CHAPITRE LXXXIX TUMEURS DU NERF OPTIQUE
Les tumeurs du nerf optique sont rares ; Jocqs dans sa thèse (1887) en relate seulement 62 observations.
Elles se voient surtout chez les jeunes gens au-dessous de vingt ans (64,4 p. 100), et, passé cet âge, rien ne prouve que le malade dans les autres cas n'en fût pas porteur depuis longtemps. Elles seraient aussi plus fréquentes chez la femme, qui est relativement moins exposée que l'homme aux autres affections du nerf optique. Enfin, comme pour les autres néoplasmes, on invoque assez souvent (26 p. 100) dans leur étiologie l'influence d'un traumatisme.
Au point de vue clinique, l'anatomie pathologique de ces tumeurs n'offre que peu d'importance, le diagnostic de nature n'étant d'ordinaire posé qu'après examen macroscopique. Jocqs dans sa statistique a relevé des sarcomes (10), myxo-sarcomes(lO), myxomes (9), fibromes1 (4), fibro-sarcomes (3), fîbro-myxomes (3), myxome fascicule (1), gliomes (3), glio-sarcomes (2), glio-myxomes (1), psammomes (3), névromes (3), névrome médullaire-alvéolaire (1), squirrhe (1), tumeur fibro-nucléolaire (1), endothéliomes (2). De ces tumeurs Ton peut rapprocher la tuberculose du nerf optique signalée par Gruveilhier sous forme d'un tubercule gros comme une noisette au centre du nerf optique et par Sattler, qui a vu le nerf optique et ses gaines, puis l'orbite, envahis par le néoplasme.
A l'ophtalmoscope on n'a que très exceptionnellement l'occasion de constater l'envahissement de la papille par la tumeur, laquelle, de règle, se traduit seulement par les signes de la névrite ou de l'atrophie du nerf optique. Tantôt il existe une névrite avec nombreuses apoplexies rétiniennes, tantôt une partie seulement de la papille semble atteinte. Enfin, dans certains cas, toute trace d'inflammation fait défaut, il y a atrophie simple et, si la tumeur siège au delà de l'entrée des vaisseaux centraux dans le cordon nerveux, ces troncs vasculaires ont conservé leur aspect normal. Il est encore fréquent d'observer une forte hypermétro-
(1) Despagnet et Parisotti. Recueil d'ophtalmologie, 1886.
pie de l'œil malade, lorsque la tumeur le comprime et aplatit sou pôle postérieur.
Objectivement la mobilité du globe oculaire et son exophtalmie doivent attirer l'attention : mais on n'y trouve que rarement les bases d'un diagnostic différentiel avec les tumeurs de la profondeur de l'orbite. Sans doute en raison de la position même de la tumeur au centre de Vntonnoir musculaire, il est naturel que les mouvements du globe soient tous conservés ou tous également réduits, jusqu'à ce que le néoplasme s'étant développé dans une direction particulière l'action de certains muscles se trouve empêchée. La réduction régulière de la motilité de l'œil correspond encore à l'exophtalmie typique des tumeurs du nerf optique. Le globe est directement chassé en avant et non latéralement comme dans le cas de tumeur de l'orbite. Ce signe malheureusement n'est pas plus absolu que le précédent ; il suppose un développement sphérique du néoplasme (ce qui n'a pas toujours lieu) autour du nerf optique, qui ne suit pas exactement l'axe de la cavité orbitaire.
Enfin, si la tumeur envahit l'orbite, si consécutivement elle altère la nutrition de l'œil, il en résulte les signes objectifs habituels des tumeurs orbitaires.
La fonction visuelle est plus ou moins rapidement altérée, en général plus rapidement que dans les cas de néoplasme de l'orbite et elle disparait avant même qu'il soit survenu de l'exophtalmie, ce qui démontre que la tumeur agit moins par compression et éparpillement des fibres du nerf optique que par dégénérescence même du tronc nerveux. La vision se perd tantôt sans que le malade accuse de sensation particulière, tantôt il se plaint de douleurs oculaires et orbitaires ou, et ceci est plus important, il accuse de véritables maux de tête avec exaspération pendant la nuit. Alors il est indiqué de rechercher s'il n'existe pas quelque autre signe de propagation intra-crânienne (étourdissements, bourdonnements d'oreilles, attaques épileptiformes).
La marche et le pronostic des tumeurs du nerf optique dépendent de l'âge du sujet et surtout de la nature du néoplasme. Plus rapide dans la jeunesse, l'affection a duré d'après M. Jocqs, deux ans au plus dan» 21 cas, cinq ans au plus dans douze cas et plus de cinq ans dans 12 cas également.
Les dangers de propagation orbitaire et crânienne, les désordres oculaires que cause l'exophtalmie, justifient l'intervention chirurgicale dès que le diagnostic est posé; la cécité de règle existe alors, ce qui doit ùter toute hésitation. Celle-ci de plus est justifiée, lorsque l'on soupçonne que la tumeur s'est propagée dans le crâne, soit en raison de quelques troubles fonctionnels, soit encore parce que, en raison de* son peu de mobilité, elle paraît comme fixée au fond de l'orbite.