DE LA CHROMATOPSIK OU PERCEPTION DES COULEURS
livre de M. Serres (d'Uzès). Ajoutons qu'avec les seuls signes des pliosphènes chez des sujets peu intelligents, il serait parfois imprudent de se décider à une opération, surtout si ces signes étaient tant soit peu douteux. Voilà pour la perception lumineuse.
La projection lumineuse est reconnue de la façon suivante : le malade continuant de fixer- la première lumière, on place sur le même plan, et sans l'en avertir, une seconde bougie éloignée de quelques décimètres de la première, il devra alors dire qu'il voit deux clartés en même temps. La bougie sera successivement éloignée ou rapprochée de la première k droite et à gauche* portée en haut et en bas, et à chaque déplacement le malade devra, sans hésitation et en continuant toujours de fixer la première lumière, indiquer la position de la seconde. Si l'examen est satisfaisant, on peut en conclure que la sensibilité centrale et périphérique de la rétine est conservée et que l'opération sera faite dans de bonnes conditions; dans le cas contraire, on devra se guider sur l'ensemble des symptômes et des commémoratifs et agir en conséquence. 11 est évident que dans cet examen on devra tenir grand compte de l'état objectif de l'œil, et si, par exemple, le cristallin était encore en partie transparent et que le malade accusât une grande diminution de la vue ou de la perception lumineuse, il faudrait, avant de se décider à opérer, s'enquérir s'il n'existe pas une autre aiïection concomitante.
§ 5. — De la cliroiiiatoiisic, ou perception des couleurs i Du dnltoniHuie, ou acIiroiiiaiopKiC;
La cliromMopsie, comme l'indique son étymologie, c'est la perception des couleurs en général. On a écrit déjà plusieurs volumes pour expliquer de quelle manière pouvait avoir lieu celte perception; on a inventé des théories plus
238 DE LA CHU0MAT01>SIE OU l'ERCEPTION DES COULEURS. OU moins ingénieuses, mais qui, jusqu'à présent, malgré les admirables découvertes de Yomg, de Dalton, d'Arago, de Tyndall, de Marc Schulze, de Ilelmholtz, etc., ont été de peu d'ulililé pour la pratique. Quoiqu'on sache parfaitement, d'après les expériences d'interférence, les longueurs d'onde des diverses couleurs, il nous importera peu de savoir, par exemple, que la longueur d'onde d'un rayon rouge est de 620 millionièmes de millimètre, et que le nombre des oscillations d'un atome d'air sous l'inflùeuce de celte couleur s'élève à 498 000 000 d'après Frauenhofer, tandis que ce même atome d'air tourne en un millionième de seconde 1 655 342 000 000 fois sur lui-même, d'après M. Huart. Ce seul exemple suffit pour montrer que nous nous éloignerions trop de notre sujet si nous voulions aborder celle élude, qui est devenue aujourd'hui une science immense, et dont on ne peut pas faire de résumé. Si nos lecteurs désirent de plus amples renseignements à ce sujet, ils n'auront qu'à consulter la bibliographie que donne M. de Wecker dans son Traité des maladies des tjeux.
Peu nous importe la manière dont se forme sur la réline l'impression spéciale des diverses couleurs; sachons seulement qu'un œil normal perçoit distinctement non-seulement toutes les couleurs, mais encore une infinité de tons et de nuances. Sans doute il en est de même pour le sens de la vue que pour les autres; les dispositions naturelles sont variables selon les individus; la faculté se perfectionne par l'exercice et l'habitude, et c'est pour cela qu'on observe tant de différences individuelles. On rapporte que Rameau, le célèbre compositeur, aurait distingué jusqu'à la 12" et même la 17° harmonique dans la voix humaine; et le physicien Seebeck distinguait l'un de l'autre deux diapasons dont l'un donnait 1200 vibrations par seconde et l'autre 1201 ! La même différence se l'ail sentir pour la vue. Certaines personnes voient des couleurs ou des nuances que