IV. — SCLÉROSE ET THROMBOSE DE L'ARTÈRB CBWTRALE
Sous les influences générales, qui provoquent dans l'économie l'artériosclérose, l'artère centrale elle aussi peut être touchée.
L'arthrilisme, la goutte, l'alcoolisme donnent au processus dégénératif une marche lente, progressive, tandis que, sous l'influence des maladies infectieuses, celui-ci se fait plus rapidement. Kœnig rapporte même un cas d'artérite syphilitique généralisée, dont l'évolution fut presque foudroyante. L'un de nous en a publié un cas à la suite d'infection paludéenne1.
Atteint d'endo-périartérite le vaisseau, dont les parois s'épaississent, paraît plus large; parfois il semble entouré d'une exsudation légère; puis, il se transforme en unfln'cordon blanchâtre bien caractéristique. Tantôt la lésion débute dans le tronc de l'artère centrale, dont les branches se rétrécissent progressivement, tandis que rapidement la papille s'atrophie. Tantôt ce sont les dernières ramifications artérielles, qui sont les premières atteintes.
Cliniquemcnt, la sclérose ne provoque pas au début de désordres bien appréciables ; la vue s'affaiblit peu à peu. Gomme la nutrition des éléments nobles de la rétine, assurée par le réseau vasculaire choroïdien, n'est que peu troublée, c'est surtout quand surviennent des ruptures des vaisseaux malades et des hémorragies rétiniennes que la vision s'altère.
A l'ophtalmoscope, les vaisseaux centraux décrivent des flexuosités plus ou moins nombreuses : en certains endroits ils sont interrompus, masqués par de petites hémorragies. Leur calibre est diminué ou quelquefois augmenté ; si le vaisseau ne contient plus de sang, il prend une teinte jaunâtre. Ou bien tout le réseau artériel est altéré, ou bien une seule branche est atteinte; mais, dans ce cas, il existe souvent un rétrécissement de calibre et une diminution de longueur des autres branches. Les flexuosités artérielles se voient surtout au voisinage de la papille et sont moins prononcées vers la périphérie du vaisseau (Kœnig).
En outre des flexuosités, on observe encore sur les branches de l'artère centrale le phénomène que Thoma désigne sous le nom de loco-
(i) Despacnet. Société française d'ophtalmologie, 189i.
motion pulsatile. En raisondc la diminution de l'élasticité de leurs parois on voit les artères se dilater dans toute leur longueur.
C'est encore à la sclérose de l'artère centrale qu'il faut attribuer la production de dilatations ampullaires, qui donnent parfois au vaisseau l'aspect d'un chapelet. Véritables petits anévrysmes miliaires, ces dilatations sont souvent difficiles à reconnaître à l'ophtalmoscope, et ne se traduisent que par la petite apoplexie, qui, après leur rupture, masque le vaisseau.
Chez d'autres artério-scléreux on constate par places sur l'artère centrale des diminutions de calibre alternant avec des dilatations du vaisseau. A l'endroit même du rétrécissement, la colonne sanguine parait plus étroite, comme étranglée par un épaississement, un nœud, de la paroi vasculaire. L'examen ophtalmoscopique donne à cet épaississement l'image d'une tache grise jaunâtre limitée sur le fond de l'œil.
Sans qu'il soit besoin de faire ici l'étude générale des thromboses, il convient de dire que l'altération delà paroi vasculaire peut provoquer, aussi bien dans l'artère centrale de la rétine que dans les autres troncs artériels, la coagulation du sang et la formation d'un thrombus.
La thrombose peut se produire dans la gaine du nerf optique, dans le bout central ou dans le bout périphérique de l'artère centrale. La lésion débute en un point donné, et gagne bientôt toute l'artère, qui apparaît alors sous la forme d'un cordon blanchâtre. Débutant près de l'extrémité de l'artère ou à l'un des angles de bifurcation, le thrombus s'étend vite sur une grande longueur du vaisseau, ne laissant à son origine près de la papille qu'une portion restreinte, de calibre intact, où circule, ou plutôt stagne, un mince filet de sang. De là à l'ophtalmoscope un petit filet sanguin rouge, auquel fait suite un cordon blanchâtre du à la transformation du thrombus et de la paroi vasculaire. Parfois encore ces lésions s'accompagnent d'hémorragies rétiniennes dues à la rupture du vaisseau malade.
En général la thrombose se forme lentement. Au début, les malades n'accusent que peu de troubles fonctionnels, mais l'acuité visuelle diminue graduellement. Si une branche tout entière est oblitérée, il peut en résulter une atrophie du nerf optique ; ou bien le processus dégénératif n'atteint qu'une branche secondaire, et l'on constate une perte du champ visuel dans la partie correspondante.
L'arthritisme, la goutte, les maladies infectieuses sont les causes qui prédisposent le plus à cette affection (Kœnig).
Il va sans dire que les désordres oculaires précédents sont surtout intéressants par les indications qu'ils fournissent sur l'état de la circulation cérébrale. Par eux-mêmes ils ne comportent pas d'indications thérapeutiques autres que celles de l'artério-sclérose en général -et celle de la cause qui les produit.