MESURE DE L'ASTIGMATISME AVEC L'OPHTALMOSCOPE A RÉFRACTION
A propos des images des lignes droites verticale et horizontale fournies par une lentille astigmatique (p. 686), il a été démontré que seule était nette l'image de la ligne perpendiculaire au méridien emmétrope. Lors donc que, muni de l'ophtalmoscope à réfraction, l'observateur voit nettement une branche verticale de l'artère centrale de la rétine, c'est que le méridien horizontal de l'appareil dioptrique de l'œil observé est au point pour sa rétine. Réciproquement, la vision nette d'une branche vasculaire horizontale, n'est possible / { que si le méridien vertical, à son tour, est / ,--:; au point. Avec ces données, il est possible i Ç=C de mesurer l'astigmatisme. On détermine \ isolément la réfraction de chacun des deux méridiens comme il a été dit lors de l'étude de l'ophtalmoscope à réfraction (voir p. 608); puis, attribuant au méridien horizontal la réfraction déterminée par la visée des vaisseaux verticaux, et réciproquement au méridien vertical celle fournie par les vaisseaux horizontaux, l'on obtient non seulement leur état propre de réfraction, mais encore leur écart, c'est-à-dire le degré de l'astigmatisme, double indication fournie •déjà par la kérastocopie. Ces deux procédés peuvent donc se contrôler réciproquement.
En vue de permettre la mesure de l'astigmatisme, l'ophtalmoscope de Parent est muni d'une troisième roue placée derrière les roues chargées des verres sphériques. Plus petite qu'elles, elle présente une large échancrure destinée à laisser libre le trou du miroir sur lequel doivent être superposés les verres sphériques. En outre, cette roue porte une série de verres concaves cylindriques savoir : — 0,80 D, — 1 D, — 1,50 D, — 2 D, — 2,50 D, — 3 D, — 3,50 D, — 4 D, — 5 et — 6 D. Ces verres se succèdent devant le trou central du miroir quand on tourne la roue de gauche à droite, et au-dessous de chacun est inscrite leur graduation. Afin de pouvoir donner à l'axe des cylindres la direction voulue, la roue se mobilise latéralement et suit les mouvements d'une aiguille sur un cadran, dont le zéro correspond au méridien vertical, c'est-à-dire
Ophtalmoscope à réfraction de Parent.
au manche de l'instrument. Le cadran est gradué de 0 à 90° de chaque côté du méridien vertical, et Taxe des cylindres est toujours perpendiculaire au méridien indiqué par l'aiguille. Lors donc qu'on a déterminé la direction du méridien le moins réfringent, on donnera à l'aiguille une direction perpendiculaire et les verres cylindriques viendront se placer devant l'œil de telle façon que leur axe étant parallèle au méridien le moins réfringent, celui-ci ne sera pas modiûé, tandis que le méridien perpendiculaire, le méridien le plus réfringent, subira l'action de la lentille cylindrique concave.
Supposant l'observé atteint d'astigmatisme mixte, savoir d'une hypermétropie de 1 dioptrie dans le méridien horizontal et d'une myopie de 4 dioptries dans le méridien vertical, Parent dit : « Je fais passer dans mon ophtalmoscope h- 1 D sphérique, avec lequel je vois nettement le double contour des vaisseaux verticaux; avec + â D, je vois moins bien ces mêmes vaisseaux ; l'hypermétropie du méridien horizontal est donc bien -h 1 D. Le méridien le moins réfringent une fois déterminé, je place l'aiguille de mon ophtalmoscope parallèlement aux vaisseaux nettement perçus, et je tourne la roue des verres cylindriques, jusqu'au moment où je vois distinctement les vaisseaux horizontaux.
t Dans l'exemple je m'arrêterai au cylindre — 8 D.
« En même temps que les vaisseaux horizontaux sont devenus nets, le bord supérieur et le bord inférieur de la papille, d'abord troubles et confus, sont devenus nets aussi, et la papille primitivement elliptique est devenue ronde, à contour bien délimité.
« Que les méridiens principaux soient droits ou obliques, cela est indifférent, puisque lophtalmoscope permet de placer l'axe des cylindres dans toutes les directions.
t D'une façon générale, on va à la recherche du méridien le moins réfringent, par conséquent du plus hypermétrope s'ils sont tous les deux hypermétropes; du moins myope s'ils sont tous les deux myopes; le méridien le moins réfringent étant rendu emmétrope par le verre correcteur, il suffit de faire passer les différents cylindres concaves pour corriger le méridien le plus réfringent. »
En résumé : 1° avec les verres sphériques, rendre emmétrope le méridien le moins réfringent; 2° diriger l'aiguille de la roue des cylindres parallèlement aux vaisseaux vus nets ; 3° faire passer les cylindres . jusqu'à ce que l'image du fond de l'œil soit nette en tous ses points.
L'un de nous a fait construire * un ophtalmoscope à réfraction qui, comme op. le verra dans sa description, présente sur celui de Parent de sérieux avantages. L'ophtalmoscope de Despagnet se compose de deux roues. L'une ne contient que des verres sphériques. Elle est percée à la
(1) Le premier modèle a été fait par M. Nachet, jeune.
ASTIGMATISME 699
périphérie d'une double série de trous. La plus externe contient les verres concaves au nombre de 15, comprenant les 0,50, 1, 1,50, 2, 3, 4, S, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20 et 28 dioptries. La série interne porte les verres sphériques convexes au nombre de 11 : les 0,50, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 10, 15 et 20 dioptries. Le diamètre des verres est de 0,006.
Pour amener la série des verres convexes au niveau du trou du miroir, on saisit la roue entre le pouce et l'index et on la pousse du côté du trou. Le centre de la roue est muni d'un ressort en huit de chiffre qui glisse le long d'une goupille et sert à maintenir la roue des sphériques dans la position concentrique ou excentrique qu'on lui donne par rapport à la seconde roue qui porte exclusivement une série complète
Ophtalmoscope à réfraction de Despagnet.
Fig. 337. Fig. 338.
de verres cylindriques concaves au nombre de 13 : les 0,50, 1, 1,50, 2, 2,50, 3, 3,50, 4, 4,50, 5, 6, 7 et 8. Tous ces cylindres passent à axe horizontal devant le trou du miroir quand celui-ci est placé dans l'axe du manche qui soutient l'instrument. Ce qui constitue l'originalité de cet ophtalmoscope, c'est que, pour amener les cylindres aux différents axes de 0 à 80°, il ne faut pas rendre excentrique la roue qui les porte. Cette roue est fixe et ne peut se déplacer. C'est la plaque pleine qui porte les miroirs en avant, qui, mobile autour du centre, permet d'amener le miroir et le trou dont elle est percée dans la position de l'axe qu'on désire. En même temps, grâce à un mouvement d'horlogerie, le miroir à court foyer décrit une rotation sur son axe, lui permettant de se trouver toujours dans la position primitivement donnée. La plaque pleine, qui recouvre les roues en arrière et qui est fixe, porte, marqué à sa péri-
phérie, un cadran horaire sur lequel on lit le degré d'inclinaison dans lequel se trouve placé le miroir, degré qui est celui de Taxe du cylindre qui passe à ce niveau.
L'ophtalmoscope porte trois miroirs, l'un d'un foyer de 8 centimètre3 et incliné de 35°, inclinaison que l'on fait à volonté à droite ou à gauche en appuyant sur l'un des côtés du miroir, qui reste fixe dans la position donnée grâce à un ressort en forme de pied de biche. Du côté diamétralement opposé sont deux miroirs adossés, l'un concave de 23 centimètres de foyer, l'autre plan. Ils sont contenus et fixés dans une cupule par un double anneau. On obtient l'un ou l'autre en les sortant de la cupule et en les retournant. Grâce à un système de goupille à glissement, on repousse cette cupule vers le centre quand on veut remettre l'instrument dans sa gaine pour qu'il tienne moins de place.
La lecture des verres sphériques, qui passent devant l'observateur, se fait pour les concaves (cercle excentrique) en arrière, pour les convexes (cercle concentrique) en avant au niveau d'un trou dont est percée la plaque mobile. Les cylindres se lisent en arrière.
Au-dessus du miroir à court foyer se trouve, adhérente à la plaque antérieure mobile, une petite tige que l'on met, comme dans l'ophtalmoscope Parent, parallèle aux vaisseaux vus les premiers les plus nets. Les verres cylindriques passent devant le trou du miroir à axe perpendiculaire sur cette tige.
Les qualités de cet instrument sont : 1° la série très complète de verres qu'il porte ; 2° la propreté des verres qui sont toujours recouverts ; 3° la facilité qu'il donne de se rapprocher le plus possible de l'œil examiné, ce qui n'est guère facile quand on rend excentrique la roue des cylindres, cette manœuvre augmentant notablement le diamètre de l'ophtalmoscope au point d'être gêné par le nez de l'observé, contre lequel vient porter la roue. L'instrument est très facilement démontable. Il est léger, gracieux, et d'un petit volume.