CHAPITRE LXIV LÉSIONS TRAUMATIQUES DU CORPS VITRÉ
Gomme conséquence des traumatismes on trouve dans le corps vitré, des plaies, des épanchements de sang, des corps étrangers.
Les plaies du vitre ne constituent d'ordinaire qu'une lésion accessoire; ceci par exemple quand il y a en même temps plaie simultanée de la zone ciliaire ou du cristallin. Simples, elles sont particulièrement intéressantes, si elles s'accompagnent de hernies de la gélatine. Tout d'abord celle-ci se présente avec sa transparence parfaite, puis peu à peu elle se trouble, car elle se laisse envahir par des cellules venues des vaisseaux de la plaie choroïdienne ou conjonctivale voisine. Parfois cet envahissement aboutit à une véritable fonte purulente de la partie herniée, et par propagation une panophtalmite est à craindre. Plus souvent le pédicule du prolapsus se condense, se transforme en un cordon cicatriciel, qui adhère aux parties voisines et se rétracte, tandis que le corps même de la hernie se liquéfie et s'élimine.
Les épanchements traumatiques de sang seront étudiés avec Y apoplexie spontanée du corps vitré.
Parmi les corps étrangers, qui se rencontrent dans le corps vitré, les plus habituels sont des éclats de capsules, des grains de plomb, des parcelles de fer ou d'acier, des morceaux de pierre ou de verre. Leur nature et les germes infectieux, dont ils peuvent être chargés, méritent d'être signalés au point de vue des accidents qu'ils provoquent. Aseptique et indifférent aux actions chimiques, le corps étranger est bien toléré; aseptique, mais susceptible de s'oxyder, il provoque de l'hyalitis suivie de rétraction du vitré et de décollement de la rétine; enfin, véhicule de germes, il cause la suppuration de l'œil.
Tantôt le corps étranger pénètre à travers la cornée, l'iris et le cristallin causant ainsi une cataracte qui masque les désordres consécutifs. Tantôt il perfore la sclérotique, la choroïde et la rétine, et respecte les milieux transparents antérieurs. Parvenu dans la cavité oculaire, il tombe par son propre poids dans les parties déclives, ou projeté avec une certaine force il va buter contre la paroi opposée au point d'entrée,
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et là il se fixe dans les membranes, ou bien se réfléchit et creuse ainsi un canal brisé dans l'intérieur du vitré.
Au moment même du traumatisme, le blessé éprouve une douleur souvent irradiée dans les branches de la cinquième paire ; parfois au contraire cette douleur est presque nulle. En môme temps le sang, qui fait irruption en quantité variable dans le vitré, obscurcit la vision, que peut troubler encore un scotome correspondant à la lésion rétinienne du point où s'est fixé le corps étranger, du point où il a ricoché.
Si les milieux antérieurs sont transparents, à la lésion superficielle conjonctivale le miroir permet d'ajouter la constatation dans le corps vitré de traînées grisâtres, traces du chemin parcouru par le corps étranger qu'il est parfois possible de découvrir irrégulier ou arrondi, noirâtre ou d'un brillant métallique, surtout si l'on a eu soin de dilater la pupille pour élargir le champ d'exploration.
Les conséquences auxquelles expose la présence d'un corps étranger dans le vitré ont déjà élé signalées, ce sont: l'hyalitis suppurée partielle ou totale, l'hyalitis cohdensatrice, qui, comme la précédente, aboutit à la destruction du globe oculaire, enfin l'enkystement du corps étranger. Cette dernière terminaison, qui le plus souvent s'accompagne d'une diminution ou d'une perte de la vision, expose tout aussi bien que les précédentes aux dangers de l'ophtalmie sympathique.
En raison de ces accidents immédiats ou consécutifs, il est indiqué dans toute plaie du vitré de rechercher la présence des corps étrangers. A cet effet l'aiguille aimantée rendra parfois des services et pourra être associée à l'exploration de la plaie scléroticale avec un fin stylet et surtout à l'examen de l'œil à l'éclairage oblique ou avec le miroir.
Le traitement des traumatismes du corps vitré comporte, lorsqu'il fait partiellement hernie ou même s'il n'a que de la tendance à s'échapper à l'extérieur, la suture de la plaie scléroticale et un pansement compressif, puis l'on agira suivant les accidents qui se développeront (voir Hyalitis).
Quand il y a eu pénétration d'un corps étranger, s'il est resté dans la plaie, son extraction s'impose; quand il a pénétré, s'il est impossible de l'apercevoir, on attendra la venue des accidents inflammatoires ou sympathiques, et alors, comme le traitement habituel ne les arrête pas, l'énucléation devient la seule intervention opportune. Si le corps étranger est apparent, bien que par elle-même l'opération ne soit pas sans dangers au point de vue de la vision, il est indiqué de l'extraire. Antérieur, on le saisira après incision de la cornée, excision de l'iris et extraction du cristallin; logé plus profondément, il peut être abordé soit par une section méridienne de la sclérotique, soit par une incision parallèle au limbe cornéen. Dans ces recherches il est indiqué, quand le corps étranger s'y prête, d'aimanter la pince destinée à le saisir
ou simplement d'aller raccrocher avec un petit barreau aimanté ou la tige d'un électro-aimant.
Deux conditions défavorables méritent d'être signalées, sinon d'être tenues pour des contre-indications. Quand il est nécessaire d'ouvrir largement la sclérotique ou, d'introduire profondément la pince dans l'intérieur, la hernie du vitré est à craindre et les désordres, qui résultent de l'intervention, aboutissent à sa rétraction cicatricielle et par suite à la phtisie de l'œil. En second lieu, si l'intervention a été faite tardivement, le corps étranger a déjà provoqué la liquéfaction de la gélatine, qui s'écoule en quantité considérable par l'incision, d'où l'affaissement immédiat de la coque oculaire et la phtisie oculaire consécutive.