‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 222 sur 443 · VI. — ÉRYTHR0PSIE · texte numérisé non relu

VI. — ÉRYTHR0PSIE

Certaines personnes se plaignent que par moments elles voient rouge: les objets qu'elles fixent leur semblent comme éclairés par un incendie ; elles sont atteintes d*érythropsie.

Cette anomalie de la vision colorée paraît résulter de causes prédisposantes et occasionnelles. Tantôt c'est le nervosisme constitutionnel ou accidentel (grossesse) du sujet, tantôt c'est l'absence du cristallin (opérés de cataracte), que l'on relève comme prédisposant à l'érythropsie. Mais les conditions, qui font naître l'attaque, varient d'un sujet à l'autre. En général l'attaque survient par suite de l'exposition au soleil, surtout pendant un exercice corporel un peu forcé et pendant la saison chaude. Cela s'observe particulièrement chez les opérés de cataracte, à la fin de la journée, quand l'excitation lumineuse commence à cesser. Le même accident est causé par la réverbération de la lumière sur la neige, sur de grandes étendues d'eau; la réflexion de la lumière pendant une lecture prolongée agira de même sur un œil fatigué, dont la rétine est malade. Indirectement lesjoaydriatiques favorisent la venue de l'érythropsie en facilitant l'éblouissement de la rétine. Enfin certaines excitations (danse prolongée, rire excessif) purement nerveuses provoquent le même phénomène. Ainsi s'expliquerait la chromopsie que certains épileptiques et hystériques accusent comme aura de leur accès; de même au début de la syncope les malades aperçoivent quelquefois les objets teints de couleurs diverses, qui se succèdent. L'érythropsie a été notée dans l'invasion de l'apoplexie, dans les attaques congestives de la paralysie générale.

En résumé, avec Valude, on peut enregistrer à propos des origines de l'érythropsie : 1° deux causes prépondérantes : l'aphakie et le nervosisme, qui préparent chacune par un mécanisme différent, la susceptibilité particulière de la rétine ; 2° un nombre variable de causes occasionnelles, savoir : celles qui, venues de l'extérieur, affectent directement la rétine, comme l'éblouissement par une source lumineuse. Celles qui réalisent indirectement cette condition en disposant les yeux à cet effet, comme l'usage des mydriatiques. Celles enfin qui affectent la rétine, non pas directement, mais indirectement par l'intermédiaire du système nerveux, lequel peut être mis en mouvement soit par une fatigue corporelle excessive, soit directement par un état pathologique, nervosisme, hystérie, épilepsie*

Relativement à la pathogénèsedu phénomène, les auteurs ne sont pas d'accord, certains en font un trouble du centre nerveux et ils s'appuient en particulier sur certains cas fthémièrythropsie supérieure. Or, si un brouillard rouge enveloppe la moitié supérieure des objets, cela se voit sur des opérés de cataracte avec iridectomie supérieure, et Ton comprend alors que la brèche irienne favorisant l'impression du segment inférieur de la rétine par la lumière venue d'en haut, la moitié supérieure du champ visuel soit le siège du phénomène de la vision rouge.

L'érythropsie est en effet caractérisée par certains auteurs comme due à la réaction d'une rétine épuisée. Ainsi, dans l'aphakie après extraction de la cataracte, la rétine privée tout à coup du cristallin, son écran naturel, se fatigue plus vite et devient facilement irritable, d'où un état de torpeur pour les rayons les plus réfrangibles et la vision rouge. De même on peut concevoir le rôle du nervosisme comme favorisant la venue de l'épuisement rétinien.

Pour quelques cas il peut y avoir contraste simultané des couleurs, comme à la veille de la Saint-Barthélémy chez Henri IV et chez le duc d'Alençon. Placés latéralement par rapport à une fenêtre éclairée par le soleil, les deux joueurs virent apparaître des taches de sangplaquées sur leur échiquier. Ce fait s'explique ainsi : la lumière, en pénétrant dans l'œil à travers la sclérotique, est colorée en rouge par la choroïde et impressionne la rétine. Celle-ci réagit en donnant lieu à une image subjective verdàtre (couleur complémentaire), qui se pose sur les surfaces blanches fixées par l'œil. Par opposition toutes les surfaces noires voisines sont vues rougeâtres,

Si l'on administre une dose variant de 2o à 50 centigrammes de santonale de soude, il se manifeste au bout de 10 à 15 minutes une véritable intoxication qui dure quelques heures. Le malade présente des envies de vomir, une grande fatigue et des hallucinations de la vue. Tout d'abord tous les objets sombres prennent une couleur violette, puis tout semble jaune ou jaune verdàtre et enfin le violet reparaît par le repos et quand on a tenu les yeux fermés pendant quelque temps.

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