Traité élémentaire d'ophtalmologie
En présentant à la jeunesse médicale un nouveau Traité élémentaire d'ophtalmologie nous n'avons pas la prétention de laisser croire que les divers ouvrages sur la matière, parus jusqu'à ce jour, sont devenus insuffisants et incomplets, car, à ce compte, avec les progrès journaliers que font la médecine et la chirurgie, il faudrait pouvoir tous les deux ou trois ans renouveler complètement la bibliothèque médicale ; notre but est beaucoup plus modeste. Nous avons voulu simplement nous rendre au désir souvent exprimé par nos élèves de publier les leçons que, depuis des années, nous avons faites à l'Ecole pratique, au Val-de- Grâce, ou dans notre clinique. C'est dire que nous avons surtout écrit pour ceux qui commencent les études ophtalmologiques. Toutefois, sans chercher à être complets, nous éloignant du programme primitivement tracé, nous avons essayé d'analyser les différentes théories nouvellement émises sur les questions principales, les méthodes thérapeutiques généralementemployées aujourd'hui dans la plupart des affections, de sorte que nous osons espérer pouvoir fournir dans notre travail quelques renseignements utiles à ceux de nos confrères spécialistes qui nous feront l'honneur de nous lire.
Voulant aborder tous les points de l'ophtalmologie, tout en ne dépassant pas les limites d'un volume, nous avons dû forcément faire la part du feu. Nous avons supprimé tout historique, toute bibliographie, certains de ne pouvoir mieux faire que les grands
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Traités que nous possédons et à qui nous aurions dû emprunter toutes ces parties; nous aurions fait œuvre facile de compilation.
Nous n'avons pas davantage exposé pour chaque affection la multiplicité des traitements médicaux ou chirurgicaux institués depuis Hippocrate jusqu'à nos jours ; c'eût été fastidieux et sans profit. Nous nous sommes contentés de donner les différentes thérapies les plus couramment usitées en désignant la méthode de notre choix. Enfin, la plupart des affections oculaires étant consécutives à des affections générales ou constitutionnelles, nous n'avons pas entrepris de décrire le traitement de ces dernières, cela n'étant point de notre compétence et ressortissant à la pathologie générale. Quant aux formules delà médication oculaire, nous en avons été très sobres. Fatalement elles devraient revenir souvent ; nous nous sommes contentés de les inscrire une fois, y renvoyant le lecteur à chaque affection qui pourrait en demander l'application. Par contre, nous avons mis tous nos soins à l'étude de la symptomatologie et du diagnostic.
Après avoir donné un aperçu rapide du développement de l'œil et de ses annexes, nous avons divisé notre ouvrage en parties correspondant aux paupières, aux différentes membranes de l'œil, aux organes centraux de perception, aux organes intermédiaires de transmission, à l'appareil lacrymal, à l'orbite. Peut-être nous fera-t-on le reproche de n'avoir pas traité chacune d'elles avec un égal développement ? C'est avec intention que nous avons rapidement passé sur les unes pour nous arrêter davantage sur les autres. Que pouvions-nous bien dire d'ailleurs sur les paupières et le cristallin, par exemple, à part la description de quelques nouveaux procédés opératoires, qui n'ait été dit par nos prédécesseurs? En retour, nous nous sommes longuement étendus sur les centres optiques et les centres moteurs. Leur étude, bien obscure il y a quelques années à peine, vient d'être fort éclaircie par de nombreux travaux récents que nous avons cru devoir exposer tout au long. Nous avons été poussés dans cette voie par la pensée qu'il y a un lien intime entre les affections des centres nerveux et celles de l'œil, lien que le spécialiste est souvent impuissant à découvrir, les connaissances générales lui faisant d'ordinaire
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défaut. Le neurologiste ne peut souvent s'y reconnaître davantage, la science ophtalmologique lui manquant, de sorte que les deux sont obligés de se réunir pour se compléter. En incitant le jeune étudiant des maladies des yeux à approfondir plus spécialement l'étude de ces lésions et de leurs rapports, nous lui indiquons une voix nouvelle de travail, où, quand il aura la science voulue, il pourra agir seul, sans le concours du confrère en pathologie nerveuse. C'est là un résultat qui ne doit pas être dédaigné par ce temps de pléthore professionnelle.
Nous nous sommes appliqués tout particulièrement à la description de la réfraction, nous évertuant à la rendre pratique en la débarrassant le plus possible de formules pour lesquelles l'étudiant en médecine est mal préparé par ses études antérieures.
Enfin on pourra nous reprocher de n'avoir pas assez fait appel aux travaux étrangers. Nous répondrons que la plupart du temps nous avons suffisamment trouvé en France ce dont nous avions besoin, et nous avons été heureux de cette occasion de montrer ce qu'avaient fait nos compatriotes, alors que bon nombre de nos devanciers semblaient vouloir l'ignorer.
Nous avons adopté un plan uniforme pour chacune des parties de l'ouvrage, plan qui était celui de nos leçons que nos élèves avaient paru apprécier. Après un chapitre d'anatomie et physiologie, nous passons en revue les anomalies congénitales, puis les lésions traumatiques. Nous étudions ensuite les inflammations, les altérations régressives et les tumeurs. Chacune des parties se termine par un chapitre de chirurgie, quand la membrane, qui en fait l'objet, le comporte.
L'ouvrage se trouve illustré de 432 figures. Nous devons à l'obligeance de M. Debierre bon nombre de planches d'anatomie et à MM. le professeur Lannelongue et Ménard celles des anomalies congénitales.
En achevant notre travail , il nous est agréable de nous rappeler que nous avons eu pour maîtres MM. Galezowski et Chauvel. Dans maints passages on trouvera les traces de renseignement qu'ils nous ont donné. Nous n'avons pas oublié leur vive
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sollicitude pour nous et nous tenons à leur en témoigner ici toute notre reconnaissance.
Nous ne saurions finir sans adresser à notre éditeur, M. Alcan, nos plus chaleureux remercîments dont nous lui demandons la permission de reporter une part sur son collaborateur, M. Gravet. Il a donné un soin particulier à l'impression de cet ouvrage et nous a toujours laissé la plus grande latitude pour nos dessins et gravures. Nous arrivons au terme de notre tâche ayant toujours eu avec lui les rapports les plus cordiaux qui font les amis. C'est là chose assez rare, par le temps qui court, pour l'apprécier.
H. NIMIER. F. DESPAGNET.
1er oclobre 1894.
D'OPHTALMOLOGIE
Destiné à mettre l'être vivant en rapport avec le milieu extérieur, en tant que milieu lumineux, le sens de la vue est desservi par un appareil composé de trois ordres d'organes :
1° Des organes périphériques ou de réception des ondes lumineuses, disposés en vue de favoriser l'impression de la lumière sur une membrane susceptible de la recevoir.
2° Des organes centraux ou de perception, parties intégrantes de l'encéphale, où doivent aboutir les impressions reçues et transmises et d'où elles doivent s'irradier vers les autres centres nerveux.
3° Des organes intermédiaires ou de transmission, qui relient entre eux les précédents.
Les organes périphériques du sens de la vision sont essentiellement constitués par une membrane sensible (la rétine) sur laquelle les corps lumineux peignent leur image, grâce à la présence en avant d'elle d'un véritable instrument d'optique (système dioptrique formé par la cornée> les humeurs aqueuse et vitrée, le cristallin et ses annexes, iris et cercle ciliairë). Le globe oculaire, résultant de la juxtaposition de la rétine et de l'appareil dioptrique, comme organe vivant, possède une vascularisalion et une innervation propres ; de plus, certains organes lui sont annexés dans le but de le mouvoir, de faciliter ses mouvements (appareil moteur), ou encore de le protéger (appareil lacrymal, paupières, sourcil, orbite).
Chacune des parties constituantes du globe oculaire et les autres organes de l'appareil visuel seront décrits dans des chapitres spéciaux,
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où il sera successivement question de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie :
1° Des paupières;
2° De la conjonctive;
3° De V enveloppe scléro-cornéenne — cornée et sclérotique;
4° Du tractus uvéal — iris et choroïde;
5° Des humeurs aqueuse et vitrée, du cristallin;
6° De V appareil neigeux optique — rétine, voies de transmission, centres optiques;
7° Du globe oculaire dans son ensemble;
8° De V appareil dioptrique de l'œil;
9° De Vappareil moteur; 10° De Vappareil lacrymal; 11° De V orbite.
Il nous a paru utile de donner tout d'abord un aperçu de l'embryologie de l'œil, et nous remercions notre confrère le professeur Debierre d'avoir bien voulu nous autoriser à prendre ce chapitre dans son traité magistral d'anatomie.