II. - COMMOTION, CONTUSION, ECLATEMENT
Par commotion et contusion de l'œil il faut entendre diverses lésions que l'agent vulnérant provoque sans pénétrer lui-même dans l'épaisseur des tissus de l'organe. Tantôt il imprime au globe un état de vibration rapide et énergique, tantôt il détermine une dépression localisée d'une petite portion de sa surface, ou bien il l'aplatit momentanément.
Aussitôt après un pareil traumatisme, dit Arlt, ou peu de temps après, l'œil peut présenter, outre les symptômes du côté des paupières, les phénomènes suivants : suffusion sanguine de la conjonctive; trouble de la cornée avec inflammation ou suppuration consécutive, qui tantôt
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LÉSIONS TRAUMATIQUES
s'accompagne d'une légère solution de continuité à la surface de la membrane, tantôt laisse cette surface intacte; rupture de la sclérotique dans la région voisine de la cornée, très rarement dans sa moitié postérieure; épanchement sanguin dans la chambre antérieure; déchirure plus ou moins marquée de l'iris; paralysie du sphincter irien (rarement contraction spasmodique); paralysie de l'accommodation; rupture de la zonule de Zinn avec modification plus ou moins prononcée dans la position et la forme du cristallin; rupture de la choroïde avec hémorragie dans le corps vitré; enfin troubles de la fonction rétinienne.
Fig. 364.
Contusion du globe (choc sur la cornée).
Fig. 365.
Contusion du globe (choc porté en bas).
Ces désordres groupés différemment suivant les cas ont déjà été étudiés, aussi il suffira ici de rappeler leur mécanisme de production. Deux faits importants tout d'abord doivent être relatés : 1° le contenu liquide et incompressible du globe est enveloppé de membranes fort peu extensibles et 2° la coque oculaire est plus qu'à moitié enfouie dans le tissu adipeux de l'orbite et ce matelas élastique empêche le contact direct du globe et des parois orbitaires, d'où l'impossibilité d'admettre une compression partielle au point diamétralement opposé au point d'application de la violence. Cette dernière du reste perd une partie de sa force, car, au moment du choc, le globe tourne sur lui-même, sauf le cas où la direction du coup est perpendiculaire à la surface tangente au point frappé. Ici la coque se déprime et grâce à son contenu liquide incompressible, la pression est transmise d'une façon uniforme dans toutes les directions. D'autre part, si l'on considère le point d'application de la force contondante comme l'un des pôles d'une sphère dont Taxe serait donné par la direction de la force, l'œil doit se dilater à l'équateur de cette sphère, et cela d'autant plus qu'il existe une large surface de résistance au pùle opposé.
La transmission uniforme de l'exagération de la pression interne de
l'œil explique qu'on n'observe pas de lésion rétinienne au point diamétralement opposé àcelui qui a été frappé. De plus, la distension équatoriale rend compte de la localisation habituelle et de la direction des déchirures de la choroïde tiraillée entre ses insertions fixes, qui se font suivant trois circonférences : près de l'équateur, autour du pôle postérieur et autour de la zone scléroticale.
De même encore la dilatation de l'anneau scléro-cornéen entraine la déchirure de la zonule et la rupture de la cristalloïde, lésions qui succèdent aussi aux fortes oscillations que peut subir le cristallin sous l'influence d'un simple choc de l'œil.
Enfin, quand la violence atteint un certain degré, l'œil éclate sous la pression des liquides qu'il renferme. Le plus ordinairement c'est la sclérotique qui cède en un de ses points faibles au voisinage de l'insertion des muscles droits, et, en général, non pas au point directement frappé, mais plutôt au point diamétralement opposé.
Le chirurgien doit diriger le traitement, suivant la variété des désordres, suivant les lésions prédominantes. D'une façon générale si la contusion est légère, sans désordres anatomiques sérieux, le repos de l'organe, quelques lotions froides suffisent. Plus grave, elle réclame l'application d'un pansement compressif, mais surtout une désinfection sérieuse en vue de prévenir la suppuration; à cet effet, aux lavages avec la solution de sublimé au l/2000e ou de biiodure au 1/20000®, aux pulvérisations boriquées, il est indiqué d'adjoindre les applications permanentes de glace, s'il y a réaction inflammatoire, quelques injections de morphine pour calmer les douleurs, voire même l'application de quelques sangsues à l'angle externe de l'œil.