‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 234 sur 443 · VI. — EMBOLIE DE L'ARTÈRE CENTRALE · texte numérisé non relu

VI. — EMBOLIE DE L'ARTÈRE CENTRALE

L'affection, au point de vue clinique, est différente suivant que l'embolie obstrue le tronc artériel ou seulement une de ses branches.

V embolie du tronc artériel se traduit par une cécité presque subite; un voile s'étend devant l'œil, puis la nuit est complète ; parfois le malade a le temps de reconnaître que la cécité gagne de la périphérie vers le centre de son champ visuel, parfois encore cette atteinte caractéristique est précédée d'obscurcissements fugaces, indices d'une oblitération passagère du vaisseau. Chez quelques malades enfin, un segment de la rétine, surtout en haut et en dehors, conserve un certain degré de vision et dans le reste de son étendue la persistance des phosphènes indique un certain degré d'irrigation sanguine.

En général l'embolie s'arrête de préférence immédiatement en arrière de la lame criblée, parfois un peu plus en arrière, et quelquefois au point où l'artère centrale traverse la gaine du nerf optique.

Peu de temps après l'accident, l'examen ophtalmoscopique montre la papille normale, ou bien décolorée, les artères filiformes, tantôt exsangues et transformées en filaments jaunâtres plus étroits autour de la papille que vers la périphérie, tantôt encore parcourus par un mince filet de sang rouge encadré de deux lisérés blanchâtres. La pulsation artérielle ne peut plus être provoquée par la compression du globe. Les veines, d'abord rétractées, se dilatent peu à peu, tandis que les rameaux artériels conservent leur petitesse primitive. Par places, elles se laissent pénétrer par des ondées sanguines, dont les oscillations peuvent èlre attribuées à l'influence des mouvements respiratoires sur le cours du sang veineux. Mais il est bien difficile d'admettre que la circulation puisse se rétablir, comme cela peut arriver quand l'occlusion de l'artère est due à une apoplexie dans les gaines du nerf optique. Par suite, la rétine subit une altération progressive : tout d'abord elle conserve sa

transparence pendant vingt-quatre on quarante-huit heures, puis elle se trouble, devient grisâtre, d'abord au niveau des gros vaisseaux, puis uniformément dans le pôle postérieur. L'œdème, qui donne au fond de l'œil une teinte opalescente, rend flous les bords de la papille, dont les capillaires sont congestionnés, tandis que dans la région maculaire la dilatation du lacis veineux laisse voir une tache rouge simulant une hémorragie. Tardivement enfin, l'infiltration disparaissant peu à peu, la papille est atrophiée, les artères ont presque complètement disparu et les veines de calibre fort réduit ne peuvent être suivies jusqu'à la zone équatoriale, mais pendant très longtemps encore la tache maculaire persiste.

Fig. 200.

Embolie de l'artère centrale. Période du début.

Cet accident s'observe particulièrement chez les individus atteints de dilatation de l'aorte ou d'hypertrophie cardiaque, compensatrice de désordres valvulaires. L'endocardite, surtout dans le cours des fièvres graves, de la grossesse, y prédispose.

Au point de vue visuel le pronostic est relativement favorable, en ce sens que d'ordinaire la lésion se localise sur un seul œil ; la vision de l'organe, il est vrai, est irrémédiablement perdue.

La cécité brusque au début, le retour d'une faible perception lumineuse toujours dans la partie externe du champ visuel, les troubles circulatoires visibles à l'ophlalmoscope, la coexistence de lésions cardiaques doivent faire diagnostiquer l'embolie du tronc de l'artère centrale. Celle-ci mérite cependant d'être distinguée de Y apoplexie des gaines du nerf optique, qui elle aussi provoque une cécité subite, mais de plus s'accompagne d'un trouble rétinien presque immédiat et de l'apparition habituelle d'une ecchymose rétinienne près du bord

,496 RKTINE

papillaire. Cette affection enfin se caractérise encore par le rétablissement possible du cours du sang dans les vaisseaux, lorsque leur compression a cessé après la résorption du caillot.

L 'embolie d'une branche de l'artère centrale de la rétine provoque une cécité parfois complète au début, et d'une durée de quelques heures et même de quelques jours, puis partielle, correspondant au segment rétinien ischémie. S'il s'agit d'une pu. des branches ascendantes, il se produira un scotome inférieur; inversement, la lacune du champ visuel sera supérieure, si l'embolie a obstrué les vaisseaux inférieurs. Ici encore

Kig. 201.

Embolie de l'artère centrale. Atrophie papillaire consécutive.

la vision se rétablit par le champ visuel externe. Comme les vaisseaux de la région maculaire naissent habituellement avant la bifurcation de l'artère centrale, ils peuvent continuer seuls à recevoir du sang, et, par là même, la vision centrale se trouve conservée dans un champ visuel réduit à une simple fente très étroite.

A l'ophtalmoscope l'on constate dans la sphère de la branche artérielle oblitérée la série des désordres précédemment signalés.

Un fait reste encore à indiquer, c'est l'absence dans l'embolie totale d'infarctus hémorragiques, alors que cependant les branches de l'artère centrale sont des branches terminales. La tension intra-oculaire, sans doute, met alors obstacle au reflux du sang veineux dans le réseau capillaire terminal, et prévient sa rupture, qui cependant a été quelquefois constatée dans les cas d'embolie partielle.

Malgré le massage de l'œil, les paracentèses de la cornée, et malgré ! l'iridectomie, destinées à modifier la pression intra-oculaire et à favoriser le déplacement du caillot et l'afflux du sang dans l'artère

centrale, toutes les tentatives de traitement restent, de règles, infructueuses. Toutefois à l'iodure de potassium à l'intérieur, on pourra comme adjuvant ajouter des séances d'électrisation à courants continus.

Page 1