‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 307 sur 443 · I. - LUXATION ET AVULSION · texte numérisé non relu

I. - LUXATION ET AVULSION

Lorsque sous l'action d'une violence extérieure l'œil est projeté en avant hors de la fente palpébrale, il y a luxation du globe. Celui-ci est arraché lorsque l'organe a perdu ses connexions avec ses nerfs, vaisseaux et muscles. Il y a lieu de simplement signaler ici le déplacement que subit l'œil lorsque le plancher de l'orbite lui fait défaut, après une fracture ou une résection du maxillaire supérieur. Les désordres fonctionnels en pareil cas se rapprochent de ceux qui résultent du déplacement de l'œil par compression, ils seront étudiés plus loin.

Plus l'œil est saillant et l'orbite peu profonde, plus la luxation ou l'arrachement de l'œil est facile. En général, le point d'application de l'agent du traumatisme se trouve en bas et en dehors, l'œil est chassé en haut et en dehors par le pouce de certains lutteurs, de malades en délire, par la corne d'un animal. On a encore vu la lésion survenir à la suite d'une chute sur l'anneau d'une clef fixée dans la serrure. L'œil alors est enlevé comme d'un coup de curette.

Si dans le but de se rendre compte de l'efTort nécessaire pour luxer l'œil, un opérateur vigoureux saisit le nerf optique avec un double crochet, il ne peut arriver à autre chose qu'à sectionner le tronc tout près de son implantation oculaire. L'arrachement du nerf optique et par suite de l'œil dans ces conditions est impossible. Pour que la luxation se produise, il faut que l'agent du traumatisme (pouce, corne) ou bien agisse à la manière d'un coin sur tout le contenu de l'orbite qu'il broie et déchire plus ou moins, ou bien qu'il saisisse avec le globe tout l'entonnoir

que lui constituent les organes afférents, qu'il les étire, les déchire ou les coupe.

Ces mécanismes du déplacement ou de l'arrachement de l'œil expliquent que, si le globe de l'œil conserve souvent son intégrité, les organes voisins sont très différemment altérés dans chaque cas particulier. Le nerf optique étiré peut parfois être relativement assez indemne pour permettre le retour de la vision après réduction de l'œil ; mais, même dans ce cas heureux, l'on doit craindre que la cécité ne survienne par névrite rétro-bulbaire.

Le globe de l'œil retenu par les débris de ses annexes et en particulier par le nerf optique fait saillie hors de l'orifice palpébral, il repose sur le bord inférieur de l'orbite, parfois même pend sur la joue, fixé plus ou moins par les paupières fermées derrière lui. Rarement il y a eu hémorrhagie, mais les tissus sont ecchymoses, plus ou moins déchirés ou contus, ils ne tardent pas àse tuméfier, en même temps que la transparence de la cornée s'altère. Il est donc indiqué de réduire l'œil le plus rapidement possible. Alors, en effet, après désinfection, extraction des caillots et des corps étrangers logés derrière les paupières, on écarte ces dernières au moyen de deux larges écarteurs; au besoin d'un coup de ciseaux on fend la commissure externe, puis une pression modérée, mais continue surmonte les résistances et brusquement l'œil reprend sa place. Cette réduction, quoique alors plus difficile à obtenir, sera encore tentée après le développement d'accidents inflammatoires, quitte à recourir ensuite à l'extirpation de l'œil s'il venait à se sphacéler ou s'il survenait un phlegmon de l'orbite.

Une dernière particularité à signaler, c'est la précaution que doit toujours prendre le médecin, en cas d'avulsion complète et de disparition du globe, de faire constater le dégât par l'intéressé ou son entourage. Il peut en effet arriver que l'absence de l'œil passe tout d'abord inaperçue grâce à l'infiltration sanguine des paupières.

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