CHAPITRE VI SYPHILIS DE LA PAUPIÈRE
Les paupières peuvent présenter des altérations aux différentes périodes de la syphilis, toutefois la lésion la plus commune est le chancre primitif induré. De nombreuses observations en ont été publiées. On en trouvera la bibliographie dans une thèse très bien faite sous l'inspiration de M. Fournier par le Dr Nivet (Paris 1887). Nous en avons, en 1881, rapporté un cas très intéressant par son mode de production que nous avons pu reconstituer.
Le chancre palpébral se développe d'ordinaire sur la limite marginale delà paupière, à cheval en quelque sorte sur le rebord ciliaire. Il affecte la forme ronde et ses caractères sont toujours très nets. L'induration de ses bords, taillés à pic, est très facile à constater. Il empiète davantage sur la peau que sur la muqueuse qui s'injecte dans le voisinage ; il provoque du larmoiement. Les ganglions voisins, préauriculaire, sous-maxillaires, ou parotidiens sont engorgés.
Sur le bord palpébral, l'infection est d'autant plus aisée que cette région est souvent le siège d'excoriations. Le chancre évolue rapidement, mais n'amène que très tardivement des désordres prononcés de la paupière.
Le chancre palpébral peut être confondu avec l'épithéliôma. On établira le diagnostic différentiel par l'âge des malades, par l'historique de la marche de l'ulcère. L'épithéliôma ne se rencontre d'ordinaire qu'après la quarantième année, le chancre s'observe plutôt chez les jeunes gens. L'ulcère syphilitique a une évolution rapide, l'épithéliôma au contraire, relativement lente.
Les ulcérations de la période secondaire peuvent aussi se rencontrer aux paupières. C'est sous forme de pustules ou de papules qu'elles se présentent d'abord, et plus spécialement chez les enfants. Toutefois on peut aussi, quoique plus rares, les voir chez les adultes. Ces ulcérations ne sont jamais isolées, mais multiples, leurs bords irréguliers et mous. D'ailleurs on trouve sur les autres régions du corps d'autres manifestations de la diathèse.