CHAPITRE IV
Repos des organes de relation.
Dans les différens chapitres de ce Résumé, nous avons tenu un compte rigoureux du repos isolé de chacun des appareils organiques que nous avons passés en revue. 11 s’agit
214 fonctions de relation.
ici d’examiner les effets du repos de tous les organes, et surtout de ceux qui sont affectés à l’accomplissement des fonctions de rapport. Ici deux cas peuvent se présenter. Dans le premier, tous les organes de relation sans exception, ne répondent plus aux excitations extérieures , et l’homme n’a plus conscience de ce qui se passe en lui. Dans le second, bien que la plupart des organes de relation soient endormis, quelques-uns d’entre eux continuent à produire certains actes intellectuels dont quelquefois nous conservons le souvenir après le réveil, ainsi que cela a lieu dans les rêves, ou dont nous perdons 1 absolument la trace, comme cela arrive dans le somnambulisme.
Du sommeil. Il consiste dans le repos des organes de relation. La nature y convie tous les êtres , en étendant sur eux les voiles de la nuit, et en diminuant ainsi, autant que possible, leurs rapports avec les objets qui les entourent. Chez les animaux, il survient d’abord un abattement des forces musculaires; les paupières se ferment, et mettent les yeux à l’abri des rayons lumineux; l’action des autres sens cesse bientôt ; les
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fonctions organiques, telles que la respiration , la circulation, se ralentissent; la chaleur animale, les sécrétions diminuent, la digestion s’accomplit plus lentement. L’homme qui dort ne vit pour ainsi dire qu’à demi. Aussi l’influence de toutes les causes destructives de la vie se fait-elle sentir avec bien plus d’énergie pendant le sommeil, alors que les forces vitales ne peuvent pas agir assez efficacement. Le sommeil a pour effet constant de rendre à tous les organes , et en particulier à .ceux de relation , toute la vitalité que les fatigues de la veille leur avait fait perdre, de dissiper leur lassitude, de leur rendre toute leur énergie. Pendant le sommeil, la vie est en moins, comparée à l’état de veille , et c’est pour cette raison que l’on est plus sensible au froid , et que l’on ne peut pas s’endormir sans danger à une température de io à 12 degrés au-dessous de zéro, tandis qu’un homme éveillé peut supporter plus de 5o degrés de froid.
On a cherché à expliquer le sommeil , et on a eu recours à des hypothèses toutes plus invraisemblables et ridicules les unes que les autres. O11 ne peut en trouver les causes
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que clans l’intermittence d’action de toutes les puissances organiques.
Le sommeil a aussi été accordé aux hommes pour adoucir les maux auxquels ils sont soumis dans ce monde ; par lui les douleurs physiques et morales sont calmées : citez à l’homme le sommeil et l’espérance, vous en ferez l’ëtre le plus malheureux ; mais le sommeil le remet des fatigues du corps et de l’esprit qu’il a essuyées ; il oublie un instant ses peines, et à son réveil il se sent renaître, il lui semble avoir de nouveaux organes. Alors, si l’homme est libre de toute peine morale, ses membres sont plus agiles, il se sent dispos, ses sens savourent avec plaisir les impressions, ses idées sont plus lucides , la conception plus rapide : aussi le réveil est-il le moment le plus propre à la composition.
Pour jouir de tous les avantages que procure le sommeil , il faut qu’il soit limité dans de certaines bornes. Trop court, il ne répare pas assez; trop long, il appesantit et dispose à l’hébétude. Un homme adulte doit dormir six heures au moins et huit heures au plus; les personnes faibles, les
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femmes, les enfans dont la sensibilité est plus exquise , doivent dormir de sept à neuf heures.
Ce n’est jamais sans inconvénient que, dans la vue de doubler l’existence, on consacre au travail des heures dérobées au sommeil ; la santé s’altère bientôt, le cerveau fatigué s’épuise, on sent une lassitude générale, les opérations de l’âme sont difficiles , les perceptions confuses , enfin l’hypochondrie, l’hystérie, l’épilepsie , la mélancolie, les inflammations cérébrales et une foule d’atitres affections (car il n’en est pas qui 11e puissent être le résultat de veilles trop prolongées) forcent de mettre fin à ce genre de vie. Le précepte général à suivre, c’est que le sommeil est suffisant lorsqu’au réveil on se sent remis des fatigues de la veille.
Des effets non moins redoutables se montrent, si l’on consacre au sommeil un temps qui appartient à l’exercice; l’activité des sens et les forces de la vie diminuent, les organes ne sont plus aptes à remplir leurs fonctions, le corps s’amollit, engraisse, la mémoire se perd, toutes les facultés de
l’âme s’éteignent peu à peu; enfin, les engorgemens des viscères , les hydropisies , la démence, peuvent être la suite de ce genre de vie. En général , les personnes qui ont une occupation mentale, les hommes de cabinet , doivent dormir un peu plus que celles qui exercent seulement leur corps.
L’époque du jour marqué par la nature pour le sommeil , est la nuit ; car le silence et l’obscurité invitent à dormir. Ce n’est jamais impunément pour la santé que l’on intervertit cet ordre. Sinclair rapporte que deux colonels ayant une longue route à faire pendant l’été avec leurs escadrons, discutèrent entre eux s’il convenait mieux de marcher le jour et se reposer la nuit, que d’éviter les chaleurs en marchant la nuit et se reposant le jour. N’ayant pu s’accorder entre eux, ils obtinrent de leur général de faire un essai qui n’était pas sans intérêt pour l’art militaire. A la fin de leur route, qui était de deux cents lieues, celui qui avait cru préférable de profiter de la fraîcheur des nuits pour marcher, et de se reposer le jour, avait perdu la plupart de ses chevaux et plusieurs soldats, tandis que l’autre n’avait
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subi aucune perte. Cet exemple est une preuve de. plus d’une vérité qui ne peut être trop répétée; c’est que l’on ne transgresse jamais impunément les lois de la nature. L’air de la nuit, froid et humide, saturé de vapeurs malfaisantes, est préjudiciable a la santé. On doit s’y soustraire en se couchant dans un appartement élevé, sec, dont les croisées ont été ouvertes tout le long de la journée. Mais si, au lieu de dormir, on donne ce temps à la société , au jeu , à la danse , on s’expose à tous les inconvéniens dont nous avons parlé au chapitre des exercices.
D’un autre côté, après une nuit passée en société, le sommeil est toujours incomplet, et si l’on parvient à interdire l’entrée de sa chambre au bruit et au jour, on 11e peut pas laisser à la porte les passions de toute sorte qui vous tyrannisent durant le sommeil. Ne soyons donc plus étonnés si les maladies sont les compagnes inséparables de l’aisance, si la plupart des femmes à la mode sont tourmentées par les affections nerveuses qui empoisonnent une existence réservée par la nature à un meilleur sort. Ainsi une personne,
jalouse de sa santé, doit se coucher de bonne heure et se lever matin : le sentiment de bien-être, la tranquillité d’esprit, la paieront avec usure de quelques plaisirs frivoles qu’elle aura perdus.
Le bruit n’empêche pas toujours le sommeil ; le bruit monotone le favorise au contraire. On cite un enfant qui , mis en nourrice chez un meunier, ne pouvait dormir qu’au bruit du moulin. Une musique triste, d’un rhythme lent, endort; c’est, comme l’on sait , la ressource des voluptueux Asiatiques pour se procurer un repos que la mollesse leur ravit.
Le sommeil, avons-nous dit, suspend toutes les fonctions; il ne sera pas prudent de s’y livrer avant que la digestion stomacale soit achevée; elle dure, comme nous l’avons dit , environ quatre heures. Ainsi l’habitude que l’on a, surtout dans les pays chauds, de faire la méridienne en été, est vicieuse, puisqu’elle a lieu après le dîner que l’on prend ordinairement à midi. Il vaut mieux dormir avant , et ne dîner qu’une heure après le sommeil, afin que l’estomac, avant de recevoir des alimens, soit sorti de
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sa torpeur. Croyons, du reste, que dans nos climats, l’habitude de la méridienne est toujours funeste, et que si, pendant les fortes chaleurs de l’été, on éprouve des insomnies, c’est encore moins à l’élévation de la température qu’il faut l’attribuer, qu’à l’usage où l’on est de se livrer à un repos qui ne peut jamais être complètement réparateur, puisqu’il est pris à l’époque de la journée où les causes d’excitation jouissent de la plus grande énergie.
La position la plus favorable pour se livrer au sommeil , est d’être étendu horizontalement, la tête un peu relevée. 11 est
! indifférent pour une personne qui se porte bien , d’être sur le côté droit, ou sur le gauche, ou sur le dos ; le décubitus sur le côté droit favorise le passage des alimens de l’estomac dans les intestins; mais nous avons dit que l’on ne devait se coucher qu’après la digestion stomacale; celui sur le dos a l’inconvénient de favoriser l’excitation des organes génitaux; celui sur le cô'té gauche nuit, dit-on , auxmouvemens du cœur ; mais si l’on considère que cet organe est situé au milieu de la poitrine , et que sa pointe seule
est dirigée à gauche, on verra bientôt que la circulation doit être empêchée par toute autre cause, et qu’il faut prendre en considération le foie, organe volumineux, lâchement fixé dans l’hypocondre droit, et le changement de rapports des organes abdominaux déterminés par la chute de celui-ci. Laissons donc à chacun en particulier à choisir la position qui lui sera la plus favorable.
On doit être couvert dans le lit de manière seulement à ne pas avoir froid ; la trop grande chaleur énerve, surtout si elle est jointe à la mollesse des matelas ; la transpiration est plus active, la circulation accélérée , et à son réveil on se trouve plus accablé qu’avant de se mettre au lit. Le corps doit être débarrassé de tout lien, la tête peu ou point couverte.
Un lit, pour être convenable à la santé , doit être un peu dur, et placé de manière que l’air puisse librement circuler autour; on ne doit pas s’enfermer dans des rideaux ou dans une alcôve. Il est important d’habituer les enfans à dormir sur toute sorte de coucher. On dort partout lorsqu’on a besoin de repos. Les Écossais dormaient sur
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la neige, Turenne sur l’affût d’un canon , pendant une nuit d’hiver.
Des rêves. Alors que les cinq sens sont endormis , il arrive fort souvent que l’espèce humaine conserve assez d’activité pour opérer, lier des idées, et les associer dans un ordre quelquefois assez logique , le plus souvent complètement extravagant. C’est ce qu’on appelle les songes. Dans toutes les conditions de la vie, et jusqu’ à tous les âges, ce phénomène est susceptible d’étre observé. Cependant on l’observe plus chez les hommes qui jouissent d’un grand développement intellectuel que chez l’homme simple et borné, dont les idées ne vont pas au-delà de la satisfaction des premiers besoins de la vie.
Comme nous avons précédemment établi que l’esprit humain ne pouvait se manifester au dehors qu’à l’aide de certaines conditions organiques, et que l’appareil spécialement affecté aux actes intellectuels et moraux est le cerveau, il suit de là que les songes ne peuvent avoir lieu qu’autant que l’encéphale, trop vivement excité par les travaux et les fatigues de la veille, ne par-
2a<f tOKCTroNS DE UELATloW.
ticipe pas au repos des autres organes dans une proportion égale à ceux-ci. Du reste, c’est une grande question, sur laquelle les physiologistes et les psychologues sont loin d’être d’accord, et même sur laquelle les physiologistes ne possèdent que de vagues données, que celle de savoir si dans les rêves qui nous occupent, l’esprit humain opère sans le secours de l’organisation du cerveau. Cette question se rattache évidemment à celle de la double nature de l’homme sur laquelle ce n’est point ici le lieu de se prononcer.
Quoi qu’il en soit, il est certain au moins que le sommeil n’est ni aussi parfait, ni aussi réparateur, lorsqu’il est agité par les songes, que lorsqu’il est complet , et même si un songe est pénible , le réveil est constamment accompagné de fatigue plus ou moins grande. Ce qui prouve jusqu’à l’évidence que l’organisme n’est jamais étranger à ces phénomènes.
Mais si les songes ont pour résultat constant de fatiguer nos organes, il faut donc les éviter autant qu'il est en nous. La chose n’est pas toujours possible. Cependant, disons qu’on y sera d’autant moins exposé,
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que l’on évitera plus soigneusement , pendant la veille, de s’abandonner trop exclusivement à des travaux ayant pour objet des matières ardues, et que l’on sera moins dominé du désir d’obtenir la solution des difficultés que l’on veut vaincre. D’un autre côté, ceux qui vivent avec sobriété, qui ne font aucun abus des excitans alcooliques, qui passent leur soirée loin des nombreuses réunions où tout trouble et agite ceux qui s’y trouvent, seront encore moins tourmentés par des rêves que celui qui bénévolement se place dans des conditions tout opposées. Enfin, si on ne peut se soustraire entièrement à toutes les causes d’excitation que nous venons de signaler, il sera utile de faire diversion aux idées qui nous préoccupent, avant de se mettre au lit ; ce qu’on obtiendra par une promenade , une conversation attrayante, quelquefois même tant soit peu futile, ou par un travail manuel quelconque.
Du somnambulisme. 11 arrive souvent que certains individus , alors qu ils sont insensibles à tontes les impressions qui viennent du dehors, abandonnent leur lit, les yeux complètement fermes, sc livrent aux
HYGIÈKE. j5
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Tiiémes actes que pendant l’état de veille, et apportent dans leur exécution une perfection dont ils seraient incapables. C’est ce qu’on appelle le somnambulisme naturel.
Les ouvrages de physiologie abondent en faits de cet ordre , et il n’est pas de recueils historiques où on n’en rencontre. Le cerveau ne peut être étranger à la production de ce phénomène. Mais comment se fait-il que l’homme dans cet état puisse agir sans le secours des sens? La physiologie constate le fait , elle est impuissante à l’expliquer, et l’hygiène ne peut sur ce point donner d’autres conseils que ceux qui sont applicables aux rêves.
11 est un autre ordre de phénomènes ayant avec ceux que nous avons relatés la plus grande analogie , et qu’on a appelé somnambulisme magnétique. Nous n’en parlerons point ici. C’est à I'HygIène fueeiquk qu’il convient d’en traiter , vu que les faits appelés magnétiques forment aujourd’hui une branche de spéculation médicale sur laquelle il convient d’éclairer la bonne foi publique, provoquer le jugement des corps savans, et appeler l’attention de l’autorité.
(eferotstcme
HYGIÈNE
Une loi invincible, nécessaire, porte l’homme à donner naissance à des êtres en tout semblables à lui. Pour l’accomplissement de cette loi, l’homme et la femme possèdent chacun un appareil organique différent dans sa conformation, et auquel des fonctions diverses sont départies. Un caractère qui distingue d’une manière toute spéciale les fonctions qui nous occupent, c’est quelles ne peuvent être accomplies que pendant une certaine période de la vie humaine, en deçà et au-delà de laquelle l’un et l’autre sexe sont inaptes à se livrer avec fruit à l’acte reproducteur.
La condition indispensable à la propagation de l’espèce, est l’union des sexes. Cet acte est accompagné de jouissances si vives et si bien partagées, qu’au moment
où l’homme et la femme sont dans toute a plénitude de la santé et de la vigueur, il semble qu’ils ne soient appelés à vivre que pour faire jouir d’autres êtres du même bienfait. Dans notre état de civilisation , tout conspire à exciter nos désirs, et à porter les deux sexes l’un vers l’autre. Et cependant, sans adopter les déclamations insensées dt ceux qui prétendent que le sublime de la vertu consiste à se soustraire à la loi de 1 reproduction et à dompter d’une manière absolue un besoin tout aussi réel qu’ui autre, reconnaissons que les plaisirs de l’a mour ne sont point le but de la vie, mai seulement un moyen , que l’homme qui ei fait sa pensée dominante se rapproche d la condition des brutes, et fait abnégation de la dignité humaine. Ce n’est pas que sou ce rapport, comme sous tous les autres notre siècle ait rien a envier à ceux qui l’on précédé. L’histoire prouve au contraire qu nos aïeux , moins éclairés que nous , étaien moins moraux; et qu’en même temps qu les lumières se sont plus généralement ré pandues, les vertus sociales et domestique ont également jeté de plus profondes ra
li\
hyg. des organes de REPRODUCT. 22y cines dans nos âmes. Cependant nos mœurs réclament encore de grandes améliorations. C’est à la Morale (i) à les provoquer, et à JTEducation qu’il appartient de les réaliser. Pour nous, nos soins doive, t se borner à dire à quels dangers s’exposent ceux qui s’abandonnent sans réserve à des plaisirs qui ont aussi leur amertume, et quels moyens sont propres à maintenir dans un parfait état de santé les organes générateurs. Ici ne devra point se borner notre tâche. Nous aurons encore à faire connaître les moyens hygiéniques qui intéressent la santé du produit de la conception, à dire quels soins réclament la mère et l’enfant au moment de l’accouchement , et à suivre l’un et l’autre jusqu’à l’époque du sevrage, époque à laquelle la mère rentre dans les conditions de la vie commune, et où l’enfant ne réclamé plus l’observance d’autres règles hygiéniques que celles qui conviennent aux autres hommes. Ce sera le sujet d’autant de paragraphes.
•U) Voy. Résumé de Mo*ilb, par M. Parisot, i roi. 5 fr 5o c.
2 3o HYG. DES ORGANES DE KEPRODUCT.
§ I. — Modificateurs des organes générateurs chez les deux sexes.
Le gland chez l’homme, la vulve et le vagin chez la femme, étant revêtus d’une membrane muqueuse pourvue d’un grand nombre de follicules qui sécrètent en plus ou moins grande abondance un mucus destiné à lubrifier ces organes, il en résulte qu’ils réclament des soins particuliers. Peu abondante dans le jeune âge, et chez ceux qui n’abusent pas des plaisirs de l’amour, le produit de cette sécrétion devient au contraire assez considérable dans un âge plus avancé, et surtout chez les individus des deux sexes qui abusent de leur puissance génératrice, chez qui les organes génitaux sont dans un état presque permanent d’éréthisme. Chez ceux-là , il arrive souvent que la muqueuse génitale s’irrite, et alors le produit de la sécrétion est nonseulement accru, mais encore modifié dans ses qualités , et par conséquent dans son action. Telle est, n’en doutons point , la source d’une foule de maladies appelées syphilitiques, auxquelles on a attribué une origine
IUOUIFIC. DES ORGANES GÉNÉRATEURS. a3 I
spéciale, et que l’on a considérées comme étant toujours le résultat d’un virus, sur la nature et le mode d’action duquel on n’a jamais rien su de satisfaisant. Les lieux de prostitution, où la même femme reçoit tous les jours les embrassemens de plusieurs hommes, sont la voie la plus ordinaire par laquelle se propagent ces maladies. Or, les moyens les plus sûrs de se garantir des accidens que nous venons de relater sont, sans contredit, de s’abstenir de fréquenter ces lieux; et si, au point où en sont les choses chez nous, il est difficile qu’un pareil conseil soit universellement suivi, personne n’en contestera la justesse. Mais, en effet, à l’époque de la vie où l’homme éprouve avec le plus de force le besoin de l’union des sexes, sa position sociale n’est pas encore assez bien déterminée pour qu’il puisse songer à contracter alliance. Il se trouve donc dans la triste nécessité ou de soutenir une lutte souvent inégale avec des besoins très-impérieux, ou de contracter des liaisons qui répugnent à tout homme honnête, et entraînent à de fâcheuses conséquences; ou d’aller assouvir sa passion dans
a32 hyg. des organes de reproduct.
les bras des prostituées. Sous ce rapport, comme sous beaucoup d’autres, nos institutions sont vicieuses. Qu’il nous suffise d’avoir constaté le fait , c’est à d’autres qu’il appartient d’y porter remède ( Voyez Hygiène publique). Quant à présent, considérant l’existence des lieux de prostitution comme un fait , est-il un préservatif des maladies contagieuses que l’on peut contracter auprès des femmes de mauvaise vie? Quelle que soit la réponse à cette question, nous dirons en thèse générale qu’il convient que l’homme et la femme entretiennent constamment la propreté des organes sexuels, en les soumettant à des lotions répétées, faites avec de l’eau pure, soit froide, soit tiède, selon la saison. Les arômes, dont on fait un si grand usage, ne sont jamais utiles, et offrent tous les inconvéniens des autres cosmétiques.
Exhalation menstruelle. Dans les climats chauds vers l’âge de huit à douze ans, de douze à seize dans les climats tempérés, et ,de seize à vingt dans les pays très-froids, l’utérus, qui jusque là avait semblé un organe inerte dans la constitution de la fem-
EX HALATION MENSTRUELLE. 2 33 me, devient le siège d’un écoulement sanguin périodique, appelé écoulement menstruel.
Les perversions de cet écoulement entraînent à des accidens si graves et si multipliés, qu’il importe de fixer notre attention sur les causes qui amènent ces dérangemens, et sur les moyens de s’en préserver.
On reconnaît que chez une jeune fille l’écoulement menstruel ne tardera pas à s’établir, à l’apparition de certains phénomènes ou signes, qui tantôt dénotent un état de pléthore générale, et tantôt une congestion locale. Au nombre des premiers, on trouve des pesanteurs de tête, de la gène dans la respiration, despalpitations, des vertiges, de la propension au sommeil. Les seconds se composent de douleurs vagues dans le basventre, les hypocondres, les aines, les cuisses, et souvent une tension douloureuse des seins, qui à cette époque prennent un accroissement plus ou moins rapide. A ces phénomènes, se joignent d’autres signes qui annoncent que le moral de la femme éprouve de profondes modifications. ( Voyez Notions générales, art. des sexes.) C’est alors que les organes sexuels commencent à être humectes
d’une sérosité légèrement colorée, à laquelle ne tarde pas à succéder l’écoulement d’un sang rouge et vermeil. Alors les règles sont établies.
Lorsque la menstruation a de la peine à s’établir, les moyens que l’on doit mettre en usage pour en favoriser l’irruption, sont ceux qui tendent à faire de l’utérus un centre de fluxion prédominante. Ils consistent à entretenir la chaleur des cuisses et du bassin à l’aide de vêtemens de laine, de frictions sèches pratiquées sur les cuisses et le bas-ventre, à exposer à la vapeur de l’eau chaude les organes génitaux, à obliger les jeunes filles a un exercice corporel modéré. Enfin, dans beaucoup de cas, le mariage est souvent le moyen le plus propre à déterminer une congestion vers l’utérus. Disons cependant que ce dernier moyen ne réussit pas toujours ; pe qui tient alors à ce que l’utérus est le siège d’une irritation plus ou moins vive, que l’état de mariage ne fait qu’entretenir et quelquefois accroître. Enfin, il arrive que l’écoulement menstruel ne s’établit qu’avec beaucoup de difficulté, parce qu’un ou plusieurs des organes import ans
EXHALATION MENSTRUELLE. a35
a la vie sont atteints d’irritation chronique; et dans ce cas , il faut s’attacher à détruire la maladie qui est le seul empêchement à l'établissement des règles.
Une fois les règles établies, il convient, à l’époque où l’écoulement doit apparaître et pendant qu’il existe, d’éviter tout ce qui peut le supprimer; comme l’action du froid et surtout du froid humide, les impressions morales trop vives, les fatigues poussées à l’excès, en un mot, toutes les causes d’excitation générale, qui, portant leur action sur tous les systèmes de l’économie, deviennent révulsives de celle qui est nécessaire au maintien de l’écoulement périodique. Il est inutile de dire que l’on doit observer tous les soins de propreté qui sont trop connus pour que nous en fassions mention, et que l’on doit éviter, dans l’accomplissement de ces soins , de faire usage de liquides froids qui supprimeraient les menstrues, et de liquides trop chauds qui pourraient amener des pertes.
Il est des femmes d’une constitution faible, qui ont cependant des règles tellement abondantes qu’elles s’en trouvent épuisées.
Chez celles-là, 11 conviendra d’éviter toutes les causes qui maintiennent de la chaleur ou attirent de l’excitation vers les organes de la génération. Elles devront substituer aux lits de plume et aux bergères, des lits et des sièges de crin. Elles devront, surtout dans l’intervalle des époques , faire assez d’exercice musculaire pour détourner au profit des muscles le sang qui est excrété par l’utérus en trop grande abondance. Et tant que durera l’écoulement, elles éviteront tous les exercices un peu violens, et surtout l’accomplissement des devoirs conjugaux. Pour celles, au contraire, chez qui les règles sont peu considérables, et n’en sont point incommodées, il n’est point de précautions à prendre; mais si elles éprouvent des symptômes de pléthore générale, il faudra les combattre par les moyens indiqués pour faciliter l’établissement des règles.
Epoque critique. La cessation de l’écoulement menstruel est généralement en rapport direct avec l’établissement de cette fonction. Si elle s’établit de bonne heure, elle cesse de même ; si le contraire a lieu , elle finit tard. Dans nos climats, la durée de
époque critique. a 37
la période menstruelle est ordinairement de trente ans. La diminution progressive du sang écoulé, et l’éloignement toujours croissant des époques où l’écoulement a lieu , annoncent l’époque dite critique. Il est des femmes cependant chez qui les choses 11e se passent pas avec autant de régularité; chez quelques-ünes , les règles cessent toutà-coup , et on voit apparaître ou des écoulemens blancs ou des sueurs abondantes.
Chez d’autres , il se fait de brusques congestions vers les organes qui, pendant la vie, auront été le plus excités. Chez les femmes qui auront fait abus du régime, l’estomac et le foie deviendront malades ; ce sera le cerveau chez celles qui seront douées d’une grande énergie morale ; les articulations , chez celles que leurs occupations auront fréquemment exposées à l’action du froid humide; et enfin l’utérus , chez les femmes qui se seront abandonnées sans réserve et sans mesure aux plaisirs de l’amour. Il n’est donc point de moyen spécial qui doive préserver des orages de l’époque dite critique. C’est par l’observation des règles hygiéniques seules, pendant tout le cours de la vie,
a38 HYC. DES ORGANES DE REPRODUCT.
que l’on pourra prévenir les accidens si communs de cette période de l’existence. Si cependant des signes de pléthore se manifestent, il faudra les combattre par les moyens qu’indique la Médecine proprement dite. Ainsi les femmes qui, depuis plusieurs années , n’ont point eu leurs règles, devront se faire pratiquer une saignée ; se livrer à un exercice musculaire en rapport avec leurs forces ; porter des vêtemens chauds , afin d’attirer à la peau le surcroît de vitalité qui menace des organes importans ; se soumettre à un régime sévère et composé d’alimens peu réparateurs ; s’abstenir des réunions trop nombreuses.
Onanisme. Les deux sexes sont sujets à contracter une habitude vicieuse, qui est toujours le résultat d’une mauvaise éducation, delà fréquentation de gens immoraux, ou d’un état d’irritabilité extrême des organes génitaux , irritabilité qui sollicite les jeunes gens des deux sexes à rechercher des sensations que leur âge et leur position leur interdisent. On a donné à cette habitude le nom d 'onanisme. Les dangers auxquels elle
OKAjNtSIMTK.
conduit, sont si bien connus, que nous ne les relaterons pas. Mais ce qu’il convient d’indiquer ici , ce sont les moyens à l’aide desquels on peut prévenir une semblable habitude , et ceux que les parens doivent mettre en usage, lorsqu’ils n’ont pu en empêcher le développement. Dans le premier cas, il faut surveiller les enfans avec un soin extrême, les assister même au milieu de leurs jeux, et ne pas les laisser se lier avec ceux dont on soupçonnerait que l’éducation a été négligée. En outre, il ne faut jamais les laisser au lit sans dormir, et composer leur coucher de matelas de laine ou de crins , sans jamais leur donner de lit déplumé; en un mot , éloigner toutes les causes d’excitation générale. Lorsqu’on a reconnu l’existence du mal, il faut encore recourir aux précautions que nous venons d’indiquer, fatiguer l’enfant par un exercice musculaire un peu soutenu, le tenir pendant le jour dans une activité continuelle , surveiller son sommeil, lui faire observer un régime débilitant, et surtout éviter l’usage des boissons excisantes ; enfin , l’empêclier de se livrer à des ectures qui pourraient éveiller en lui des
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désirs déjà immodérés , le tenir éloigné des spectacles et de la contemplation des objetsd’arts qui, directement ou indirectement, le ramèneraient vers les idées qu’on veut éloigner.
§ II. • — De la grossesse.
Nous n’avons point à envisager cet étatt sous le double point de vue de la Physiologie et de Y Art de V Accoucheur (i); nousn’avons qu’à indiquer les soins particuliersque réclame la femme enceinte.
Lorsqu’un des ovules contenus dans l’o-ivaire de la femme a été fécondé par la li- I queur séminale de l’homme , la masse qui I doit former l’enfant s’accroît aux dépens I de la mère, à peu près comme la graine s’ac- I croît aux dépens du sol qui lui sert de réceptacle. Alors la femme devient plus sensible et plus impressionnable ; et son état ne réclame d’autres soins que ceux qui sont indiqués par les divers accidens qui sanscesse viennent traverser la gestation. Ce-
(1) Voy. lt* Résume de Ciiim'iigie, par M. Ic docteur Meirieu l vol. 3 fr. 5o c.