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CHAPITRE CXLI ANATOMIE

Symétriquement placées de chaque côté de la ligne médiane, les cavités orbitaires ont la forme de pyramides quadrangulaires, dont les deux axes antéro-postérieurs, obliques en arrière, en haut et en dedans, prolongés se rencontreraient au niveau de l'occipital. Leur capacité est très variable suivant les âges et les individus et comme moyenne seulement, on peut accepter les chiffres donnés par de Wecker qui mesure

du trou optique à l'angle interne 40 à 41 millimètres.

— à l'angle externe 43 —

— à la voftte de l'orbite .... 43 —

— au plancher de l'orbite ... 46 — Diamètre transversal de la base 37 —

— vertical de la base 35 —

Il est encore à remarquer que la partie la plus large de l'orbite ne répond pas à la base de la pyramide, mais se trouve située environ 1 centimètre en arrière de cette base.

Au point de vue anthropologique, le rapport qui existe entre la somme des capacités des deux orbites et la capacité du crâne, fournit Yindice céphalo-orbitaire, dont la moyenne serait, d'après Montegazza, de 27,2 et les écarts extrêmes, 22,7 et 36,8. La capacité de chacune des orbites serait à peu près la huitième partie de la capacité du crâne. Autrement encore, en anthropologie, Ton désigne sous le nom d'indice orbitaire le rapport centésimal du diamètre vertical de la base de l'orbite à son diamètre transversal. Les deux diamètres à la naissance, sont à peu près

égaux, mais le diamètre transversal progressant avec l'âge, plus rapidement que le vertical, l'indice orbitaire devient inférieur à 100 et d'après Broca, il y aurait lieu d'e'tablir trois groupes d'indices — groupe mégasème (<nr)|J.a, indice) quand l'indice est de 89 ou plus, groupe microsème quand l'indice mesure 83 ou moins, — enfin le groupe intermédiaire ou mésosème.

La longueur, la direction, la résistance et les rapports de chacune des parois orbitaires intéressent le chirurgien, qui doit intervenir dans l'orbite. La première donnée a déjà été signalée ; quant aux lignes géné-

Fig. 423.

Coupe frontale des orbites, des fosses nasales et des sinus maxillaires.

1, voûte palatine; — 2, arcade dentaire ; — 3, 3, fosses cérébrales ; — 4, apophyse crista galli; — 5, 5, apophyse orbilaire du frontal; — 6. cornet supérieur; — 7, cornet moyen ; — 8, cornet inférieur ; — 9, 10 et 11, méats supérieur, moyen et inférieur; — 12, cloison des fosses nasales; — 13, cellules elhmoïdales; — 14, cavité orbitaire; — 15, sinus maxillaire; — 16, os jugal.

raies de direction des surfaces osseuses, d'une façon générale elles convergent vers le sommet de l'orbite, c'est-à-dire la partie la plus large de la fente sphénoïdale; mais, tandis que les deux latérales sont planes, que l'interne est antéro-postérieure et l'externe fortement oblique en dedans, les deux autres parois, la supérieure surtout, sont profondément excavées en avant, et dessinent assez bien une S italique. Très résistante en dehors où elle répond à la fosse zygomatique, moyennement épaisse en haut où elle forme le plancher de la fosse cérébrale antérieure, mince en bas au-dessus du sinus maxillaire, la paroi osseuse orbitaire en dedans, est papyracée au niveau des cellules ethmoïdales. Interrompue en dehors et en bas par la fente sphéno-maxillaire et la

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gouttière sous-orbitaire que masque le périoste, elle présente encore : 1° le trou, ou mieux, le canal optique qui, situé à l'extrémité postérieure de l'angle supéro-interne, donne passage au nerf optique et à l'artère ophtalmique ; 2° la fente sphénoïdale que traversent les nerfs des troisième et quatrième paires, la branche ophtalmique du trijumeau,

Fig. 424.

Paroi interne de l'orbite.

A. portion orbi taire du frontal; — B, portion orbilairedu maxillaire supérieur; — C, portion orbi taire de l'ethmoïde ; — D, os unguis; — E, gouttière du canal nasal; — F, sphénoïde; — G, trou optique; — H, sinus maxillaire; — L, sinus sphénoïdal; — I, J, trous orbilaires internes.

la sixième paire, la veine ophtalmique, un prolongement de la duremère et une artériole, branche delà méningée moyenne.

La base de l'orbite se caractérise par l'épaisseur, la résistance, la solidité du squelette comparées à sa minceur, sa fragilité dans la cavité proprement dite. Une coupe perpendiculaire y montre que le rebord osseux présente partout, sauf à la partie supéro-interne, une base large et un rebord plus ou moins tranchant. Ce dernier est creusé d'une échancrure ou d'un trou destiné au nerf et à l'artère sous-orbitaires, orifice qui, situé à l'union des tiers moyen et interne du bord supérieur, se trouve sur la verticale du trou sous-orbitaire, d'où émergent audessous du bord inférieur, l'artère et le nerf sous-orbitaires .

Il n'y a pas lieu de faire ici une étude complète du contenu de l'or-

Fig. 425.

Fente sphènoïdale et tendon de Zinn.

i, fente sphénoïdale; — 2, tendon de Zinn; — 3, veine ophtalmique ; — 4, nerf lacrymal; — 5, nerf frontal ; — 6, nerf pathétique ; — 7. nerf naso-ciliaire; — 8, nerf moteur oculaire externe; — 9 et 11, nerf moteur oculaire commun; — 10, nerf nasal; — 12, veine orbitaire; — 13, trou optique; — 14, veine ophtalmique ; — 15, nerf optique,

bite ; dans les chapitres précédents, il a déjà été question de la plupart des parties qui le constituent.

MoS-

M.d./'nt

j M M.dmf,

Coupe transversale et verticale de l'orbite (à 5 millimètres en avant du trou optique).

M.d. inf., muscle droit inférieur; — H. d. t'nf., muscle droit interne , — M. o. «.m., oblique supérieur; — M. e. p. *., élévateur de la paupière supérieure; — M. d. *., droit supérieur; — M. d. e., droit externe; — A. o. artère ophtalmique; — A. e. r., artère centrale do la rétine; — V. o., veine ophtalmique; — 1, nerf ophtalmique de Willis (sus-orbitaire, lacrymal, nasal); — 2, filets du moteur oculaire commun ; — 2, au droit supérieur; — 3, aux droits interne et inférieur ; — 4, à l'oblique inférieur;— 5, nerf pathétique ; — 6 , nerf moteur oculaire externe; — 7, ganglion ophtalmique.

Pour prendre une idée d'ensemble du contenu orbitaire, il convient de considérer une série de coupes transversales et verticales menées per-

;le* i

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pendiculairement à Taxe de la cavité. La plus postérieure, comme l'indique le schéma (6g. 425, passant tout contre, la fente sphénoïdale et le canal optique montre dans ce dernier le nerf optique avec l'artère ophtalmique circonscrite par les insertions musculaires, puis émergeant de la fente osseuse, se voient la veine ophtalmique et les différents filets nerveux, savoir, trois nerfs moteurs, les oculo-moteurs commun et externe, le pathétique, et les filets sensilifs fournis par la branche

Mr/e.A

Me/./ /i/.

Fig. 427.

,u w Coupe transversale et verticale de l'orbite (en arrière du globe oculaire).

A. o., artère ophtalmique; — A. c, artères et nerfs ciliaires; — A. /., artère lacrymale; — A. *., artère sus-orbilaire; — V. oM veine ophtalmique; — V. /., veine lacrymale; — 1, nerf sus-orbi taire ; — 2, nerf nasal ; — 3, filets de l'oblique inférieur; — 4, nerf lacrymal. (Pour les muscles, mêmes lettres que •dans la figure précédente.)

ophtalmique du trijumeau. Dans les deux coupes ci-jointes (fig. 426 •et 427), on constate sur la première située à S millimètres en avant du trou optique, que le nerf optique est exactement placé dans Taxe du contenu orbitaire, que l'artère ophtalmique est divisée en deux branches dont Tune se trouve placée sous le nerf et que l'artère centrale est déjà visible, enfin que la veine ophtalmique elle aussi, est divisée en deux branches situées en haut et en dehors, entre les droit supérieur et externe. Sur la deuxième coupe, tout auprès du globe oculaire, le nerf optique n'occupe plus Taxe de l'orbite, il s'est

MMIER ET DESPAGNET. 56

rapproché de la paroi inféro-externe, les vaisseaux centraux ont pénétré dans son épaisseur, le faisceau ciliaire vasculo-nerveux l'enveloppe, enfin la veine ophtalmique s'est rapprochée de lui.

Si Ton considère le nerf optique comme le centre de la loge orbitaïre, on voit que, partant des parois pour arriver à ce centre, l'anatomiste trouve de dehors en dedans : 1° un peu de tissu cellulo-graisseux en contact extérieurement avec le périoste orbitaire; 2° une couche musculaire, simple ou double, selon les parois ; 3° du tissu cellulo-graisseux formant

Fig. 428.

Nerfs de l'orbite.

1, I, nerf optique; — 2, ganglion de Gasser; — 3, nerf maxillaire inférieur ; — 4, nerf maxillaire supérieur; — 5, branche ophtalmique de Willis; — 6, 6, nerf moteur oculaire commun ; — 7, sou rameau du droit supérieur et de l'élévateur de la paupière supérieure; — 8, son rameau interne, dont un filet se porte dans le droit interne; — 9, dans le droit inférieur; — 10, dans le petit oblique ; — 11, rameau du ganglion ophtalmique (courte racine); — 12, nerf pathétique; — 13, nerf moteur oculaire externe; — 14, branche frontale de l'ophtalmique de Willis; — 15, nerf lacrymal coupé; — 16, nerf nasal, d'où partent; — 17, la longue racine du ganglion ophtalmique; — 18, les nerfs ciliaires fournie par le nasal ; — 19, le nerf ethmoTaal ; — 20, le nerf nasal externe ; — 21, ganglion ophtalmique ; — 22. sa racine ganglionnaire; — 23, 23, uerfs ciliairos du ganglion ophtalmique.

une masse conique comprise entre les muscles droits et traversée seulement par des nerfs et des vaisseaux de petit volume ; 4° le nerf optique entouré de sa double gaine. C'est dans le tissu adipeux que passent les branches vasculaires et nerveuses, pour se rendre à leur destination. Enfin, sans y insister autrement, il convient de signaler la disposition spéciale des vaisseaux de l'orbite. D'un côté la circulation artérielle, localisée pour ainsi dire dans un tronc unique, n'a que peu de relations avec les parties voisines. De l'autre côté, au contraire, la veine ou les veines orbitaires communiquant largement, d'un côté, avec les canaux veineux de la face, de l'autre avec les sinus crâniens, par l'intermédiaire du sinus caverneux, dans lequel elles viennent se jeter.

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Développement. — De Tare maxillaire naissent trois arcs secondaires, dont le plus élevé prend le nom d'arc secondaire maxillaire supérieur. Le développement de ce bourgeon latéral donne lieu à la formation de deux fentes, Tune au-dessus, l'autre au-dessous de lui. La fente supérieure est dite fronto-maxillaire ; l'inférieure, fente branchiale intermaxillaire. La première ne s'oblitère que dans sa moitié postérieure. Dans sa partie antérieure, elle livre passage à un prolongement des lobes antérieurs du cerveau et forme la cavité de l'orbite. Le bourgeon frontal, ou intermaxillaire descendant sur le plan médian, complète en dedans la paroi orbitaire.

ICj

Un arrêt de développement ou un développement anormal des parties constitutives de la cavité orbitaire entraînent certaines déformations dont les unes modifient seulement la physionomie du sujet, dont les autres accompagnent des lésions congénitales incompatibles avec la vie.

On signale parfois la profondeur trop considérable des orbites, d'où renfoncement des yeux et une expression de dureté du regard toute particulière. À l'opposé, l'orbite est très peu profond, l'œil fait une saillie exagérée, le regard semble comme hébété.

Tantôt l'un des diamètres de l'ouverture orbitaire est énorme par rapport à l'autre, un des bords fait une saillie anormale en avant, une des parois et surtout l'externe, est rudimentaire. Autrement les orbites sont imperforées, ou bien leur étroitesse se complique de l'absence de l'organe visuel. Enfin les deux cavités s'ouvrent à des hauteurs inégales sur le visage, elles sont anormalement écartées ou, au contraire, elles se rapprochent et peuvent se fusionner. Il y a cyclocéphalie. '

La cyclocéphalie résulte d'un trouble grave survenu dans le développement de la partie supérieure de la face et de la région antérieure de l'encéphale. Le bourgeon frontal, nul ou rudimentaire, ne s'enclave pas entre les bourgeons maxillaires inférieurs, par suite l'appareil olfactif, réduit à un appendice inséré à la partie inférieure du frontal, ne s'oppose pas à leur accolement sur la ligne médiane. Les deux fissures frontomaxillaires se réunissent en une seule fente à direction transversale dans la région orbitaire, puis se confondent dans le plan médian depuis l'orbite jusqu'à la bouche. Les deux orbites ne forment plus qu'une cavité unique, et les deux yeux, souvent arrêtés à une certaine phase de leur évolution, se rapprochent l'un de l'autre, se soudent et même se fusionnent en un seul globe.

Entre l'état normal et l'orbite unique du cyclocéphale on peut trouver tous les degrés de malformations intermédiaires par suite de la persis-

tance d'une fosse nasale rudimentaire entre les deux cavités orbitaires qui tendent à se fusionner.

La forme de la cavité orbitaire unique offre quelques variétés. Tantôt elle est très allongée dans le sens transversal ; tantôt, au contraire, sa base est assez régulièrement arrondie. Ses dimensions verticales sont souvent exagérées, ce qui n'est nullement en rapport avec le volume des yeux, car on peut trouver une

orbite très large chez un cyclope anophtalme. Cette cavité orbitaire unique est en réalité formée par des surfaces osseuses appartenant aux deux orbites. Sur le plancher on trouve : de chaque côté et en dedans, les deux maxillaires supérieurs avec la gouU tière et le nerf sous-orbitaires ; en dehors, les os malaires. La voûte, presque toujours incomplète, est constituée à peu près exclusivement par les surfaces orbitaires des frontaux, entre lesquelles un oriûce moyen plus ou moins large, occupant la place de l'ethmoïde, fait communiquer le crâne avec l'orbite ; la dure-mère ferme cette ouverture. Les petites ailes du sphénoïde, déviées en avant et déformées, circonscrivent en arrière et de chaque côté cette solution de continuité. Le

trou optique, unique d'habitude, quelquefois double, est souvent confondu en avant avec l'espace ethmoïdal. Les fentes sphénoïdale et sphéno-maxillaire occupent de chaque côté"ïïne situation analogue à celle de l'état normal.

À la réunion des deux orbites se rattache le rapprochement, la soudure et enfin, à un dernier degré la fusion des deux globes oculaires qui, dans certains cas, s'arrêtent dans leur développement ou même avortent. Lorsque ces organes ne forment qu'une seule masse, il est souvent encore facile d'y distinguer les deux yeux ; les deux cornées peuvent rester distinctes, séparées par une bandelette de conjonctive. A un degré plus avancévles deux cornées sont réunies en une seule allongée transversalement. Les deux iris se rapprochent de la même manière. Séparées ou réunies selon le degré de la fusion, les deux

Fig. 429.

Cyclocéphale avec trompe (Lannelongue et Ménard)»

pupilles restent parfois distinctes sur une seule membrane irîenne. Parfois on trouve deux cristallins dans une cavité oculaire, dont Tune des moitiés provient de l'œil droit et l'autre de l'œil gauche. Les nerfs

optiques restent distincts ou se fusionnent comme les globes oculaires.

L'œil double des cyclopes reste constamment à découvert, encadré dans un orifice palpébral losangique à grand diamètre transversal , limité par quatre paupières rudimentaires. Les deux inférieures se réunissent sur la ligne médiane au-dessous d'une petite saillie caronculaire ; on y a parfois trouvé un point et un canalicule lacrymal. Les deux paupières supérieures ne se rejoignent pas au sommet du losange qui est occupé par un pli cutané dépourvu de cils.

Chaque paupière est formée par un simple bourrelet et non par un voile membraneux, aussi malgré la présence de fibres musculaires elles ne peuvent recouvrir l'œil, d'où la physionomie étrange des cyclopes.

Les muscles moteurs de l'œil double, volumineux et de structure normale, y sont plus nombreux que sur un œil normal et moins nombreux que sur les deux yeux isolés.

La vésicule cérébrale enfin a subi le même avortement que les appareils olfactif et optique (Lannelongue et Ménard).-

Fig. 430.

Squelette d'un cyclocéphale (Lannelongue et MénardJ.

1, incisive médiane supérieure; — 2, canine; — 3, Irou so us -orbi taire ; — 4, trou optique unique et médian au sommet de l'orbite unique.

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