PARASITES DES CILS
On peut sur les poils des paupières ou des sourcils, observer tous les parasites animaux que l'on rencontre dans les autres parties du corps. Toutefois il nous semble utile de signaler la présence de l'un d'entre eux, la plus fréquente, à cause des erreurs de diagnostic qu'elle peut entraîner si l'on ne fait grande attention, erreur peu nuisible, il est vrai. Il s'agit des pediculi pubis. Signalés depuis Celse dans cette région, on les rencontre plus spécialement chez les habitants des pays chauds. Nous avons, il y a quelques années, eu l'occasion d'en observer un cas que nous avons publié précisément à cause de l'erreur de diagnostic dont il fut l'objet de la part des médecins qui l'examinèrent en même temps que nous. La base des cils et une portion de leur longueur étaient recouvertes de pellicules grisâtres faisant saillie, que l'on prit pour du pityriasis, d'autant plus qu'à l'œil nu on n'apercevait aucun mouvement insolite. Un examen à la loupe leva tous les doutes. D'ailleurs en détachant une des pellicules, on vit aussitôt le pédiculus s'agiter désespérément. Ce que l'on apercevait le long des cils, c'étaient les lentes que les parasites y avaient déposées. La confusion est d'autant plus aisée que la démangeaison existe dans les deux affections. Il est vrai que, dans la blépharite, le bord palpébral est rouge, boursouflé, tandis qu'il reste normal malgré les pediculi.
Nous avons dit que la confusion n'avait pas grande conséquence, car
dans la blépharite nous prescririons ou le calomel, ou la pommade au précipité rouge qui auraient vite raison de ces hôtes désagréables. Cependant on s'en débarrassera plus aisément avec une solution de sublimée 1/1000\
4° ANOMALIES DES CILS. — TRICHIASIS. — DISTRICDIASIS
Le Irichiasis est constitué par la direction vicieuse des cils qui poussent du côté du globe bien que le bord palpébral n'ait subi aucune déviation.
Si les cils sont distribués sur deux rangées dont Tune dirigée en dehors et l'autre en dedans, il y a districhiasis. Il peut même y avoir trois rangées.
Quand le trichiasis existe sur une assez grande étendue, il est facilement reconnaissable à l'œil nu, et on lui imputera aisément les symptômes inflammatoires que l'on aura constatés. Si, au contraire, il est partiel, qu'il n'y ait qu'un, deux ou trois cils déviés, ce qui est assez fréquent, il risque de passer inaperçu et on attribuera à toute autre cause les phénomènes accusés par le malade, erreur très préjudiciable, car le traitement, qu'on instituera, restera sans effet.
Ainsi, les cils balayant le globe oculaire produisent un larmoiement constant, de la conjonctivite, de la photophobie et plus tard une érosion épithéliale de la cornée qui très facilement peut s'infecter et se transformer en abcès. Enfin, il n'est pas rare de voir survenir le blépharospasme qui vient encore exagérer la déviation et aggraver les phénomènes inflammatoires.
Les rangées supplémentaires de cils sont congénitales et souvent héréditaires. Nous donnons depuis des années nos soins à une famille dont tous les membres du sexe féminin, à quatre générations, présentent cette anomalie.
Le trichiasis très limité peut aussi dater de la naissance, mais il est très rare. Le plus souvent il est acquis, et la conséquence d'une inflammation du bord palpébral. Les blépharites, par l'hypertrophie du bord libre qu'elles amènent, le produisent. Les conjonctivites à répétition, les orgeolets, par les modiûcations qu'ils apportent dans le follicule pileux, peuvent amener la déviation du cil. Toute irritation prolongée du bord libre y prédispose.
Le traitement consiste à combattre les causes qui provoquent la déviation des cils et à les redresser.
En premier lieu, il faut soigner toute inflammation pouvant retentir sur le follicule pileux.
Le trichiasis déclaré, on pourra arrêter les accidents qu'il amène par
l'épilation. Malheureusement ce n'est là qu'un palliatif de courte durée. En effet, le cil ne tardera pas à repousser et à reproduire les mômes accidents, car l'épilation ne conduit certainement pas, comme on Ta pensé, à l'atrophie du bulbe.
Si le nombre des cils déviés est peu nombreux, on pourra détruire leurs bulbes soit par l'électrolyse, soit par la galvanocaustie. Dans ce dernier cas, on place à froid, au niveau de l'émergence du cil, la pointe d'un fin fil de platine et, la paupière bien immobilisée, on fait passer le courant. Le fil rougit, s'enfonce dans la glande et la détruit. On appliquera encore avec succès l'excision d'un petit lambeau cutané dans le voisinage du bord libre et dans la partie correspondant aux cils déviésT mais le mieux sera encore d'appliquer quelques sutures de Gaillard. Dans ce but on saisit, très près du bord ciliaire, un repli de la peau de trois à quatre millimètres de hauteur, on le traverse avec une aiguille courbe munie d'un fort fil de soie et on la fait ressortir à cinq ou six millimètres du bord palpébral, en glissant sur le tarse et en comprenant dans Panse les fibres musculaires. Puis on serre fortement de façon à former par sphacèle une bandelette cicatricielle dont la rétraction redressera les cils.
La même cicatrice peut être obtenue en traçant au-dessous des cils déviés une petite traînée au thermo-cautère.
Mais si le trichiasis ou le districhiasis occupent une large étendue,, c^est à la transplantation du sol ciliaire qu'il faut avoir recours, par la méthode d'Arlt modifiée par de Graefe. On pourra aussi, comme l'a conseillé Streatfield, pratiquer Pévidement du cartilage tarse, opération beaucoup plus difficile, qui présente quelque danger (voir pour ces deux méthodes le chapitre spécial des Opérations).