TRAVAIL
La loi du travail.—Le travail est nécessaire. —Le travail d'esprit et le travail physique. —Le travail d'esprit. — Conditions anti-hygiéniques.—Les dangers de l’inaction musculaire. — Contention d'esprit, — Les veilles, — Le meilleur temps pour le travail d’esprit.—Défaut de culture corporelle, —Travail pendant le repas et après, Résistance aux besoins de la nature.—Isolement volontaire. —Le travail physique est nécessaire à l'activité organique.—Le travail modéré, —Le travail exagéré.— Les professions manuelles. — Les manufactures, — Le logement de l’ouvrier.—La nourriture de l'ouvrier,— L’agriculteur.—Desiderata,
LA LOI DU TRAVAIL. — Le Créateur a condamné l’homme au travail, C’est une loi d’expiation profondément inscrite dans les entrailles de l'humanité, Aussi toute personne intelligente est libre et tenue d’obéir à cet ordre suprême, qui est une des conditions de sa nature et une des exigences de son organisation. Elle se trouve, étant un corps et une âme, engagée à deux sortes de devoirs, et elle ne s’en acquitte pas si elle ne livre son corps au travail et à l'exercice, de même que son esprit à l'étude et à la méditation, Cette loi du travail doit son origine aux circonstances où se trouva placé le premier homme, et qui sont devenues la condition de la vie,
LE TRAVAIL EST NÉCESSAIRE.—- ‘“ Perdre le temps, c’est perdre plus que du sang: c’est mutiler son être ; c'est commettre un vrai suicide” (Young). En effet, la santé et le bonheur sont attachés à un juste et honorable emploi de nos facultés, comme la peine et les désordres de toutes sortes sont l’apanage de l’oisivité, — La vie n'est, en un certain sens, autre chuse que le mouvement. Les différents organes qui constituent les rouages de ia machine humaine, sont le siève de mouvements divers : tantôt étendus et visibles, comme ceux de la respiration et de la circulation, tantôt infiniment limités comme ceux des sécrétions, de l'absorption, de la sensation, etc. Soit qu’il applique son intelligence, soit qu’il emploie l'énergie de ses bras, l’homme exerce ses organes, ses fonctions ; exercice utile, parce qu'il assure leur conservation et leur intégrité; utile, par l'activité intellectuelle ou physique qu'il développe ; utile, par la satisfaction morale que procure le devoir accompli. Il impvrte, dans l'intérêt de la santé, de cultiver les jouissances de l'esprit et le goût des sciences physiques.
LE TRAVAIL D’ESPRIT ET LE TRAVAIL PHYSIQUE. —Le travail d'esprit et le travail physique se valent en dignité. Le travail intellectuel ennoblit le travail manuel, et celui-ci rend le premier inoffensif, Ils concourent tous deux à l’œuvre de l'activité humaine, Mais les exigences de la vie ont divisé ce que la nature avait uni. Ainsi la position qu'occupe l’homme dans la société détermine cette bifurcation de l’activité humaine, qui conduit à des conséquences multiples, d'où naissent les tempéraments, les habitudes, les alté-
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rations spéciales de la santé, Mais l'hygiène ne saurait trop insister sur les dangers d’un travail exclusif. D'ailleurs, nous pouvons nous en convaincre par ce qui va suivre,
LE TRAVAIL D'ESPRIT,—-[La pensée est le caractère distinctif entre l’homme et les autres êtres de la Création. Elle est la plus belle de ses facultés, car il est impossible d’apercevoir l’âme autrement que par la pensée, Elle à son siège d'action dans le cerveau. Elle se manifeste par l’activité cérébrale, et elle domine tout notre être. Sous l'effort rapide de la pensée, le cerveau imprime à l'organisme une impulsion qui le fait fonctionner avec plus d’entrain et plus de force, Nous avons déjà démontré, dans une leçon précédente, l'équilibre préétabli entre les fonctions du cerveau et celles des autres organes de l’économie : ce qui fait que l’homme instruit est plus apte à bien vivre, à s’entourer de toutes les précautions que lui suggère la prudence. Parce qu’il comprend mieux là valeur de sa vie, l’homme est tenu d'en faire un plus intelligent usage, Ainsi l'intelligence qui raisonne vise à l'empire des plus nobles passions, pour ne donner aucune prise aux vils instincts, L'homme qui pense s'efforce d'éviter tous les écueils que présente le chemin de la vie. L'homme qui étudie appreud de l'hygiène qu'il ne faut pas se cantonner dans un cercle d’occupations où il userait certaines facultés en les surmenant, moins parce qu’il les exerce que parce qu'il néglige d'exercer les autres,
CONDITIONS ANTI-HYGIÉNIQUES.—M. Tissot ramène aux chefs suivants les conditions anti-hygiéniques du travail. de l'intelligence: 1. inaction 3 2. contention
d'esprit ; les veilles ; 4. air confiné ; 5. défaut de culture corporelle ; 6. travail pendant le repas et après ; 7. résistance aux besoins organiques; 8. isolement volontaire, Ces questions sont trop importantes pour ne pas mériter d'être indiquées ici, ne fût-ce que dans un analyse très sommaire.
LES DANGERS DE L’INACTION MUSCULAIRE.—Le travailleur de lintelligence doit, s’il veut conserver la pleine activité de ses facultés, consacrer une partie de son temps à l’exercice corporel, S'il ne le fait pas, il s'expose à des troubles de d'zestion : constipation, dyspepsie, hémorrhoïles, etc.; puis à des désordres nerveux : migraines, névralgies, pesanteurs de tête, insommies et congestions du cerveau; parfois encore aux maladies du cœur qui viennent abréger le cours de la vie, C’est ici le temps de dire: “ mieux vaut faire soigner sa santé que sa maladie ;” puis ajoutons cette autre vérité de Bacon : “ Pour l’âme humaine, un corps bien sain est un hôte, un corps maladif un geôlier.”
CONTENTION D’ESPRIT. — S'il est longtemps assis, courbé sur un bureau, méditant profondément et voulant exprimer sa pensée, le travailleur maintient son cerveau dans un état de turgescence circulatoire temporaire. S'il prolonge ce labeur, ou s’il le répète à des intervalles trop rapprochés, il prédispose son cerveau aux congestions, aux inflammations, à l’apoplexie ou au ramollissement, Savoir travailler n’est pas une chose si facile qu'on le croit, Une bonne disposition des heures du travail intéresse vivement la santé. Evidemment l'hygiène ne peut pas établir une règlementation unique pour tous les travailleurs de la pensée, Pour
ce qui concerne le surmenage intellectuel et la sédentarité dans les écoles, l’Académie de Médecine de Pris a reconnues indispensables les mesures hygiéniques qui sont ainsi formulées: “ Autant que possible, l’externat doit être substitué à linternat; car, plus que l'externe, l’interne est soumis À l'encombrement humain du dortoir, à la sédentarité, à l'inertie corporelle pendant les classes, durant les longues études.
“ Le sommeil, de plus longue durée pour les enfants que pour les jeunes gens, ne doit pas être de moins de huit heures pour ces derniers, le cerveau ayant besoin de se reposer des fatigues occasionnées par le travail intellectuel.
“ La durée quotidienne du travail intellectuel, de huit à vingt ans, progressivement proportionnel à l’âge, ne doit pas être de plus de trois à huit heures,
“ Le travail intellectuel doit être interrompu par des récréations, des Jeux, des chants, La durée des classes, de vingt à trente minutes pour les enfants, ne doit pas dépasser une heure ou une heure et quart pour les Jeunes gens.
‘ Pour réduire à moins de huit heures, selon les âges, le travail intellectuel comprenant les classes et les études ou devoirs de la maison, on doit surtout dininuer ces derniers travaux, qui plus longtemps que les classes, astreignent à l’immobilité,
“ Les programmes de l'enseignement doivent être réduits proportionnément au temps donné au travail intellectuel,
“ Non seulement l'étendue des programmes d'examen doit être limitée, mais aux examens généraux, encyclo-
pédiques, qui exigent un surmenage intellectuel fatigant, il faut substituer des examens partiels, fréquents, motivant un travail régulier, laissant à l'intelligence le temps de s’assimiler les connaissances multiples successivement étudiées.
“ En dehors des heures données au sommeil, aux repas, au travail intellectuel suivant les âges, dix à six heures doivent chaque jour être données aux jeux chants, courses, promenades, gymnastique, exercices et manœuvres militaires. Maïs, pour les jeux, la course, les promerades, la gymnastique, il faut que les élèves aient de l’espace, de la liberté; pour les exercices ct manœuvres militaires, il faut que les jeunes gens ayant acquis durant la période scolaire une instruction militaire préparatoire, sachert que, plus tard, ils seront d'autant moins retenus à l’armée que cette instruction militaire préparatoire aura été reconnue plus complète.”
L'Académie de médecine appelle l'attention des pouvoirs publics sur les graves conséquences morbides du surmenase intellectuel et de la sédentarité dans les écoles, lycées et écoles spéciales, et sur la nécessité d'apporter de grandes réformes aux modes d’enseignement actuellement adoptés.
Ces idées cncordent pleinement avec celles si nettement exprimées par la Commission du Concours de 1887 de la Socitté française d'Hygiène de Paris.
in Angleterre, la pédagogie n’impose que cinq heures de travail aux élèves ; en Suède, que six heures.
N'oublions pas que le cerveau vit aux dépens du corps ; que les éléments indispensables pour activer les fonctions d’assimilation, et, par consequent, pour
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renouveler les organes, pour leur donner la vie, sont l'air pur, l'exercice, le mouvement, ete, Dans Ja vie commune, huit heures de travail réglé divisées en compartiments, dont le nombre, l'importance et la succession soient suivant l'hygiène, ne peuvent porter atteinte à la santé. D'ailleurs, inutile d'ajouter que la dose du travail est relative à l'activité cérébrale qu'il développe,
LES VEILLES— Le travail du soir est une mauvaise chose, D'ailleurs, il est plus incertain, moins régulier, moins productif. Il est une cause de surmenagre, d'épuisement et de myopie. La soirée doit préparer le sommeil par la détente de l'esprit et par le ralentissement de toutes les activités vitales, surexcitées pendant la journée. Le sommeil ainsi amené est plus calme et plus réparateur, Au contraire, le travail de la nuit rend le sommeil plus fatigant, en prédisposant aux 1êves,
LE MEILLEUR TEMPS POUR LE TRAVAIL DE L'ESPRIT. — Le meilleur temps de la journée pour le labeur de l'intelligence, c’est le matin, A ce temps du jour, le travail est plus fructneux, parce que le corps est reposé et l'esprit frais et dispos. Cependant, il n’est pas bon de travailler longtemps à jeun, An matin, après onze à douze heures d’inanition, l'organisme est À vide de ressources alimentaires, et ne peut soutenir sans fatigue un long travail.
DÉFAUT DE CULTURE CORPORELLE.— La variété dans le travail est souvent le secret de son innocuité ; c’est certainement la première difficulté à vaincre : savoir se reposer d’un travail par un autre est la précaution la
plus radicale quand il s’agit de la santé, Michel-Ange n'a propablement vécu quatre-vingts ans que parce qu'il passait, comme en se jouant, du ciseau à l’équerre, et de celle-ci au pinceau, IL est incontestable qu'il faut, pour faire de la bonne hygiène, entremêler le travail sérieux à ce travail physique qui distrait les yeux et l'imagination, et qui délasse les organes de la torpeur déterminée par l’inaction.
TRAVAIL PENDANT LE REPAS ET APRÈS. —Physiologiquement, le travail de l'estomac et celui de l’intelligence sont incompatibles. L'une et l’autre de ces fonctions ne s’accomplissent que par le concours obligé des systèmes nerveux et circulatoire. Or, l'esprit en travail, comme nous le savons, détermine un afflux sanguin au cerveau, et produit une exaltation nerveuse vers cet organe, D'un autre côté, l'estomac, pour digérer convenablement les aliments, a besoin d’une plus grande abondance de sang et d’une activité nerveuse plus énergique, De telle sorte que, pour ne pas rompre l’équilibre vital, il est important de ne pas méconnaître ces lois physiologiques. T/estomac, troublé dans sa besogne, l’accomplit mal et se venge sur le cerveau qu'il appesentit et congestionne. Racine, dont tout le monde connaît la vive imagination, la rectitude du jugement, disait cette règle qui est scellée du sceau de l’expérience : “ Le temps du repas n’est pas propre pour concevoir bien nettement; ” il ajoutait : “1l ne faut pas se mettre à travailler sitôt après le repas.” —Le temps qui doit s’écouler après le repas pour assurer une bonne digestion est, au moins, d’une heure. L’inaction et le sommeil sont les ennemis d’une bonne digestion,
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ASISTANCE AUX BESOINS DE LA NATURE.—Les fatigues musculaires se réparent par le sommeil ; celles de l'intelligences appellent l’insomnie, L’insomnie se produit de plusieurs facons : par la tension nerveuse que détermine le travail de l'intelligence ; par l’irrégularité des habitudes qui sont l'apanage si ordinaire des penseurs ; enfin par des efforts de la pensée aux heuies de la nuit. Combien il y en a qui résistent aux légitimes sollicitations du repos! combien il y en à qui ont l’art de ne pas penser où de penser seulement à leur heure! Aussi combien il en reste en route! Il serait aussi douloureux qu’instructif de compter le nombre le ces victir es.—Sainte-Beuve a très bien compris ce caractère de la vie du travailleur intellectuel dans les temps très modernes: “ Aujourd’hui, par l’immense travail que l'écrivain s'impose et que la société lui impose à courtes échéances, par suite de la nécessité où il est de frapper vite et fort, il n’a pas le temps d’être si platonique et si délicat. La personne de l'écrivain, son organisation tout entière s'engage et s’accuse elle-même jusque dans ses œuvres; 4 ne les écrit pas seulement avec s@ pure pensée, mais avec son sang el ses Mmuscles.” Enfin c’est la maladie du siècle de marcher à toute vapeur, de vivre non seulement trop vite, mais encore de vivre trop.
ISOLEMENT VOLONTAIRE, —On peut diviser en quatre grandes classes les travailleurs de la pensée: ceux qui en font le gagne-pain de chaque jour ; ceux qui étudient, et qui cherchent à élargir la sphère de leurs connaissances ; ceux qui, ayant les appétits de la notoriété travaillent à exprimer leurs pensées; ceux enfin qui
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portent en eux la flamme du génie, qui ont la passion et le martyre de la gloire. Aux travailleurs des trois premières ciasses, l'hygiène recommande la modération, et le contrepoids des exercices physiques ; les derniers ont ce qu'on appelle la névrose du génie : “ On n'a qu'à les plaindre et à les laisser dans leurs fournaises.” Leur activité intellectuelle trahit leur activité physique. On se suicide parce qu'on n’observe pas les prescriptions de l'hygiène, —Si l'hygiène faisait partie du programme de l’enseignement scolaire, on verrait diminuer la fréquence de ces violations barbares des lois de l'organisme. Ainsi la chose en vaut la peine, puisqu'il s’agit de diriger dans la voie la plus favorable aux intérêts intel. lectuels et physiques de la jeunesse qui étudie, et qui sera plus tard la force vive de la nation.
LE TRAVAIL PHYSIQUE EST NÉCESSAIRE A L'ACTIVITÉ ORGANIQUE.—Le travail des mains est la condition nécessuire de la santé physique comme du dé‘eloppement normal de l'intelligence. Il augmente la valeur fonctionnelle des organes, comme il assure leur conservation et leur intégrité. Les belles expériences de Claude . Bernard, célèbre physiologiste français, sont très concluantes à ce sujet: quand un muscle se repose, le sang ne change pas de caractère, il reste artériel et rouge ; si le muscle travaille, le sang lui abandonne son oxygène, se charge d'acide carbonique, et sort complètement veineux. ‘“ Le travaille musculaire détermine une consommation plus grande dans l’économie, et par conséquent brûle une quantité plus considérable d'éléments, qui cessent de faire partie de l'organisme. Ce résultat amène un renouvellement plus rapide des tissus. Le
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travail physique favorise donc les phénomènes d’assimilation et de désassimilation, Par suite il est nécessaire à l'activité organique.
LE TRAVAIL MODÉRÉ.—Le travail pour être utile à la santé, doit s'accomplir dans de bonnes conditions hygiéniques. Il est nécessaire qu'il réunisse, à la fois, la modération, l'attrait pour stimulant, et la mise en jeu de tous les efforts musculaires. Le travail modéré, qui met en activité tout le système musculaire, régularise la circulation, favorise la digestion, entretient une bonne nutrition, rend régulière l'expulsion des fèces, et prévient ainsi les congestions que des prédominances d'organes ou des dispositions spéciales pourraient amener, Mais le travail constitue une dépense organique qui exige, pour être réparée, une bonne nourriture. Dans «:, conditions, il y a développement de l’intelligence, accroissement du système musculaire, et perfectionnement de la santé.
LE TRAVAIL EXAGÉRÉ.—Le travail exagéré à des effets fâcheux sur la santé, comme il est facile de le comprendre. La fibre musculaire est, eu quelque sorte, un poumon microscopique qui absorbe de l'oxygène, exhale de l'acide carbonique et produit de la chaleur. Le travail exagéré accélère plus considérablement le cours du sang, augmente la température, et, par conséquent, brûle une quantité anormale de carbone. Tout ceci se produit aux dépens de l’organisme, qui s’use beaucoup plus qu'il ne se répare. Alors apparaît le sentiment de la fatigue. La conséquence de la répétition de ce travail exagéré mène à l’amaigrissement, aux altérations profondes du sang, à l’'anémie, Dans ce cas,
ni l’alimentat'on, ni les heures de repos, ne peuvenc réparer les pertes subies par les organes. (Cet état de misère physiologique prédispose l'individu à contracter une foule de maladies, particulièrement les maladies générales, les fièvres typhoïdes, le typhus, la consomption, le choléra, ete. Le principe est “ de ne dépenser que dans la mesure de son avoir.” Quod est, eo decet uti, ei quidquid agas, agere pro viribus (Cicéron). Aussi, dans les professions manuelles, il faut savoir proportionner le travail aux ressources de l’organisation, et la nourriture au travail. Une bonne nourriture, un milieu æspiratoire pur et salubre, fourniront à l'organisme une réparation toujours suffisante. Pour cette classe de travailleurs, surtout, les soins de propreté, et l’usage fréquent du bain, permettront à la peau de régulariser convenablement cette grande production de chaleur, et de l'empêcher de devenir excessive. La machine humaine est si admirablement construite que, si elle est bien entretenue, soigneusement alimentée, son harmonieuse et puissante activité, loin de luser, en assure la durée et la santé.
LES PROFESSIONS MANUELLES.—Si les progrès de la civilisation à travers les âges ont marqué l'avancement inceseant de l’industrie chez les peuples, il n’est pas muins vrai de dire que la santé de l’ouvrier a toujours été décroissante, Cela tient à la dégradation morale et aux causes d’insalubrité que l’hygiéniste remarque dans l'atelier et le logement de l’ouvrier ; cependant l'hygiène s'intéresse à toutes les classes de la société. Ainsi chaque profession a son hygiène qui lui est propre. Mais les professions et les industries sont tellement diverses
qu'il uous est difficile de faire ici une mention spéciale de chacune, Nous nous contenterons de donner quelques considérations générales sur l'hygiène ouvrière, LES MANUFACTURES.— Dans ces diverses arènes où les soldats de l’industrie passent une partie de leur vie, se trouvent un grand nombre de causes qui altèrent la santé. L'atmosphère, qui s’imprègne de vapeurs âcres et délétères, de poussières dangereuses, de germes méphitiques ; le bruit étourdissant dont certains ateliers Sont remplis; les attitudes vicieuses auxquelles cer. taines professions obligent, et qui déterminent à Ja longue des déformations caractéristiques du Corps ; les accidents sans nombre auxquels les travailleurs sont exposés ; les travaux qui entraînent l'exercice de cer-
tains membres en laissant les autres dans l’inaction ;
les variations atmosphériques dangereuses que déterminent ceïiaines industries, et d’autres causes contribuent à aggraver la situation de la population ouvrière, Voilà assurément de grands dangers qui pésent sur l’ouvrier. I] ÿ aurait moyen Lourtant de les diminuer par la prévoyance et par l'observation de l'hygiène ! “ Un mémoire lu à l’Académie de médecine de Paris prouve que ce ne Sont pas tant Jes professions insalubres, mais les professions mal choisies, mal appropriées à la constitution des travailleurs, qui font Je plus grand nombre de victimes.” importance, avant d'embrasse: une profession, de considérer son état Constitutionnel, I] ne faut jamais Oublier que la première et la principale loi du travail, c'est “ de ne dépenser que dans la mesure de son avoir, et, quoi qu’on fasse, de ne Jamais dépasser
encore,
De là l'extrême
ses forces,”
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LE LOGEMENT DE L'OUVRIER. — Les ouvriers s’entassent dans les plus pauvres quartiers des grandes villes, où les loyers offrent un prix plus accessible à leurs bourses. Ils sont condamnés à vivre pour la plupart dans des logements infects, manquant d'air et d'espace. La plupart du temps, appartenant à des propriétaires avides de gain et ne connaissant pas la pitié pour les malheureux, ces habitations ouvrières sont et restent dans les plus mauvaises conditions sanitaires. Aussi demandez au médecin dans quelles classes de la société sévissent le plus les maladies contagieuses. Tous vous répondent : dans les familles ouvrières.
LA NOURRITURE DE L'OUVRIER.—La nourriture est tellement chère, et les moyens de l’ouvrier sont si restreints, que la famille pauvre achète des aliments de qualité inférieure ou avariés. Le travailleur aurait pourtant besoin d’une bonne alimentation pour supporter son rude labeur.
L’AGRICULTEUR.—[La profession agricole est, à coup sûr, la profession la plus hygiénique. De nos jours, le perfectionnement de la culture, l’usage des machines, l'extension du commerce et des moyens de transports, améliorent tellement la position de l’homme des champs, qu’elle est devenue une des plus enviables, L’agriculteur respire un air pur, accomplit son travail dans des conditions très favorables à la santé, Avec de la prudence contre les intempéries des saisons, il coule l'existence la plus longue et la plus heureuse. Aussi la mortalité à la campagne est la plus faible; aussi les affections mentales y sont à peu près inconnues ; la misère y est des plus rares. La mission des
gouvernements de favoriser l’agriculture constitue donc un devoir, car l’agriculture assure les bonnes mœurs et la richesse d’un peuple.
DESIDERATA. — Voilà, messieurs, les traits de lhygiène du travail. Ils émanent du principe fondamental de la santé. Comme nous l'avons démontré physiologiquement, la santé s'élabore et s’entretient par l’exercice de nos facultés. Elle réside dans la satisfaction légitime de nos besoins moraux ct physiques. Et, par la connaissance de l'hygiène, la vie est dirigée avec prévoyance ; l’homme cesse d’être un instrument qui obéit aux exigences de la passion, pour devenir une intelligence qui dirige. L'instruction populaire, la vulgarisation des notions d'hygiène, peuvent seules, avec l'éducation religieuse, moraliser un peuple, lui donner des habitudes d'ordre, d'économie, de propreté, de sobriété et de dignité personnelle.