‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 254 sur 443 · I. — ANEMIE DU NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

I. — ANEMIE DU NERF OPTIQUE

La diminution de l'afflux sanguin dans le nerf optique ou mieux dans la papille optique, seule visible pour le clijiicien, résulte de causes variées : tantôt il s'agit d'une manifestation d'un état anémique général, tantôt il existe une entrave spéciale à la vascularisation du tronc nerveux.

V anémie de la papille s'observe chez les personnes dont l'hématose est altérée, soit à la suite de pertes sanguines abondantes et répétées, soit du fait d'intoxications diverses (paludisme, plomb, alcool, oxyde de carbone), soit encore comme conséquence des cachexies, quelle que soit la cause de la misère physiologique.

Localement un traumatisme peut entraver le cours du sang dans les vaisseaux centraux ou être le point de départ de modifications circulatoires du réseau capillaire, que fournissent à la papille le réseau vaginal et le cercle scierai, modifications qui aboutissent à l'atrophie papillaire. Enfin la suppression de la circulation dans les vaisseaux centraux s'observe encore, passagère il est vrai, au moment de l'attaque d'épilepsie.

L'examen ophtalmoscopique, qu'il est avantageux de pratiquer avec un éclairage faible, doit porter et sur l'aspect des vaisseaux centraux et sur l'état du réseau capillaire de la papille. Du côté des vaisseaux on note une réduction de calibre, qui tout d'abord s'accompagnerait d'un état rubané avec élargissement du reflet central, conséquences de l'aplatissement du cylindre sanguin trop faible pour équilibrer complètement la tension intraoculaire. Toutefois le rapport entre le calibre des veines et des artères persiste et les dernières disparaissent plus tôt que leurs satellites. Le coloris de ces troncs vasculaires est également modifié par suite d'une diminution d'épaisseur de leur contenu sanguin; il en résulte que dans les degrés extrêmes, si l'on explore avec un éclairage quelque peu intense, il devient difficile d'apercevoir les artères sur le fond rétinien jaune rougeâtre, tandis que les veines, quelque minces qu'elles

soient devenues, tranchent encore comme des traits fins, grâce à leur coloration plus intense. D'après Delorme, pendant la syncope, les veines centrales se réduisent à un simple filet blanc jaunâtre. Quelques minutes après la mort, Ton est frappé par la blancheur de la papille, la disparition ou la diminution très considérable à son niveau du calibre des vaisseaux, qui, sans changement sur le reste de la rétine, disparaissent bientôt, pendant que celte membrane se trouble et devient d'un blanc mat.

Lorsque la circulation du réseau capillaire est diminuée, la papille perd la coloration rosée de sa zone moyenne et sur toute sa surface apparaît la teinte blanc bleuâtre de la lame criblée.

En regard de ces signes ophtalmoscopiques, les symptômes fonctionnels sont très variables ; tantôt il existe une cécité complète, tantôt la vision est conservée presque intacte. A cela rien d'étonnant, car la nutrition des éléments tactiles de la membrane, assurée parla choroïde, peut ne pas souffrir du trouble vasculaire du nerf optique et ce n'est que plus tard que les conducteurs nerveux deviennent incapables de remplir leur fonction. II y a entrave non à l'impression lumineuse, mais à sa transmission. Dans d'autres cas, l'anémie papillaire survient du fait d'un traumatisme, qui a rompu le nerf au niveau du segment parcouru par les vaisseaux centraux, alors elle se montre aussitôt que la cécité. Si la rupture est plus voisine du trou optique, la cécité existe tout d'abord et plus tard apparaissent les modifications vasculaires de la papille. Enfin, au moment de l'attaque épileptique, le spasme vasculaire entraîne une obnubilation, une perte de vision, liées sans doute à l'état des centres visuels tout autant qu'à celui de leur expansion périphérique.

Page 1