‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 36 sur 102 · MARCHE DES RAYONS LUMINEUX DANS L'OEIL · texte numérisé non relu

MARCHE DES RAYONS LUMINEUX DANS L'OEIL

grande; il pourra même tomber en dehors de la lentille si l'une des faces est convexe et l'autre concave, comme dans les ménisques. De plus, ce centre optique sera toujours du côté de la lentille dont la face sera plus courbe (1).

D'après les mensurations très-délicates que nous avons rapportées plus haut, les deux rayons de courbure du cristallin étant de 9'"°', pour sa face antérieure, de b""^,S pour sa face postérieure, et son épaisseur étant de 4°"''", nous voyons que ce centre optique tombe dans l'intérieur de la lentille, mais très-près de la face postérieure, et se confond presque avec le point nodal.

Dans le cristallin, comme dans les lentilles de verre, tout rayon incident qui passe par le centre optique n'est pas dévié et poursuit sa marche rectiligne de l'autre côté de cet' organe, parallèlement à sa direction initiale, parce qu'il traverse un milieu à faces parallèles, attendu que les tangentes, menées aux extrémités des rayons de courbures pai'àllèles, doivent nécessairement être elles-mêmes parallèles.

L'indice de réfraction de l'humeur aqueuse et celui de' l'humeur vitrée étant à peu près les mêmes, puisque ces quantitês ne diffèrent qu'à la troisième décimale, on peut prendre le centre optique du cristallin pour celui de l'œil tout entier sans comra^ettre- une erreur notable. Ce point, nécessaire à connaître, pour construire les images rétiniennes et pour l'étude de l'accommodation, est situé, comme nous l'avons dit^à environ lô""" de la rétine sur l'axe antéro-postérieur,

INDICE BE HÉFRACTIDN DES DIVERSES PARTIES DE L'OEIL IlU.\IAI^t.

i Couche extol'iic. . 1.403 Cristallin\Coiichc moyenne. 1.429 (Noyau 1.454

(1) Gavarrct, Des images par réflexion el par réfrablion, p. 02.

Air. 1.000

Coruéc 1.351

Humeur aqueuse 1.312

Corps vitré 1.348

§ 4. — Construction des images rétiniennes. — Vision

des objets.

• Le centre optique jouissant de la propriété de laisser passer les rayons lumineux qui le traversent sans leur faire éprouver de déviation, il nous sera très-facile, connaissant la distance de ce point à la rétine et la grandeur do l'objet, ainsi que sa distance de ce même point, d'en construire l'image.

Soit l'objet H' (fig. 45) placé sur l'axe optique AA'. Le rayon ou les rayons partis de j se réuniront en / puisque l'œil est supposé accommodé pour cette distance et que tous ces rayons doivent couper en ce point l'axe principal AA'. Menons du point i' au point k", centre optique, l'axe secondaire tous les rayons lumineux émis par ce point se réuniront en /; il en sera de même de tous les points compris entre i et i';jf sera donc l'image de ii'. Considcronsles deux triangles ii'k", jj'k". Ils sont semblables, comme étant tous les deux rectangles et opposés par le sommet, et nous donnent" le rapport suivant :

JJ' ~7ÏÏ' * -

Dans lequel nous avons l'inconnue ;/ en fonction des trois autres termes qui sont connus :

.., ii'xJir

; SI nous désignons ii' par B; JJ' par p\ k"i par g' el k"j' par g", nous avons l'égalité :

B : P = ff' : (7"

D'où l'on peut tirer la valeur d'un des termes connaissant les trois autres.

Dans l'œil normal (f est d'environ 15""°. Donc, si nous voyons un objet distinctement à 15 mètres, ou 15000°"" de dislance, l'image rétinienne sera 1000 fois plus petite, le rapport de B à/3 étant le même que 15000 à 15

Si nous mesurons la plus grande distance à laquelle un objet de dimensions connues sera vu distinctement, nous aurons le minimum de grandeur que puisse alTecter l'image rétinienne pour être perçue. Cependant l'expérience nous donnera des écarts assez sensibles d'une personne à l'autre, car la rétine peut être plus ou moins sensible cl posséder un lad lumineux plus ou moins parfait. La dimension minime de P pourra donc varier, et variera en effet suivant les individus. On a voulu clierclier un rapport entre cette image et les dimensions des éléments nerveux rétiniens, mais l'expérimentation est venue infirmer la justesse de cette théorie comme on peut en juger par les exemples suivants empruntés à Giraud- Teulon.

Un élève de Beer apercevait, dit Millier, qui emprunte le fait à Wolkmann, à une distance de 28 lignes, un poil ayant une épaisseur de 1/60 de ligne. D'où :

Fi^'. 44.— Conslruclioii ('es images rétiniennes (Wecker)

En millimètres 1' = 2'^'",25.

Parconséquent :

Tréviranus apercevait distinctement un point de O^^jOl à 108"™ de distance. Ce qui donne pour /S :

0,01x15 0.15 15 P = -lû^ =^ TU8 = ÏM)ô = 0«'"',00I5.

Giraud-Teulon, qui jouit d'une bonne vue ordinaire, dit avoir aperçu un cheveu tendu sur un fond blanc sale à 5 mèires ou 4'"50 tant monoculairement qu'avec le secours des deux yeux. Le calcul donne dans ce cas pour la dimension de l'image rétinienne environ 2 dix-millièmes de millimètre, et pour sinus ou tangente de l'angle visuel mini- ■^um, Vôooooj ce qui correspond à un angle au centre de -4". Or cette dimension n'est guère que le dixième de celle supposée aux éléments premiers de la rétine qui ont, comme on sait environ 0°"", 003 de diamètre.

, A notre avis, ces résultais ne sont point comparables entre eux, car une ligne de la même grosseur qu'un point circulaire ou carré est vue à une distance considérablement plus grande que le point. Nous pouvons donc admettre comme dimension moyenne de l'image rétinienne minima 0">'°,003 pour le point, et 0'"™,0003 pour la ligne.

Comme on le voit, ces dimensions sont très-différentes et il est fort difficile de fixer des limites précises attendu qu'elles varient pour le même individu, et avec le même éclairage, selon la forme de l'objet lumineux. Si on prend comme sujet d'expérience des lignes noires et blanches de même largeur, placées les unes cà côté des autres; on voit que pour les distinguer nettement les uns des autres, il faut pour une bonne vue ordinaire que leur largeur paraisse sous un angle de 50" environ. Or, le calcul démontre que dans ce cas, l'arc sous-tendu sur la rétine égale 0™'°,0036,

c'est-à-dire à peu près les dimensions du diamètre d'un élément rétinien.

Dans les mesures optométriques relatives à l'acuité visuelle on prend généralement pour unité un objet ou une lettre placée à une distance telle qu'elle apparaisse sous un angle de 5'.

Nous avons vu, en construisant l'image rétinienne, que celle-ci était renversée, comme l'indiquait du reste l'expérience de Magendie. Or, malgré ce renversement de l'image comment se fait-il que nous voyons les objets droits? Cette question, qui n'a pas peu préoccupé les savants, n'est pas encore complètement élucidée aujourd'hui.-Une foule d'hypolhèses ont été émises; les unes voulant que ce fût l'image même qui fût perçue par le cerveau; dans ce cas, du moment que toutes les images étaient renversées, l'harmonie physique ne cessait d'exister, et, par l'habilude, nous parvenions à nous rendre compte de la situation des objets tout comme le micrographe pousse instinctivement sa préparation du côté opposé à celui où il veut voir lorsqu'il a l'habilude de se servir de cet instrument qui donne une image renversée. Mais cette théorie lombe devant une foule d'objections qui prouvent que la nature physique de la vision est bien moins probable que sa nature chimique que beaucoup de faits tendent aujourd'hui à démontrer. En effet l'enfant qui vient au monde, l'animal qui vient de" naître, l'aveugle-né auquel on rend la vue n'ont pas d'habi-' tude et cependant ils se rendent compte immédiatement de la direction de la lumière. Que l'image rétinienne ait une action chimique ou non il est certain que le cerveau voit les objets tels qu'ils sont et sans étude préalable.

Au commencefnent de ce chapitre nous avons parlé du principe de la direclion de la lumière et démontré que cette direction suffisait aux animaux pourvus d'yeux à facettes pour rapporter les objets à leur véritable situation,

Voyous s'il en est de même pour l'œil humain et définissons le susdit principe.

I La réline rapporte à la normale au point considéré

^ l'impression reçue. Cette direction se confond avec l'axe des cônes lumineux incidents {Givauà-Teulon).

Chez les animaux à rétine convexe nous avons dû supposer que chacun des éléments nerveux renfermés dans les petits cônes avait avec le centre de la demi-sphère réti-

' nienne un rapport connu de l'animal qui rapportait ainsi à une direction déterminée l'impression reçue par un de ces

>, éléments.

( Il suffit de marquer quel point rétinien, chez l'homme, est touché par la lumière pour connaître en même temps la directiou réelle du rayon incident ou celle de la source éclairante, pourvu que la conscience musculaire subsiste intacte, car dans les paralysies des muscles moteurs de l'œil on observe des exemples du contraire.

Si l'on imagine, comme pour les insectes, que le sensorium ait la notion primitive de ce rapport, c'est-à-dire de la situation relative de chaque élément rétinien sensible avec le centre de la sphère dont il fait partie, on fonde du même coup la base physiologique de la vision. On investit, en effet, l'organe ou le sensorium de la faculté de juger de la direction des foyers de lumière par la situation dans la réline du point qui se trouve impressionné. Cette théorie semble la plus rationnelle, car il n'est pas bien étrange, en effet, que le sensorium ait la notion de situation de chacun des points de la réline comme il l'a de toutes les autres parties du corps relativement à la sensibilité générale.

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