‹ Traite elementaire d'ophthalmoscopie, d'optométrie et de réfraction oculaire, rédigé conformément au système métrique et avec l'équivalence en pouces de ParisChapitre 70 sur 102 · DE LA CHROMATOPSIE ET DU DALTONISME · texte numérisé non relu

DE LA CHROMATOPSIE ET DU DALTONISME

d'autres moins exercées ne soupçonnent pas, et de même que nous avons admis pour l'acuité visuelle une quarilité au-dessus de la normale, nous pouvons aussi admettre une chromalopsie plus que normale, mais très-arbitraire, et portant seulement sur la perception des tons ou des nuances. On a construit à ce sujet des tables chromatiques dont les plus célèbres sont celles de M. Chevreul, le savant directeur des Gobelins, et qui permettent d'apprécier le degré extrême de la perceptivité des couleurs.

Dans la pratique ophthalmologique on se borne à l'emploi d'une quinzaine de petits cartons présentant les principales couleurs franches, et que le malade doit nettement reconnaître s'il jouit d'une chromatopsie normale. Si on a quelques doutes sur certaines couleurs, on les montre à travers une petite ouverture faite à une feuille de papier blanc, et si alors la couleur n'est plus reconnue, c'est déjà un commencement d'achromatopsie qui se manifeste.

Cette maladie peut affecter telle couleur que l'on voudra, et pour chacune d'elles on a créé des noms nouveaux, la plupart du temps peu euphoniques, et que nous ne reproduirons pas ici. On a même réservé le mot d'achromatopsie (de « privatif, xf^na, couleur, oi|/tç, vue) pour désigner la cécité de toutes les couleurs; cependant, nous croyons que ce mol doit être conservé faute d'en trouver un autre qui rende plus exactement ce que l'on veut exprimer, et qui ait un caractère plus générique. Quelques auteurs ont préféré l'expression de dyschromatopsie{Zvç,x9^\>-^^ difficulté de voir les couleurs), comme étant plus générale que la première, mais nous verrons que ce mot ne sera pas applicable à un certain nombre de cas, à l'absence de perception des couleurs, par exemple. Nous désignerons donc la maladie qui nous occupe par le mot achromalopsie, et il nous suffira d'y ajouter un qualificatif pour exprimer nettement notre pensée; ainsi, on dira : achromatopsie pour le

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bleu, le rouge, le violet, etc., au lieu des expressions barbares de akianoblepsie, de anérijlhrùblepsie, etc. Il peut arriver que certaines couleurs soient confondues avec quelques autres, et il en est presque toujours ainsi, puisque ces couleurs ne sont pas perçues; alors on pourrait être tenté d'employer le mot chromalopseudopsie ; mais il serait inutile, car il rentrerait dans celui que nous avons adopté. Pour couper court à toutes ces discussions de mots et d'étymologies, Prévost a imaginé le nom de daltonisme, qui a l'avantage de ne rien indiquer, si ce n'est le souvenir de l'illustre Dallon, qui était affecté de cette maladie. C'est même L'expression la plus répandue et la plus généralement connue et employée.

Ainsi, on dira achromatopsie complète ou absolue, ou daltonisme absolu, lorsque le malade ne distinguera aucune couleur quoique cependant il puisse distinguer des Ions et voiries objets comme en photographie. On dira acbromatopsie partielle, ou pour telle ou telle couleur, lorsque cette couleur seulement ne sera pas perçue ou sera confondue avec une autre. De celle façon, on pourra parfaitement s'entendre sans être obligé de créer des mois nouveaux, qui ne sortent pas des livres, et qui sont beaucoup plus barbares que les maladies qu'ils servent à désigner.

Le daltonisme, qu'il soit total ou partiel, peut être congénital ou survenir à un âge plus ou moins avancé. Dans le premier cas, il sera beaucoup plus difficile à. préciser parce que le sujet, n'ayant jamais vu certaines couleurs, n'en aura pas l'idée, tandis que celui qui sera devenu achromatopse à un certain âge en gardera encore le souve-' nir et verra parfaitement qu'il ne les retrouve nulle part.

L'étiologie du daltonisme est irès-variable : s'il est congénital la vue des objets est toujours parlailement conservée et l'acuité visuelle est souvent tout à fait normale, ce qui exclut l'idée d'une altération pathologique de la réline ou

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des autres parties de l'œil que l'autopsie, du reste, n'a jamais constatée ; s'il est accidentel, il peut survenir à la suite de l'injection de certaines substances, pendant certaiues maladies, soit générales, soit locales. Cela demande quelques explications. D'abord, nous devons signaler parmi ces substances, la sanlonine, qui fait souvent voir tous les objets colorés en jaune; puis, parmi les maladies générales, Vidère, lorsqu'il survient subitement. Mais alors s'agit-il bien d'un véritable daltonisme? Nous ne le croyons pas et nous pensons que cette couleur jaune est tout simplement produite par la présence dans les milieux réfringents, et dans les membranes transparentes de l'œil des matières colorantes du semen-contra et de la bile dont on a pu très-souvent démontrer l'existence dans ces milieux, et qui font alors le même effet que feraient des besicles jaunes.

Les maladies locales de la rétine ou du nerf optique sont celles qui donnent la véritable acbromatopsie : telles sont les amblyopies toxiques, l'atropbie progressive des nerfs optiques, soit en rapport avec l'ataxie locomotrice, soit avec le glaucome. Souvent même ce symptôme est déjà très-manifeste, alors que les autres (diminution de l'acuité, rétrécissement du champ visuel, etc.), sont à peine sensibles, mais il n'est pas constant et ne suit pas toujours la marche des autres»

Le daltonisme congénital est presque toujours héréditaire et beaucoup plus fréquent chezl'homme que chez la femme.

Le diagnostic se fera, comme nous l'avons déjà dit, en faisant reconnaître àu malade une série de petits cartons colorés qu'on lui présentera successivement, puis deux par deux, et enfin à travers une petite ouverture pratiquée dans une feuille de papier blanc. Ce sera suffisant pour la pratique. Pour l'étude approfondie de la question, il faudrait, d'après M. Goubert (thèse de Paris, 1867), employer le spoctroscope dont les indications sont tout à fait précises

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