II. - CYSTICERQUES DE LA RÉTINE
En raison de la résistance qu'oppose à la migration du scolex la rétine et Thyaloïde, on observe deux fois plus de cysticerques dans la rétine que dans le corps vitré.
A Tophtalmoscope, on aperçoit, au fond de l'œil, un corps arrondi, de dimensions variables; il est blanc bleuâtre, à bords nettement dessinés et brillants, parcourus à sa surface par les vaisseaux rétiniens.
Parfois une tache claire indiquerait la position du cou ordinairement invaginé du cysticerque, et comme signe pathognomonique, on apercevrait des mouvements alternatifs de retrait et d'expansion de la poche. Ultérieurement l'aspect de la lésion se modifie; la rétine devient opaque, laiteuse au niveau de la tumeur que n'indique plus qu'un reflet luisant, parfois jaune doré. Le corps vitré aussi s'altère, ses couches voisines du cysticerque se troublent ; il devient le siège d'opacités particulières, ee sont des voiles superposés, chargés de plis et de raies et retenus au voisinage du corps étranger.
La présence d'un cysticerque dans la rétine près du pôle postérieur, détermine un scotome central qui tend à s'agrandir; moins gênant quand les régions équatoriales sont le siège de la lésion, le trouble fonctionnel aboutit d'ordinaire à la cécité en trois à dix-huit mois.
Si le cysticerque reste sédentaire, il peut s'enkyster, et l'œil conserver sinon ses fonctions du moins sa forme. Mais, en général, il se déplace, pénètre dans le vitré ou gagne la zone ciliaire; alors, plus ou moins tardivement, se déclare une irido-choroïdite aiguë suppurée ou une irido-choroïdite subaiguë, qui entraîne l'atrophie de l'œil ou même des accidents sympathiques.
La gravité du pronostic démontre l'utilité d'un diagnostic précoce. Celui-ci tout d'abord est facile, quand la rétine et le corps vitré ont conservé leur transparence; lorsqu'il n'en est plus ainsi, l'aspect brillant de l'opacité rétinienne, la forme particulière des flocons du corps vitré, la diminution de la tension oculaire, enfin l'existence primitive d'un scotome central progressif permettront de songer au cysticerque.
Le traitement doit varier suivant l'état de la vision du sujet. Si elle est encore bonne, il y a lieu de pratiquer l'extraction du cysticerque. Après avoir déterminé sa position, Ton met à nu à ce niveau la sclérotique, au besoin en sectionnant un muscle droit pour permettre de faire basculer le globe oculaire; puis, au point voulu, on incise prudemment la coque oculaire et l'on s'efforce de retirer le cysticerque sans donner issue au corps vitré. Une fois celui-ci sorti, après ou sans suture scléroticale, on rétablit la continuité du muscle s'il y a lieu.
Lorsque la vision est mauvaise, pour éviter le danger de voir l'œil se vider par la plaie scléroticale, on cherchera à tuer le parasite en le ponctionnant avec la pointe aiguë d'un galvanocautère. Enfin, si la vision est perdue, et si par suite l'œil est le siège d'accidents irritatifs susceptibles de faire craindre une ophtalmie sympathique, l'énucléatîon s'impose.