PARALYSIE DU RELEVEUR DE LA PAUPIÈRE
Le ptosis * ou chute de la paupière supérieure (blépharoptose) produit en partie ou en totalité l'occlusion palpébrale. Il est toujours le
(1) Bien que, d'après Littré, le mot ptosis soit du féminin/nous l'avons mis au masculin, parce que c'est ainsi que l'a consacré l'usage,
NIMIER ET DESPAGNET. 5
résultat de l'insuffisance ou de la paralysie du releveur. Il est donc bien important de ne pas confondre cet état avec le blépharospasme où le résultat fonctionnel est le même : l'occlusion. D'ailleurs, il est un signe de diagnostic pathognomonique. Dans le ptosis, la paupière est simplement abaissée, on la relève avec le doigt sans aucun effort. Dans le blépharospasme l'occlusion est forcée, violente par suite de la contraction de l'orbiculaire. Pour la vaincre on doit tirer fortement sur la paupière. Dans le premier cas, la paupière est plus ou moins mollasse, inerte, la peau en est bien tendue; dans le second, elle est rigide, présente des trépidations visibles à l'œil nu ou sensibles au toucher, la peau offre des replis longitudinaux comme s'il y avait raccourcissement.
Le ptosis peut être congénital ou acquis.
Congénital, il est la conséquence d'un arrêt de développement du releveur et peut exister d'un seul ou des deux côtés ; où il est traumatique. Le traumatisme alors se sera produit pendant l'accouchement par l'application du forceps.
Le ptosis acquis est ou organique ou paralytique.
Organique, il se rencontre dans tous les cas d'épaississement de la paupière et est le résultat d'une insuffisance du releveur. C'est ainsi qu'on l'observe après les conjonctivites granuleuses ou purulentes, dans les affections longues de la cornée, lorsque les efforts de l'œil pour se garantir de la photophobie ont amené un renforcement de l'orbiculaire par une occlusion trop prolongée. On te trouve à la suite de tumeurs de la paupière, d'oedème, d'éléphantiasis. Enfin, il est certaines personnes chez qui avec l'âge le tissu adipeux s'exagère et amène sur la paupière supérieure un certain degré d'abaissement (ptosis adipeux) ; on l'a signalé comme lié à l'atrophie spontanée du releveur.
Paralytique, il existe à la suite de la paralysie partielle ou totale de la troisième paire qui innerve le releveur.
La paralysie de la troisième paire peut être d'origine centrale et cependant être incomplète (voir le chapitre spécial des Paralysies). Elle peut aussi, incomplète, être d'origine périphérique et le résultat d'une compression dans la cavité orbitaire. Le ptosis pourrait être encore d'ordre traumatique et dû à une section accidentelle du releveur.
Le traitement varie suivant la variété du ptosis et suivant sa cause.
La forme paralytique guérit souvent par le traitement général auquel on ajoute l'électrisation. Cependant il est des cas où toutes les autres branches de la troisième paire ont repris leurs fonctions et le ptosis seul persiste.
Dans la forme organique, si la guérison de l'affection aiguë, qui a pu la produire, n'est pas ancienne, on peut espérer la disparition du ptosis par le massage combiné avec l'électrothérapie.
On a aussi cherché à pallier les inconvénients du ptosis (Mackenzie)
par le port d'une petite baguette d'ivoire qui, cachée dans les replis cutanés, relevait la paupière, par des lunettes spéciales qui portent, adhérant à leur monture, une petite tige remplissant le même but. Enfin on a appliqué des sutures métalliques cutanées laissées en permanence et même des petites pinces spéciales (fîg. 17).
Fis. 17.
Pince à ptosis.
Mais si le ptosis congénital ou acquis, organique ou paralytique est définitif, c'est à l'intervention chirurgicale qu'il faut avoir recours, soit qu'on excise un simple lambeau cutané, soit qu'on affaiblisse par excision l'orbiculaire, soit qu'on diminue la surface du tarse, soit qu'on supprime toute l'épaisseur de la paupière (Boucheron, Gillet de Grandmont), soit enfin que par des sutures spéciales (Dransart, Gillet de Grandmont), on provoque dans toute l'étendue de la paupière une trainée cicatricielle, qui, rejoignant les expansions aponévrotiques du frontal, mette l'action de ce muscle au service de l'élévation de la paupière (voir chapitre Chirurgie des paupières).