DE LA. LUMIÈRE. \\~J
ou moins de coloration de la peau chez des individus différens, a été à tort attribué à l’action seule de la chaleur. Sans dire que ce dernier agent n’y contribue pas puissamment, on ne peut nier la puissance de l’action de la lumière, puisque parmi ceux qui vivent sous la même latitude on en voit qui offrent plus ou moins de coloration à la peau, selon qu’ils mènent une vie active ou sédentaire. Mais la lumière, outre qu’elle stimule la peau et l’entretient dans une activité nécessaire à l'accomplissement de ses fonctions, influe également sur le reste de l’organisme.
Ainsi ceux qui vivent habituellement dans des lieux obscurs, bas et humides, outre la décoloration de la peau que nous avons signalée, sont frappés d’une atonie complète de certains tissus, atonie qui se lie toujours à un surcroît d’activité d’autres tissus. Chez eux les fonctions exhalantes de la peau, les mouvemens , la respiration , la circulation générale languissent; tandis que les glandes lymphatiques, superficielles ou profondes, s’irritent , se tuméfient; en un mot il y a pléthore lymphatique; aussi sont-ils principalement sujets au carreau, aux scro-
Il8 FONCTIONS DE NUTRITION, fuies et aux hydropisies. De tout ceci découle la nécessité de faire journellement de l’exercice au moment où le soleil est sur l’horizon, de fuir les habitations où la lumière ne pénètre qu’en petite quantité, et surtout d’éviter de passer une partie de la journée dans le lit, sauf à veiller fort tard. Jamais le sommeil pris dans le jour ne peut remplacer celui de la nuit.
§ II. — Du calorique.
Après la lumière, 1 excitant le plus direct des fonctions de la peau est sans contredit le calorique. Dans le chapitre précédent nous nous sommes trop étendu sur l’action de cet agent sur toute l’économie, pour qu’il soit utile d’v revenir ici. N. us devons cependant ajouter que tous les bienfaits que nous avons dit être dus à l’action de la lumière doivent être considérés comme étant le résultat du calorique uni au fluide lumineux.
Mais si dans le précédent chapitre nous avons suffisamment exposé tout ce qui a trait aux différentes températures, il nous reste à parler ici des passages brusques d’une tem-
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péralure à une autre, cliangemens que l’on désigne sous le nom de 'vicissitudes atmosphé riques, et si nous avons renvoyé à ce chapitre pour ce qui a rapport à ce sujet, c’est qu’il est évident que les vicissitudes atmosphériques portent leur action primitive sur la peau, bien plus que sur les appareils circulatoire et respiratoire, qui ne sont jamais que secondairement influencés par ces modificateurs.
Le brusque passage d’une température à une autre est dangereux, par cela seul que l’organisme n’a pas eu le temps de proportionner ses moyens de réaction à l’influence des causes extérieures. C’est alors que les sensations de froid et de chaud sont beaucoup plus vivement ressenties , et que les effets qui résultent d’une manière nécessaire de pareilles impressions sont plus marqués que si l’économie eût été préparée à réagir.
A. Vicissitude du chaud au froid. Le brusque passage du chaud au froid supprime les sécrétions cutanées, taudis que sous celte action les fonctions des muqueuses pulmonaire, gastrique et des reins, augmentent.
De là résultent des inflammations, principalement celles des muqueuses nasale, pharyngienne, laryngienne, bronchique et gastro-intestinale; quelquefois ce sont les membranes séreuses, telles que la plèvre et les synoviales articulaires, le système musculaire, le poumon ou le cerveau , qui se trouvent atteints.
B. Vicissitude du froid au chaud. Les accidens produits par ce changement de température sont bien moins graves que ceux qui résultent de la vicissitude opposée; à moins cependant qu’il n’y ait un grand nombre de degrés de franchis. Dans le cas contraire, on ne remarque qu’une légère expansion des fluides, et en particulier du sang; les vaisseaux sont très-distendus, la peau se couvre de sueur, et débarrasse l’organisation de l’excès du calorique quelle contient. Si au contraire l’intervalle est considérable, alors on observe tous les accidens dont nous avons parlé en traitant de la chaleur. [Voy. le chap. précédent.)
Si l’intervalle du froid au chaud est considérable, comme lorsqu’un individu a été gelé par suite de l’action d’un froid fort
1)U CALOIUOUE.
intense, et qu’on s’empresse de l’approcher d’un foyer ardent, les parties gelées, exposées à l’action de la chaleur, tombent en gangrène, et la vie de l’individu se trouve compromise.
11 est impossible de parer aux accidens qui résultent des vicissitudes atmosphériques : ces dernières sont inévitables, nécessaires ; elles sont même utiles, car l’uniformité de température amènerait à la longue des maladies cruelles. Toute l’attention du médecin et de l’hygiéniste doit donc tendre, non pas à soustraire l’homme à 1 influence des vicissitudes atmosphériques, mais à lui apprendre à les braver; et comme cela n’est possible qu’autant qu’on en a contracté l’habitude, il résulte que ce n’est qu’après une suite de tentatives bien ménagées qu’on atteindra à ce résultat.
Les nouveaux - nés devront être tenus chaudement, vu qu’ils ressentent très-vivement l’action du froid, eux dont la peau est à peine couverte d’un léger épiderme. Après les six premières semaines, on les habituera peu à peu à l’action du grand air. Prémunis de bonne heure contre l’action du froid, ou
FOACTIOKS DE KUTRITION .
en devra moins redouter l’effet à l’époque de la première dentition, qui est si féconde en orages. Passé ce temps, on accoutumera l’enfant à aller tête nue, on le couvrira de vétemens plus légers , on le lavera avec de l’eau, qui, d’abord tiède, sera graduellement refroidie. Une fois parvenu à l’âge adulte, l’homme ne devra point contracter l’habitude de rester dans des appartenons bien clos et chauffés, et dans l'été, il devra ne point craindre la chaleur; mais lorsqu’il aura négligé de faire ainsi son éducation, et que, parvenu à l’âge mûr, il sera incommodé par les moindres changemens de température, ce sera un devoir pour lui de s’y soustraire, tle se tenir sur ses gardes aux changemens de saisons ; les mêmes précautions devront être mises en usage dans le cas de maladie.
§ III. — Action de l’air sur la peau.
Lavoisier, Spallanzani et .Turin e de Genève ont fait des expériences d’où il résulte que l’air atmosphérique qui agit à la surface de la peau se décompose, c’esl-à-dire qu’il perd une portion de son oxigène qui est remplacé
action ue l'air sur LA PEAU. I 23 par une égale quantité (l’acide carbonique. Hallé et Nysten pensent que de ces expériences on peut induire que la formation de l’acide carbonique est, dans ce cas, en raison directe de la vigueur et de l’ activité de l’individu ; que l’exercice musculaire augmente la quantité de cet acide ; tandis qu’elle est diminuée par toutes les causes qui affaiblissent l’énergie des fonctions de la peau; d’où résulte une nouvelle cause des dangers qu’il y a à vivre dans un air non renouvelé.
§ IV. — Des -vête me ns.
Toute substance immédiatement appli* quée sur le corps, dans le but de le garantir de l’impression des objets extérieurs, a été appelée 'vêtement. En effet, tous sont destinés à accomplir cet objet, soit qu’ils protègent la peau contre le calorique extérieur ou l’humidité , soit qu’ils tendent à conserver à la surface du corps une partie du calorique qu’il dégage.
Les véteraens doivent donc faciliter les fonctions de la peau, entretenir sa souplesse par la transpiration, et rendre ainsi le tact
plus exquis. Le règne organique nous fournit les matières avec lesquelles nous nous couvrons : travaillées de différentes manières, elles ont des propriétés diverses. Nous aurons à considérer en eux la matière dont ils sont composés, leur couleur, leur fabrication, et la confection des habits.
Le chanvre, le lin, le coton pour le règne végétal ; la soie, la laine, les poils, les cuirs pour lerègne animal, sont les matières premières qui , mises en œuvre par des mains industrieuses, servent à nous préserver de l’inclémence des températures et des chocs extérieurs.
Les tissus de chanvre ou de lin sont bons conducteurs du calorique et de l’électricité, surtout s’ils sont serrés; ils s’imprègnent facilement de sueur, la retiennent , font éprouver une sensation de froid qui peut quelquefois avoir des inconvéniens ; ils sont doux sur la peau , et doivent être exclusivement employés oour recouvrir les parties enflammées et pour faire de la charpie. Les étoffes de coton retiennent beaucoup d’air dans leurs interstices ; elles sont mauvais conducteurs du calorique , conduisent la sueur moins fa-
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cilement , et laissent , comme celles de chanvre et de lin, passer l’électricité, quoique plus difficilement. Elles conviennent pour les saisons et les climats froids, par la faculté qu’elles ont de concentrer la chaleur et de déterminer une légère irritation sur la peau. La sensibilité de cette dernière est quelquefois si exaltée, que les vêtemens de coton l’impressionnent douloureusement; cala s’observe surtout dans les pays chauds. Il est des personnes qui ne peuvent pas porter de perkale sans que leur peau ne devienne érysipélateuse.
La snie est douce au contact, concentre la chaleur, et ne laisse pas passer l’électricité. Elle a une grande attraction pour l’eau , c’est-à-dire qu’elle se mouille avec facilité et se sèche lentement. La laine possède à un haut degré les qualités avantageuses du coton et de la soie; elle concentre le calorique, laisse échapper la matière de la transpiration sous forme de vapeur et sans la condenser, détermine une légère irritation |sur la peau, y développe de la chaleur,
I peut-être aussi de l’électricité, et favorise' la transpiration. Mais elle peut devenir la
cause d’une irritation cutanée trop vive, et développer, par un frottement continuel, des efflorescences, des dartres, des boutons, etc. C’est pour cette raison qu’on ne doit s’habituer à la flanelle que lorsqu’on y est contraint. Il y a plus, c’est qu’une fois cette habitude contractée, on peut se trouver dans la nécessité d’y déroger, et alors on n’est que plus susceptible de contracter les maladies que l’on voulait prévenir et éviter. Les étoffes de laine portées sur la peau conviennent aux personnes grasses, à celles dont les organes sont frappés d'atonie, qui mènent une vie sédentaire, qui sont sujettes aux phlegmasies chroniques des viscères, et en particulier des organes respiratoires; aux convalescens et aux personnes faibles chez lesquelles il faut donner du ton aux organes et empêcher la déperdition de la chaleur. Dans ces cas, on en fera usage avec d’autant plus d’avantage que la saison ou le climat seront plus froids et plus humides. Mais les tissus de laine ont l’inconvénient de s’imprégner facilement des miasmes et de les conserver long-temps, surtout s’ils sont velus et mal lisses ; ceux de chanvre ou dej