‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 223 sur 443 · VII. — PH0SPHÈNES. - PH0T0PSIE SC0T0ME SCINTILLANT · texte numérisé non relu

VII. — PH0SPHÈNES. - PH0T0PSIE SC0T0ME SCINTILLANT

Si la lumière est l'agent normal de l'appareil visuel, d'autres excitants peuvent mettre enjeu son activité et provoquer des perceptions lumineuses. On doit en effet remarquer que, quelle que soit la nature de l'excitation, l'appareil visuel réagit de la même façon.

L'excitation est portée sur la rétine; c'est par exemple une pression modérée exercée sur le globe oculaire avec la pulpe du doigt. Aussitôt le sujet accuse une perception lumineuse; il voit un phosphène, qui lui

paraît situé dan9 la direction de la normale au point comprimé. Si les paupières sont fermées, alors dans le champ visuel sombre le phosphène apparaît comme une tache circulaire de teinte claire entourée d'une double zone sombre. L'œil ouvert et le champ visuel éclairé, le phosphène se manifeste sous la forme d'une tache sombre circonscrite par un double bord clair. A celte tache principale s'en ajoute parfois une seconde située alors, semble-t-il, au niveau du point comprimé; ce n'est autre chose que le phosphène provoqué par la contre-pression de l'œil sur la paroi orbitaire. Accidentellement un phosphène résulte du refoulement brusque de l'œil sur le nerf optique, d'où la production d'un cercle lumineux autour de la tache de Mariotte. Des efforts brusques d'accommodation provoquent encore la perception de cercles lumineux, qui résultent des tractions subies par la rétine au niveau de l'ora serrata.

Dans tous ces cas, l'excitation mécanique de la rétine agit sur ses éléments en modifiant pour un instant la circulation de la membrane. De même s'explique la sensation lumineuse vague que l'on'perçoit, les yeux fermés, sous l'influence des mouvements oculaires. Enfin, à l'état pathologique, les troubles circulatoires dans les cas de congestion ou d'inflammation de cette membrane ou de la choroïde provoquent aussi la perception de lueurs plus ou moins fuyantes (photopsie).

Pour qu'il y ait photopsie, il n'est pas besoin que l'excitation porte sur la membrane sensible elle-même. L'irritation du nerf optique, elle aussi, est suivie d'une perception lumineuse, ainsi qu'en témoignent les malades au moment delà section du nerf lors de l'énucléation de l'œil. L'excitation électrique du cordon nerveux, les désordres, qui résultent de son inflammation, se traduisent par de la photopsie.

Enfin, comme particulièrement intéressants au point de vue des phénomènes provoqués par des excitations anormales de l'appareil nerveux optique intracranien, doivent être étudiés les cas de scotome scintillant.

Sous des influences très variables (lumière trop intense, lectures prolongées, excès de table, fatigues exagérées, excès vénériens, émotions morales), certains individus et surtout des hommes de tempérament nerveux, prédisposés à la goutte et adonnés à des travaux intellectuels absorbants, ou des femmes vers les époques menstruelles, se plaignent de troubles visuels particuliers revenant par accès et assez souvent précédés ou suivis de maux de tête. Il s'agit d'une forme spéciale de migraine ophtalmique, qui, en raison du caractère même du trouble visuel, est encore désignée sous le nom de scotome scintillant.

Dans les moitiés homonymes des deux champs visuels se montre tout à coup en dehors du point de fixation une tache, qui s'étend rapidement et qu'entoure une auréole lumineuse, diversement colorée suivant les cas. C'est d'ordinaire une ligne brisée à angles saillants et rentrants assez analogues à ceux des fortifications à la Vauban. A son niveau, le

malade perçoit des ondulations lumineuses, qui se meuvent, se renforcent ou s'évanouissent à la périphérie du scotome, lequel est parfois aussi le

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Fig. 196.

Scotome scintillant (Javal).

Fig. I. Point lumineux. — Fig. 2. Bâton de plusieurs brisures vert sombre avec bordure lumineuse. — Fig. 3. F'Ian de fortification circulaire incomplètement fermé. — Fig. 4, 5, 6. Les divers bâtonnets articulés en plan de fortification nui s'agrandit progressivement et finit par disparaître du champ visuel. — Fig. 7 et 8. Schéma du champ visuel, montrant les points H, H' H" H" (fig. 7), situés sur les diagonales au niveau desquels apparaissent toujours les points lumineux; l'image en granr,:s'éloigne toujours suivant la diagonale et disparait dans l'angle correspondant H, H*, H" et H'".

andissant

siège d'un scintillement indécis. Du reste, ce scintillement n'est pas toujours remarqué par le malade, qui se plaint seulement de ne plus voir que la moitié des objets, la moitié des lettres d'un mot, la moitié de la figure d'une personne regardée. D'ordinaire le scotome envahit toute

une moitié du champ visuel binoculaire, tout en respectant le point de fixation; quelquefois, par contre, il provoque une cécité complète. Cette sensation bizarre persiste souvent de quinze à trente minutes; les ondulations lumineuses s'éteignent les premières, puis le scotome disparaît en s'eflaçant tout d'abord au point où il a débuté.

Cet accès migraineux s'accompagne chez quelques sujets de phénomènes graves du moins en apparence, ce sont des vertiges, des accès d'hémiplégie, d'aphasie ou d'amnésie, des fourmillements dans les membres, des crampes dans les muscles de la face, voire même des convulsions épileptiformes.

Gomme le scotome central périodique, comme les attaques d'hémianopie périodique, le scotome scintillant résulterait d'un trouble, vaso. moteur, qui, en raison du caractère hémianopique du symptôme observé, doit intéresser l'appareil nerveux optique au delà du chiasma. La circulation serait troublée dans une des bandelettes optiques ou l'un des noyaux que traversent ses fibres nerveuses avant d'arriver à l'écorce, ou plutôt le désordre vasculaire siégerait dans un des lobes occipitaux, l'autre étant touché à son tour, lorsque le scotome d'abord hémianopique devient total.

Tel qu'il vient d'être décrit, le scotome scintillant, quoique très pénible pour les malades, traduit un état relativement peu grave du système nerveux, état contre lequel on tentera les médications nombreuses vantées contre les migraines. Mais, dans certains cas, le malade a de Thémianopie plus ou moins passagère avec photopsies rappelant le scotome scintillant, puis tantôt surviennent des troubles visuels plus durables et plus étendus : amblyopie, scotomes persistants, rétrécissesement du champ visuel, embolie de l'artère centrale (Galezowski), désordres de la motilité et de la sensibilité générale, ensemble de symptômes dont la plupart indique une lésion grave du cerveau (ramollissement, tumeur).

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