étage souterrain, on évitera l'emploi du plâtre (sulfate de chaux), car il favorise le salpêtrage, c'est-à-dire qu'il se transforme en partie en nitrate de chaux, et augmente ainsi l'humidité primitive. Les planchers les plus salubres sont ceux en bois peints à l'huile ; ils ont la propriété de mieux préserver de l'humidité et de mieux conserver la chaleur. Tous les murs de l'intérieur des maisons doivent être peints à la chaux. Il est préférable de les peinturer, afin d'en permettre le lavage de temps en temps.

Le meilllur temps pour CONSTRUIRE. — Il ne faut jamais construire une maison dans les temps d'automne ou en hiver, à cause de l'humidité qui imprègne les matériaux devant servir à bâtir. Les meilleures saisons pour la construction de l'habitation dans notre pays sont le printemps et l'été.

Comment reconnaître qu'une maison est humide.

— Il n'est pas bon de se loger dans une maison trop nouvellement construite, parce que les murs ne sont pas suffisamment secs. Il y a deux moyens proposés pour reconnaître le degré d'humidité des murs d'une maison, et pour pouvoir déterminer l'époque où elle peut être habitée sans danger. L'un consiste à placer durant 24 heures dans un vase une livre de chaux pour chaque pièce hermétiquement fermée. Si la livre de chaux présente une augmentation de poids ne dépassant pas un drachme à un et demi, l'appartement est habitable. L'autre moyen se pratique en retirant des murs, à une profondeur de 5 à 10 lignes, à l'aide d'une tarière, une certaine quantité de plâtre. On pèse immédiatement ce plâtre, puis on le fait sécher à la chaleur. Si la différence de poids n'est pas plus de 15 pour ]00, les murs sont suffisamment secs.

Les papiers de tentures. — Enfin les papiers de tenture sont, pour la plupart, nuisibles à la santé, à cause des poussières toxiques qui s'en émanent. Pour prévenir ces inconvénients, on conseille de les recouvrir d'une couche de vernis, ou encore mieux de ne pas s'en servir.

Aération de l'habitation. — L'homme ne peut pas vivre dans les atmosphères renfermées. Il les corrompt lui-même et meurt de cette corruption. En une heure, il inspire environ 480 livres d'air, et rejette par l'expiration environ 18 livres d'acide carbonique, avec des vapeurs d'eau chargées de matières organiques. On comprend à quelles interventions modificatrices est soumise l'atmosphère dans laquelle nous puisons l'oxygène nécessaire à la vie. En plein air, et surtout à la

campagne, l'atmosphère qui nous entoure se purifie incessamment aussitôt qu'elle est viciée par la respiration, cela s'explique aisément. Dans nos maisons, les chances de salubrité ne sont pas les mêmes. 11 faut alors demander à l'air extérieur de venir renouveler l'air intérieur. Cette règle est absolue. Elle commande d'aérer largement toutes les pièces de l'habitation chaque fois que le temps le permet, de le faire modérément quand il faut compter avec l'inclémence du temps ou de la saison. — La ventilation se fait par aspiration, par pulsion, insufflation ou refoulement d'air. La ventilation par aspiration s'exerce par les courants d'air qui se produisent dan3 nos maisons chaque fois qu'on ouvre une porte, une fenêtre ou les vasistas. La ventilation par pulsion, par insufflation ou refoulement d'air, s'effectue au moyen d'appareils qui nécessitent l'emploi de machines à vapeur. Ce système d'aération est mis en usage dans les grands établissements publics, etc.

L'aération doit être en rapport avec la capacité de l'habitation, le nombre de personnes, le temps de leur séjour. Il faut une ventilation de 30 pieds cubes d'air par individu et par heure.

On prendra également soin d'aérer le lit, de secouer les rideaux, d'essuyer les poussières. On agira de même pour les diverses pièces de l'habitation. Enfin, il est d'une extrême importance d'entretenir la respiration de l'habitation, comme celle de l'homme, en lui fournissant un air frais pour remplacer l'air altéré qu'elle renferme.

Chauffage de l'habitation. — La question du chauf-

fage de l'habitation mérite de captiver quelques instants notre attention. On entend par chauffage l'art d'utiliser la chaleur artificielle produite par les divers combustibles, pour élever et maintenir dans les pièces de l'habitation une température convenable. Le but est de nous garantir contre l'influence du froid.

Nous savons que le poumon fonctionne avantageusement quand il respire un air convenablement froid, et que le contraire arrive quand l'air se trouve à une température chaude. La combustion des matériaux alimentaires n'est régulièrement répartie dans tout l'organisme, et la circulation ne se fait librement, qu'à la condition expresse que la température de notre corps soit maintenue à 37 °5. L'air ambiant, chaud ou froid, influe sur notre température corporelle. Il nous réchauffe ou nous refroidit par contact. Dans une atmosphère chaude, la peau se distend, ses pores s'ouvrent; des millions de glandes situées dans la profondeur de la peau fonctionnent, la sueur sort, la vapeur se produit. Ainsi notre corps dissipe le trop de calorique qu'il possède. — A une basse température, notre peau se pare à la résistance. Elle se contracte, se ramasse sur elle-même. C'est un véritable épaississement artificiel appelé vulgairement " chair de poule, " et qui protège l'homme à la manière des fourrures. Même couverts d'épais et de chauds vêtements, nous ne sommes pas suffisamment protégés contre les intempéries de nos climats. Il nous faut demander à la chaleur artificielle de restituer à nos murailles d'habitation une température convenable.

L'aération et le chauffage. — Cette excellente

solution, le chauffage, qui tend à garantir l'homme contre l'influence du froid, ne doit pas exister au détriment de l'aération. L'aérajje et le chauffage sont deux opérations distinctes, séparées et indépendantes. Il convient d'aérer avec l'air du dehors, et il faut maintenir dans les temps froids une température intérieure convenable. La réalisation de ces données n'est pas toujours facile. C'est à cette solution qu'il faut viser toujours, et il faut s'en approcher le plus possible dans les applications.

Il existe plusieurs méthodes de chauffage, et les plus usitées sont à la fois de très précieux moyens d'aération. Les principales conditions de salubrité de tout système de chauffage résident dans l'élévation suffisante de la température, et dans le renouvellement inoessanl de l'air. M. Coulier, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, résume très bien les conditions de l'appareil de chauffage.

1. Dégager une quantité* de chaleur variable à volonté, de manière à entretenir dans les locaux habités une température constante, malgré ^ les influences saisonnières ;

2. Fonctionner durant la nuit, malgré l'absence ou la négligence des préposés ;

3. Ne pas laisser pénétrer, dans l'atmosphère respirable des appartements, les produits gazeux de la combustion ;

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