I. - DÉSORDRES DES MOUVEMENTS PARALLÈLES HORIZONTAUX
Déviation conjuguée de la tête et des yeux. — Les désordres des mouvements parallèles horizontaux constituent le phénomène clinique de la déviation conjuguée des yeux, souvent encore de la déviation conjuguée de la tête et des yeux.
Chez certains malades, et en particulier chez les apoplectiques, on observe que la tête est invinciblement tournée de côté, en général vars le côté non paralysé, et que les yeux sont également déviés dans le même sens. Il y a déviation conjugée de la tète et des yeux.
Parfois la déviation des yeux se présente sans la rotation de la tête ; parfois il existe en plus du nystagmus. Enfin, si le malade a sa connaissance, on peut lui faire déplacer le regard vers le côté paralysé, mais d'ordinaire les axes oculaires ne dépassent pas la ligne médiane et, abandonnés à eux-mêmes, les yeux reprennent leur position primitive.
Si l'apoplexie aboutit à la mort, ou bien la déviation conjugée persiste jusqu'à la fin, ou bien elle disparait à l'agonie avec la résolution générale de tous les muscles. Lorsque l'attaque se dissipe et laisse de l'hémiplégie, de règle la déviation disparaît rapidement.
Ce symptôme ne serait pas en rapport avec la lésion d'un point spécial du cerveau; on l'observe en effet dans les atteintes de l'écorce, des méninges, des hémisphères, de la base du mésocéphale... Quand la déviation conjuguée doit être attribuée à une lésion corticale, l'altération siège le plus souvent dans les circonvolutions qui coiffent le fond
de la scissure de Sylvius et le pli courbe (centres 1, 13* et 14 de Ferrier) (Grasset). Gc serait là le centre cortical présidant aux mouvements associés des yeux qui dirigent ceux-ci du côté opposé. Mais à côté de lui, il en existerait un second dans la région des circonvolutions frontales, en particulier à hauteur du pied des premières et deuxièmes frontales, et à ce niveau des lésions peuvent provoquer le symptôme de la déviation conjuguée, reproduit expérimentalement par Ferrier.
Au niveau du mésocéphale, sur le plancher du quatrième ventricule, les altérations pathologiques d'une région très limitée (eminentia teres, noyau de la sixième paire) se traduisent également par le même phénomène (Graux).
Pour Vulpian et Prévost : « dans les lésions des hémisphères, le sens de la déviation indique le côté de la lésion ; le malade regarde l'hémisphère atteint » ; et, d'après Desnos, dans les lésions du mésocéphale, la déviation vers le côté paralysé est caractéristique. Ces deux lois ont été revisées.
D'après Grasset, dans les lésions d'un hémisphère, quand il y a déviation conjugée, le malade regarde ses membres convulsés s'il y a excitalion, et regarde sa lésion, s'il y a paralysie. Mais, quand on arrive au mésocéphale, à partir d'un point mal défini, le sens de la déviation change parce que les effets sur l'oculo-moteur externe deviennent directs; et alors renversant pour le mésocéphale ce qu'il a écrit à propos des hémisphères, Grasset dit : le malade regarde ses membres paralysés s'il y a paralysie, et sa lésion s'il y a excitation.
Pour expliquer la déviation conjuguée des deux yeux vers le même côté, il faut admettre une paralysie ou une convulsion simultanée du droit externe d'un côté et du droit interne de l'autre, c'est-à-dire de l'oculo-moteur externe qui innerve à la fois le droit externe de son côté et le droit interne opposé dans les mouvements synergiques ou conjugués des deux yeux.
Les symptômes concomitants ou ultérieurs devront servir à fixer le diagnostic de monoplégie ou de monospasme oculo-moteur unilatéral. La coexistence d'une hémiplégie gauche par exemple fera admettre une monoplégie par lésion cérébrale droite.