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DYSCHROMATOPSIE ET ACHR0MAT0PSIE DALTONISME

Les altérations du sens chromatique sont congénitales ou symptomatiques :

Chez certains sujets la sensibilité chromatique de la rétine n'est pas normale, aussi ces individus confondent-ils entre elles diverses couleurs; ils sont atteints de dyschromatopsie ou de vision défectueuse des couleurs ou encore d'achromatopsie, c'est-à-dire de cécité pour les couleurs. D'une façon générale on les dit daltoniens, en mémoire du célèbre physicien anglais Dalton, qui présentait cette infirmité {daltonisme). Voici comment Dalton la décrit :

« Un jour j'examinai une fleur de Géranium zonale à la lumière d'une bougie; cette fleur qui, au jour, me paraissait bleue, et qui, en réalité, est violette, me parut d'une couleur rouge tout à fait opposée au bleu, Ce changement n'était point apparent pour les autres personnes. Cette observation m'ayant appris que ma vue était, pour les couleurs, différente de celle des autres , j'examinai le spectre solaire, et je me convainquis bientôt qu'au lieu des sept couleurs du spectre, je n'en voyais que trois : le jaune, le bleu et le pourpre.

« Mon jaune contient le rouge, \y orangé et le vert de tout le monde. Mon bleu se confond tellement avec le pourpre, que je ne reconnais là presque qu'une seule et même couleur.

t La partie du spectre, qu'on appelle le rouge, me semble à peine quelque chose de plus qu'une ombre ou qu'une absence de lumière.

« Le jaune, X orangé et le vert sont pour moi les mêmes couleurs à différents degrés d'intensité.

« Le point du spectre, où le vert touche au bleu, m'offre un contraste extrêmement frappant et une différence des plus tranchées,

« Au jour, le cramoisi ressemble au bleu, auquel on aurait mêlé un peu de brun foncé.

t Une tache d'encre ordinaire sur du papier blanc est pour moi de la même couleur que la figure d'une personne florissante de santé.

. • Le sang ressemble au vert foncé des bouteilles.

t A la lumière d'une bougie, le rouge et Yécarlate deviennent plus brillants et plus vifs.

« Le vert, au jour, nie semble peu différent du rouge.

« L 'orangé et le vert clair se ressemblent aussi beaucoup.

t Le vei't le plus agréable est le vert très saturé, et je le distingue d'autant mieux qu'il tire davantage sur le jaune.

« Quant au jaune et à Y orangé, ma vision est absolument la même que celle de tout le monde. » (Dalton.)

Les daltoniens confondent le plus souvent le rouge avec le vert et le blanc sale, sans que cependant la sensibilité au rouge soit totalement absente. Par contre, chez ces malades, la sensibilité pour le jaune et le bleu est très correcte. Exceptionnellement, l'altération porte sur la sensibilité pour le bleu ou le violet, plus souvent peut-être sur le vert. Enfin, la perte complète du sens chromatique ou la cécité pour toutes les couleurs spectrales est chose extrêmement rare.

D'après certaines statistiques, on compterait une moyenne de six daltoniens sur vingt sujets examinés, et la proportion serait bien moindre chez les femmes que chez les hommes.

A côté des daltoniens de naissance, doivent trouver place les individus qui, sous l'influence de certaines affections, présentent un daltonisme acquis, ou encore il y a lieu de signaler les modifications survenues dans l'étendue des divers champs visuels colorés, modifications qui peuvent aller jusqu'à leur suppression.

Dans l'atrophie du nerf optique d'origine spinale ou cérébrale, la sensibilité pour les couleurs est réduite. C'est d'abord le vert, puis le rouge, et, en dernier lieu, le bleu et le jaune, dont les champs visuels se rétrécissent progressivement. Parfois le rétrécissement survient avec tant de brusquerie qu'il simule une suppression subite.

De même, en altérant le nerf optique, l'intoxication alcoolique émousse les diverses sensibilités rétiniennes, mais seulement dans la région vasculaire. Le malade voit un nuage interposé entre son œil et l'objet fixé; il y a scotome central aussi bien pour les couleurs que pour la lumière ordinaire. Au niveau du scotome, le rouge parait gris, et, en dehors de lui, il reprend sa teinte normale; de même pour le vert, qui semble gris. Parfois l'on constate que sur le bord du scotome, le malade accuse encore une teinte verdàtre qui passe au gris, puis au blanc, à mesure que le disque coloré se rapproche du point de fixation. Pour le rouge également, il existe une gradation de la périphérie vers le centre, depuis le rouge pâle, le gris jusqu'au gris foncé. Au centre du scotome, le violet parait bleu, tandis que le jaune et le bleu sont normaux dans toute l'étendue du champ visuel.

A la dyschromatopsie à' origine périphérique, Ton peut opposer celle

qui résulte des modifications survenues dans le centre chromatique luimême, c'est du moins ainsi que l'on explique les désordres observés •chez les hystériques et les épileptiques.

Dans l'hystérie, on note une dyschromatopsie caractérisée par un simple rétrécissement du champ visuel pour les couleurs ; et assez souvent la notion du rouge persiste seule, celle de toutes les autres couleurs .ayant disparu. L'ordre de disparition des couleurs varie, tantôt il est le suivant : violet, vert, bleu, jaune, rouge; tantôt violet, vert, rouge, jaune, bleu. De plus, il existe rarement un scotome central ou de l'hémianopie. Enfin, les altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement dans l'œil correspondant au côté hémianesthésié ; mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en même temps un peu rétréci dans l'œil du côté opposé (Gharcot).

Chez les épileptiques, parfois l'attaque est annoncée par un aura sensoriel caractérisé par de la dyschromatopsie, de l'anesthésie chromatique •ou des visions colorées. Ces sensations colorées, parmi lesquelles le rouge prédomine, apparaissent sous forme d'une illumination diffuse, de globes, d'étoiles (Féré). Pus tard, après l'attaque épileptique, la dyschromatopsie et l'achromatopsie peuvent porter sur toutes les couleurs, sur plusieurs ou sur une seule, habituellement le rouge ou le violet. L'intensité du désordre n'est pas plus marquée chez les sujets habituellement achromatopsiques ou dyschromatopsiques (Féré). Il s'agit là d'un phénomène d'épuisement passager de la fonction visuelle.

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