TUMEURS DE LA CONJONCTIVE
Les tumeurs de la conjonctive peuvent être divisées en deux catégories, les bénignes et les malignes. Les premières sont : le ptérygion^ les polypes, le dermoïde, les kystes, le pinguécula, le lipome, l'angiome, les fibromes, Yostéôme. Les tumeurs malignes comprennent Yépiihéliôme, le sarcome et le carcinome.
L — PTÉRYGION
Le ptérygion est un pli triangulaire de la conjonctive, pli dont le sommet tend à empiéter sur la cornée, dont la base se perd dans le cul-desac conjonctival. On y distingue un sommet ou onglet, une partie étaiée sur la sclérotique [corps), une portion intermédiaire plus ou moins détachée du plan sous-jacent (col).
La pathogénie du ptérygion n'est pas connue. On a invoqué une irritation de la conjonctive par les poussières extérieures déposées entre les paupières; on a dit qu'il résultait d'une traction exercée sur un point de la muqueuse au niveau du limbe cornéen, traction dirigée vers le centre de la cornée et provoquée par la cicatrisation d'un ulcère, qui, pour quelques autres, se développerait au niveau d'une pinguécula. Une théorie plus moderne (Poncet) fait intervenir l'action de microbes qui, logés entre la cornée et la conjonctive, tendraient à gagner le centre de la première par un véritable travail souterrain. Très rare chez les jeunes sujets et les vieillards, le ptérygion s'observe chez les adultes, principalement chez ceux qui sont exposés à des poussières calcaires (maçons, sculpteurs), chez les marins, chez certains individus qui ont subi quelques traumatismes de la conjonctive. Il serait surtout fréquent dans les pays chauds.
Le plus souvent on ne trouve qu'un ptérygion sur un œil et il siège dans l'angle interne; parfois chaque œil présente un ptérygion interne; plus rarement il existe du même côté un ptérygion interne et un externe ; on a vu quelques cas de ptérygion interne associé avec un autre situé en haut ou en bas, enfin on a observé sur le même œil quatre pté-
rygions correspondant aux insertions des deux muscles interne et externe et des muscles supérieur et inférieur.
Au microscope, le tissu conjonctival paraît hypertrophié, à fibrilles longitudinales au centre du ptérygion, d'un aspect muqueux sur les bords et la pointe; le tout est recouvert d'une couche épithéliale qui, parfois, au niveau de l'onglet, s'incurve sur elle-même et se met en contact avec l'épithélium cornéen, ce qui permet de le dégager aisément ; d'autres fois, au contraire, il y a fusion du tissu de la tête du ptérygion avec la trame de la cornée.
Suivant sa vascularisation, le ptérygion simule un pli conjonctival rouge et charnu (ptérygion sarcomateux), ou bien il est pâle, sec, peu saillant {ptérygion membraneux) ; parfois encore il renferme un tissu spécial graisseux qui rappelle celui du pinguécula {pté7*ygion pingué). Le pli conjonctival triangulaire présente une surface souvent irrégulière, plissée; ses bords sont rectilignes ou curvilignes, à convexité tournée vers le centre de la néo-formation; ils n'adhèrent pas intimement au plan sous-jacent, mais surplombent une poche conjonctivale plus ou moins profonde.
La gêne fonctionnelle causée par le ptérygion est souvent nulle, à peine existe-il un peu d'hyperhémie de la conjonctive, cela peut durer indéfiniment, car l'affection progresse très lentement. D'ordinaire, le patient réclame une intervention seulement lorsque l'onglet a notablement empiété sur le limbe de la cornée, d'où un trouble de la vision, qui peut être presque totalement perdue lorsque le centre de la cornée est recouvert par la production morbide.
Le seul traitement à appliquer au ptérygion est un traitement chirurgical. (Voir le chapitre Chirurgie de la conjonctive.)