CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Il serait difficile ou même impossible de renfermer dans un seul chapitre tout ce qui a trait aux lunettes. En agissaut. ainsi, on risquerait d'abord de n'être pas bien compris, puis oh laisserait incomplètes une foule d'autres questions disséminées çà et là et qui ont avec ces instruments des rapports intimes et inséparables. Nous avons donc, dans le courant de cet ouvrage, souvent parlé de lunettes, et même parfois nous avons donné quelques détails assez étendus sur leur emploi. Pour compléter ce que nous avons dit à ce sujet nous donnerons d'abord quelques considérations générales, puis, dans le chapitre suivant, nous nous étendrons davantage et nous indiquerons leur utilité et leurs applications dans chaque cas particulier d'amétropie.
On divise les lunettes en (rois grandes classes : 1° lunettes sans foyer, ou neutres; 2° lunettes à foyer ou lenticulaires sphériqucs, ou cylindriques; 3° lunettes prismatiques avec ou sans foyer.
§ 1 . — Des lunette» neutres ou conservog.
Ces lunettes sont destinées à préserver l'reil du contact des corps étrangers ou à le garantir d'une trop forte lumière. Elles portent encore le nom de conserves, mais nous ne nous occuperons que de celles qui ont un but optique ou un rapport direct avec une maladie oculaire, car les autres, qu'elles soient en toile métallique pour garantir les yeux des piqueurs de meules, ou en cristal de roche pour protéger les disciples de saint Hubert contre les plombs de chasse égarés! (Galezowski), ne sauraient avoir d'intérêt scientifique.
Les conserves sont leinlées suit de bleu, soit de vert ou de noir. Chaque couleur a ses partisans et ses ennemis, et, tandis que les uns exaltent les propriétés thérapeutiques du bleu (Boehm) d'autres lui préfèrent le vert ou le noir. Il serait donc fort difficile de se prononcer sur jes couleurs, d'autant plus, croyons-nous, qu'on les a rarement essayées comparativement sur le même sujet. Ce qui est certain, c'est que toutes soulagent, et peut-être leur valeur dépend du genre d'affection et de l'état de l'œil malade. Quant à nous, nous préférons les verres dits teinte fiimce ou neutre. Sous leur influence les objets ne sont point colorés d'une façon artificielle, ils semblent recouverts d'une ombre légère, et l'œil éprouve un bien-être et un soulagement considérables. Quelle que soit la couleur employée, on a toujours un certain nombre de teintes dont les plus claires sont destinées à diminuer légèrement l'éclat lumineux ou à remplacer les teintes plus foncées employées primitivement afin que la transition, résultant de leur suppression, soit moins sensible. Les couleurs foncées ne' doivent pas être employées sans une absolue nécessité car elles absorbent
beaucoup de chaleur et rendent les yeux très-sensibles à la lumière quand on en suspend l'emploi. Dans tous les cas on ne doit les employer qu'au dehors, pour le grand jour ou pour une lumière artificielle très-intense.
Les conserves ont une forme variable : elles sont tantôt rondes, tantôt ovales; tantôt planes, tantôt bombées (verres coquilles). Les verres plans conviennent pour les teintes légères, car ils ne protègent guère que dans la vision centrale; il vaut mieux les prendre un peu larges que trop étroits. Les verres bombés conviennent pour les couleurs plus foncées, et lorsqu'il s'agit d'empêcher la lumière de pénétrer périphériquemeut autour des lunettes ; mais leur fabrication en grand les rend généralement défectueux, en ce sens qu'ils présentent presque tous un foyer, et, pour les avoir bons, il faut qu'ils soient taillés et parfaitement pmscopiques; ils sont alors d'un certain prix. Lorsque le malade pourra s'en procurer ils seront de beaucoup préférables aux autres et très-doux.
II est encore un genre de lunettes que nous ne pouvons placer dans aucune des trois classes que nous avons énumérées en commençant et qui s'emploient tantôt avec les verres neutres ou sans verres, tantôt avec les verres lenticulaires ou cylindriques : on les appelle s<ewopéz(/Mes ((ttevô;, étroit, et ôtc»), fente). Ces appareils consistent tout simplement en une fente étroite, ou en un petit orifice, percé soit dans une plaque de verre dépoli ou noirci, soit dans une plaque métallique, soit enfin dans une couche de vernis noir dont on aura recouvert les faces d'un verre à foyer. Dans ce dernier cas on comprend qu'il n'y aura d'utilisée dans la lentille que la partie qu'on aura dépouillée de la couche de vernis.
Ces appareils, si simples, rendent parfois de grands services, dans les cas, par exemple, de taies de la cornée, de myopie très-forte ou de déformation d'une partie de la
cornée ou tic l'iris ù la suile d'opéralions ou de maladies. Ils ont pour objet essentiel de ne laisser arriver sur la rétine que les rayons lumineux régulièrement réfractés, qui seuls donnent des images netles, et, par suile, leur forme est subordonnée à l'état de la cornée ou de la pupille.
Pour déterminer quel genre d'ouverture est le plus favorable pour la vue, on place dans la lunette d'essai un diaphragme muni d'une fente que l'on engage le malade à faire tourner jusqu'à ce que la vue soit sensiblement améliorée, ce que l'on constatera facilement avec les échelles typographiques. Si la fente ne produit aucun effet avantageux, on fera passer successivement devant la pupille d'autres diaphragmes munis d'une ouverture circulaire ou ovale de diamètre variable, et l'on verra si par ce moyen on réussit à faire monter l'acuïlé visuelle. Que l'amélioration soit produite par la fente ou par l'ouverture circulaire ou ovale, on laissera dans la monture le diaphragme dans la position qui a été reconnue la plus favorable, et l'on mettra au devant des verres convexes ou concaves comme pour un essai d'amétropie ordinaire. Si aucun verre n'améliore la vision procurée par la fente ou par le trou, on se contentera de coller sur un verre plan un morceau de tatfetas ou de papier noir dans lequel on aura découpé un orifice de même forme et de même direction que celui du diaphragme employé. On pourrait aussi, pour le même usage, remplacer le taffetas ou le papier noir par une couche de vernis de même couleur.
Le principe des lunettes sténopéiques est bien simple et consiste, comme nous l'avons. déjà dit, à ne laisser arriver dans l'œil que les rayons lumineux qui traversent des parties transparentes et régulièrement réfringentes, et à en éliminer tous ceux qui seraient diffusés par des surfaces irrégulières ou demi-transparentes ou des milieux pourvus d'opacités. Ces derniers, en eff^et, produiraient autour do la
macula, où sft forme l'image distincte, une clarté plus ou moins uniforme qui nuirait à la netteté de cette image.
Dans les cas de myopie très-forte, les verres correcteurs ont l'inconvénient de faire paraître les objets beaucoup plus petits, et pour peu que l'acuité visuelle ait diminué, la vision de loin est très-imparfaite. La pupille largement dilatée laisse se former sur la rétine de larges cercles de diffusion résultant d'une accommodation imparfaite. Dans ces conditions l'appareil sténopéique remplace le rétrécissement de la pupille et peut jusqu'à un certain point remplacer un médiocre degré de divergence des verres concaves tout en offrant l'avantage de faire voir les objets plus gros et par suite plus distinctement. Tout le monde sait que quel que soit l'état réfringent de l œil, si l'on regarde à travers une très-petite ouverture on pourra voir distinctement, même en deçà du punctum proximum, et au-delà du punctum remotum si l'œil est myope, par suite de la diminution des cercles de diffusion.'
Nous avons vu dans une autre partie de cet ouvrage que l'emploi du trou sténopéique était indispensable pour déterminer l'acuité visuelle de la plupart des individus atropinisés, et qu'on ne devait jamais cesser d'y avoir recours si l'on voulait une détermination exacte.
L'inconvénient de ces appareils c'est de restreindre considérablement le champ de la vision et de produire une grande déperdition de lumière, déperdition d'autant plus grande que la fente est plus étroite et plus éloignée de l'œil; d'où le précepte de l'en rapprocher le plus possible. Le principe des appareils slénopéiques n'est point applicable aux lunettes destinées à servir journellement dans les rues, vu qu'il limite trop le champ de la vision, mais en revanche, de telles lunettes rendent de grands services pour la lecture. Nous verrons plus tard, à propos de l'astigmatisme, comment on emploie la fente sténopéique pour
218 DES LUNETTES APHIÎRfQUES CONVEXES.
la délerminalion et la mesure de cette anomalie de la réfraction.
• § 2- — '•es lunettes lenticulaires, cylindriques ou sphcro-cylindriiiues. — Pbakoiuctres.
Toutes les lentilles spliériques convexes ou concaves pourraient être employées pour les lunettes, mais les verres plan-convexes et plan-concaves ont été exclus, et il ne reste plus que les biconvexes, les biconcaves et les ménisques convergents et divergents. Cependant si on remplace la face plane du plan-convexe ou du plan-concave par une face cylindrique on a le verre sphéro-cylindrique,PÀ si l'on remplace la face sphérique par une face cylindrique on a le verre cylindrique simple ou plan-cylindrique; et enfin si. les deux faces sont cylindriques, on a le verre bicylindrique. Ces trois derniers verres sont aujourd'hui très-employés.
Les lunettes agissent sur les rayons qui viennent tomber sur l'œil de deux façons : 1° en les faisant converger; 2° en les faisant diverger. Il y a donc deux sortes de lunettes : a. convergentes; b. divergentes; agissant les unes et les autres sur les limites de la vision distincte qu'elles déplacent.
a. Lunettes convergentes ou convexes. — Occupons-nous d'abord des verres sphériques. Nous savons que les lentilles terminées par deux faces convexes d'égal rayon jouissent de la propriété de faire converger vers le centre de courbure les rayons qui tombent parallèlement à l'axe. Quelle que soit la direction des rayons incidents, ces lentilles leur feront toujours subir une déviation égale relativement tà leur direction primitive et quelle que soit la face qui reçoive ces rayons. Ce sont donc les lunettes les plus simples ou lunettes biconvexes. Si l'une des faces de la lentille est convexe et l'autre concave mais d'un rayon de courbure